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Articles avec #recits de dumeurie catégorie

Publié le par Suzy D.
Publié dans : #Récits de Dumeurie

 

Mon blog commence à se transformer en rubrique nécrologique, mais en même temps vous n’avez qu’à ne pas tous mourir aussi.

Je disais l’autre fois à un collègue que j’aurai bien aimé un jour écrire des nécrologies et en faire mon métier, mais là pour toi Cloclo, ce que je vais écrire ça n’aurait pas été publiable dans les rubriques habituelles.

Je me permets de te tutoyer parce que de ton vivant tu ne supportais pas que je t’appelle « monsieur » donc là j’estime que je peux te faire cette faveur. Les morts ont tous les droits.

Nous avons fait connaissance en 2014, quand tu es rentré dans la maison de retraite. J’avais tenté de faire une anamnèse, et tout de suite ça avait dérapé. Vous avez des enfants monsieur ? « Non mais j’ai plein de petits veaux », m’avais-tu répondu. Tu étais inséminateur de vaches. Mon premier. Je t’avais trouvé un peu collant, un peu dragueur et ça m’avait un poil gonflée à l’époque je me rappelle. Tu as fait cette impression-là à d’autres femmes, et puis nous nous sommes aperçues avec le temps que tu étais autre, que tu n’étais pas de cette branche-là - gros lourd à recadrer - non, pas du tout de cet acabit.

Et nous sommes toutes tombées sous le charme. Incroyable.

Avec moi ça a commencé en 2016 quand tu es venu rôder près de mon bureau et que tu as tenté cette approche, sur mes « toilettes estivales » comme tu disais. Ça m’avait un peu piquée et puis au fil du temps j’étais ferrée, c’était devenu un jeu entre nous, dès que j’entendais les roues du déambulateur qui crissaient à l’approche de mon bureau, je savais que c’était vous, je bombais le torse, je réajustais ma coiffe et je me disais « tiens c’est mon charmeur, c’est monsieur Claude ».

« Oh madame Suzy, vous êtes venue dans la salle à manger l’autre jour, vous aviez une belle toilette, et puis elle était drôlement bien portée, mais vous êtes passée trop vite, je n’ai pas eu le temps de bien vous voir ! La prochaine fois tapez-moi sur l’épaule s’il vous plaît ! ». Et moi je rosissais des joues : « oh monsieur Claude ! ». « Mais surtout ne le dites pas à votre mari, d’accord ? », rajoutiez-vous avec le dentier mal collé qui des fois tombait pendant nos séances de flirt désuet.

Cet hiver vous avez été un peu déçu car je m’étais rôdée aux pantalons, « mais c’est qu’il fait froid monsieur Claude ! » et vous m’encouragiez à trouver des robes chaudes. J’ai pensé bien à vous le matin quand je m’habillais, si vous saviez...

Et voilà que je vous revouvoie tiens…

Qu’est-ce que vous avez pu rire à cette table où maintenant ils sont quasiment tous morts ; vous étiez l’un des derniers survivants. L’ambiance avait bien changé depuis quelques temps mais vous continuiez à chanter en rentrant dans votre chambre, à flirter avec nous toutes (oui je sais que je n’étais pas la seule, briseur de cœur), à vous accrocher à la vie malgré vos montagnes russes cardiaques.

Insuffisance cardiaque terminale.

Quand je pense à tous les débats actuels sur la fin de vie, l’euthanasie, et la vieillesse, je ne peux pas m’empêcher – encore – de penser à cette formidable pulsion de vie que vous possédiez, à plus de 94 ans, à tout croquer avec votre râtelier, et à en vouloir encore plus encore. C'est que la cantine et la cave étaient bonnes en plus du charme que vous nous faisiez et que nous vous faisions.

« Faites tout surtout pour prolonger ma vie et pour ne pas que je meure » : ce sont à peu près les dernières paroles que nous avons entendu de vous, juste avant que nous vous envoyions à l’hôpital dans une ultime tentative de sauvetage. De quoi faire pâlir toutes les assos de la mort digne. Comme s’il y en avait des indignes… Des sauvetages nous en avions tenté quelques-uns, à votre demande toujours, et jusqu’à maintenant cela avait plutôt bien fonctionné, vous reveniez pimpant et chantonniez dans les couloirs peu de temps après, la barbe rasée de près, l'after shave au menton, le déambulateur bien huilé avec l'affichette « Cloclo » dessus (on n'a jamais su d'ailleurs d'où elle venait cette affichette, elle est apparue un beau matin sur votre guidon). 

Sauf que depuis votre hospitalisation de la dernière chance, nous ne vous avons plus revu arrivant avec panache avec votre déambulateur à roulettes monsieur Claude. Nous ne vous avons plus revu du tout. A l'hosto ils n'ont pas pu vous rendre immortel ces enfoirés. Ils ont fait ce qu'ils ont pu pour que vos derniers jours ne soient pas douloureux, et apparemment vous avez résisté. Mais oui, ça ne nous a pas étonnés, résister à la mort c'était tout vous ça. Ils n'ont pas pu exaucer davantage ce vœu fou à l'hôpital ; à 94 ans nom de nom, qu'attendiez-vous monsieur Claude ?

Vous attendiez la vie encore, toujours, l'amour, la tendresse, la complicité, le bon pif, les potes, les fou rires et le rabe à la cantoche.

Vous n'en aviez jamais assez de tout cela, et nous non plus. Je ne sais pas s'il existe quelque chose après la Mort, nous n'en parlions jamais ensemble vous aviez peur que ça La fasse venir, mais j'aime penser que quelque part il y a mon Cloclo qui fait du gringue gentillet à toutes les filles qui passent en robe, que ça va les gonfler dans un premier temps et puis qu'après elles vont s'apercevoir de l'homme que vous êtes réellement. Et qu'elles vont flirter avec vous avec leurs petites ailes dans le dos. J'aime imaginer que vous allez retrouver les potes de la tablée qui sont tous partis, et que vous allez de nouveau rire grassement ensemble, déboucher des bouteilles et vous engueuler joyeusement en vous tapant sur les cuisses. Sinon... je préfère ne pas y penser parce que le déambulateur avec le panneau « Cloclo » dessus me manque déjà terriblement.

Oh monsieur Claude !

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Publié le par Suzy D.
Publié dans : #Récits de Dumeurie

 

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Il est des voyages qu'il ne faudrait pas refaire étant adulte sous peine de briser des rêves d'enfant. Tu as envie de revivre des sensations fortes, des revivals nostalgiques et doux, hé puis pan ! Entre temps l'adultâgie est arrivée, et bizarrement le toboggan au parc où tu te faisais des films d'action et où tu risquais ta vie de môme, est devenu un misérable truc rouillé d'un mètre de haut où tu crains juste de te choper un tétanos au derrière.

Hé bien pour le Mont-saint-Michel c'est un tétanos psychique briseur de rêves que je me suis chopée. Je n'ai pas arrêté de dire à mon Auvergnat favori : « maieuuuuuuuh c'était pas comme ça dans mes souvenirs !!!! » ou encore « maieuuuuuuuuh c'était drôlement mieux avant !!! » ; faut dire que j'avais vachement insisté pour qu'il visite ce monument de rêve mon Auvergnat favori, en argumentant que c'était une chose sublime, une pyramide merveilleuse, gnagnagna.

Remarquez à ma décharge je ne suis pas sûre d'être devenue une vieille conne clichée ambulante. Pas complètement. Mes yeux d'enfant (et de pré ado) ont bien du émerveiller le lieu en son temps, mais quand même, l'effet toboggan ne s'est pas appliqué quand je suis revenue au Portugal ou à Carnac, où j'ai bien usé mes fonds de culotte autrefois. La magie était bien là, à opérer et elle opère encore.

Pas complètement vieille conne la Dumeur, mais alors que s'est-il passé ?

 

Hebergeur d'image

 

Vous avez probablement suivi tous les travaux de préservation du site effectués ces dernières années (l'opération de rétablissement du caractère maritime du Mont saint Michel), ce qui est une bonne chose, enfin je pense, enfin je ne sais pas si j'ai mon mot à dire car je ne suis pas du coin. Ce qui fait que maintenant – contrairement à mes souvenirs véridiques enfantins – vous devez vous garer à 3 bornes du bousin dans un parking où des vigiles en gilet jaune vous surveillent au cas où vous voudriez faire popo dans les prés salés ; et pour tous ces services il vous en coûtera pour plus de deux heures de stationnement, la modique somme de 11,70€.

Oui mais c'est pour participer à la préservation du patrimoine. Ah ben présenté comme ça, ça va, c'est moral et écolo, c'est pas du tout pour faire du fric, n'ayons pas l'esprit détourné et mauvais tout le temps quoi. Et puis c'est bien de se débarasser des bagnoles non ?

Alors pour aller ensuite jusqu'au Mont saint Michel, vous pouvez : marcher pendant une cinquantaine de minutes en moyenne sur un chemin entièrement balisé et sans abri - où en déambulateur ou poussette sous une grosse averse normande ça risque un peu d'être balèze mais bon, c'est pour le bien du site - ou alors vous faire véhiculer dans une navette gratos où vous ferez connaissance avec les aisselles odorantes de tout un tas de monde, oui comme dans les transports en commun quand tu bosses la semaine. Déjà le trip mélancolique tu le sens là, tu le sens ? Ah ben ça y est je commence à tutoyer moi.

Navette gratos qui comme par hasard, fait des arrêts dans toute la zone commerciale, parce que oui, maintenant, contrairement à mes souvenirs d'enfant, y'a plein de magasins et d'hôtels, et de magasins et d'hôtels, au moins 10 bornes avant le Mont saint Michel. C'était mieux avant je vous dis. Cet arrêt est sponsorisé par le cidre saint Michel, ah oui mais si vous en achetez vous participez à l'économie locale, ah ben présenté comme ça bon, ça va c'est éthique !

Déjà avant d'arriver au fameux parking qui vous permet de préserver le patrimoine du coin bande d'égoïstes, j'ai senti que ça commençait gravement à puer du cul cette affaire là. D'ailleurs je l'ai dit à mon Auvergnat favori : « dis donc ça commence à puer du cul cette affaire là ». Biscuiterie saint Michel par ci, cabaret saint Michel par là, parc à alligator et calvados comme là bas dis, ça commence un peu à bouffer à tous les rateliers non ? NON ? Si, si et re si. Pis alors je vous raconte pas une fois arrivée sur le fabuleux trésor du patrimoine classé à l'UNESCO, je ne l'ai pas trop sentie non plu la madeleine dumeurienne, mais par contre l'effet de l'omelette de la mère Poulard qui vise le CAC 40, ça j'avoue je l'ai sentie très fort un peu dans le dedans de moi même où ça crispe, ouille ça fait un peu mal là. Figurez-vous qu'étant môme, ENCORE, je fantasmais sur l'omelette de la mère Poulard, mais comme on n'avait pas les moyens on se contentait de brioches fraîches qu'on mangeait en regardant la baie et c'était drôlement bien. Ben là comment dire, je crois qu'avec mon Auvergnat favori on n'a toujours pas les moyens de se la payer, l'omelette de la business woman qui n'est plus de ce monde mais qu'on profite bien de sa renommée, bordel.

 

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J'avais un chien à une époque, il gerbait exactement pareil,
même qu'on a cru qu'il avait la rage.

 

C'est qu'elle coûte 35€ l'omelette.

35€ la putain d'omelette faite avec trois putains d'oeufs auquel on ajoute un putain d'ingrédient mystère : du putain de beurre.

Pardon je deviens vulgaire. Mais quand même. Quand même je me demande comment on peut en arriver à une somme pareille avec des trucs sortis du cul d'une poule et d'un pis de vache ?

 

Hein COMMENT ON EN EST ARRIVE LA ?

 

Comment je vais vous le dire. Par la volonté très pure de vouloir préserver le patrimoine du Mont saint Michel et de faire des bifetons monumentaux sur le dos des touristes qui achèteraient N'IMPORTE QUOI et à qui on vend effectivement N'IMPORTE QUOI, en se foutant complètement de l'authenticité et de la cohérence du site. Il n'y aurait eu que le coup de l'omelette, franchement j'aurai fermé mon clapet, pourquoi ça ne serait pas aussi hype et branchouille que Cannes le Mont saint Michel ? Mais maintenant, MAINTENANT j'insiste, quand vous débarquez au Mont saint Michel vous avez l'impression d'être arrivé comme par magie à Pigalle, enfin magie c'est façon de parler hein. Des rabâteurs à l'entrée qui pourraient très bien brailler « pussy pussy PUSSY !!!! » sans que ce soit choquant vu la putasserie des alentours, des enseignes m'as-tu-vu de partout dans la rue principale, des boutiques dignes de Las Vegas ce haut lieu du raffinement, criardes de vulgarité où tu trouves pêle mêle des sabres japonais, des revolvers du far West, des tapisseries « Joconde », des Tours Eiffel mais attention avec du calvados dedans, c'est qu'il faudrait pas oublier où on est hein...

Quand même faut rester un poil authentique.

 

 

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Who are you, houhou, houhou !

 

Des fois que. Et partout PARTOUT la mèrepoulardisation du site. Je ne sais pas qui sont ses géniteurs mais franchement les mecs (et les nanas aussi tiens, ne soyons pas sexiste) vous avez complètement explosé la banque ! BRAVO ! YOU WIN ! A part le fameux resto qui existait et était déjà très réputé quand j'avais une dizaine d'années, la franchisation du nom de la dame s'est transformée en poule aux œufs d'or (d'où le prix de l'omelette peut être ?) : en-cas « la mère Poulard », hôtel « la mère Poulard », boutiques de souvenirs « la mère Poulard », cookies et thé earl grey « la mère Poulard » (so normando-breton isn't it?) ; la poulardisation des esprits est partout !

Franchement madame Poulard, étant donné le nawak qui règne dans ce temple aux marchands dans un site autrefois hautement étiqueté lieu de pélerinage catholique (je croyais qu'argent et religion catholique n'étaient pas compatibles, don de pauvreté toussa, mais j'ai du rater un chapitre biblique vu comment ils se mettent la race au Vatican), je pense qu'il y a encores quelques ficelles sonnantes et trébuchantes que vous pourriez tirer histoire de régner encore plus sur ce Disneyland ambulant : pourquoi pas un fast food burger « mère Poulard » ? Un kebab « mère Poulard » ? Un buffet asiatique « mère Poulard » ? Et un sex shop « mère Poulard » hein, j'ai trouvé ça bizarre de ne pas trouver de godes dans vos boutiques de souvenirs* ? Nan ? Vous trouvez ça aussi incongru qu'une choucroute dans le menu d'une pizzeria ?

 

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Du thé noir de Chine typique de la Normandie, mais pourquoi pas ?

 

Oui ben moi aussi. Non seulement vous avez gâché un des rares merveilleux souvenirs d'enfance (et de pré adolescence) que j'avais, mais en plus vous avez bousillé mon envie de revenir et j'étais même tellement dégoûtée que je n'ai même pas acheté de cartes postales pour dire aux gens « c'est génial, allez-y, j'y ai passé un super moment, c'était comme dans mes souvenirs !!! ». Et j'adore les cartes postales bordel.

Merci de me faire dire maintenant : « le Mont saint Michel c'était mieux avant ». Voilà grâce à vous je suis devenue une vieille conne aigrie. Mais si j'ai pu contribuer à la préservation écologique du patrimoine de votre Disneyland bretonno-normand avec les 6.30€ qu'on a laissé dans le parking vu qu'on s'est barrés au bout d'une heure, je suis trop contente pour vous et vos ovaires en or.

Et vu que je vous ai suggérée l'idée d'un vibromasseur « la mère Poulard », je pourrai peut être toucher un copyright là dessus quand vous le mettrez en place ? Ca ne saurait tarder. Pour le bien être du Mont saint Michel bien sûr, ne soyons pas cynique...

 

Allez, pour terminer une chanson tout à fait de circonstances :

 

 

* on me fait signe à l'oreillette que oui, ils ont même osé les capotes Mont-saint-Michel...

 

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Publié le par Suzy D.
Publié dans : #Récits de Dumeurie

Et pourtant chère lectrice, cher lecteur, le titre est trompeur, les préceptes premiers que j'essaie d'enseigner aux stagiaires psy qui vont m'endurer plusieurs mois, sont les suivants :

1. Les êtres humains sont imprévisibles.

2. Les êtres humains sont imprévisibles.

3. Tu ne peux pas deviner ni prévoir ce qu'un être humain est susceptible de faire.

4. Maintenant démerde toi dans la vie avec ton futur diplôme.

 

Force est de constater néanmoins, après 15 ans de carrière et 43 ans de côtoiement de l'espèce humaine, que des fois, des fois, je me laisse aller à un trop plein de confiance arrogante, à une supputation de ligne de conduite chez l'autre ; mesdames et messieurs, des fois j'avoue, je me laisse aller au profilage, à la devination et à la prévisibilitude des comportements humains. En général ça donne ça : "alors çui la, ça m'étonnerait un jour que ça change, il restera piteusement le même touteeeeeeeee sa vie, ou alors il va faire ça ça et ça tuuuuuuuuuuu le temps, indécrottable toussa, salut, au revoir". Bien évidemment quand on se targue des fois de faire de la spychologie raccourcie, il est des jours où on dérape et en général c'est pour casser du sucre sur le dos de ses congénères. C'est rarement plein d'espoir le profilage.

 

C'est toujours pour condamner l'autre.

 

Ca ne m'arrive pas souvent de supputer négativement l'attitude et le soi disant avenir des autres, surtout dans mon taf, mais dans le privé, s'il est une espèce que je croyais connaître sur le bout de doigt, dans toutes les langues, et surtout du côté des injures en portugais, c'est bien l'espèce dumeurienne.

 

Celle de laquelle je suis issue. Et la personne dont je vais vous parler ce jour, c'est celle dont je suis sortie, celle sans qui je ne serai rien et celle sans qui je suis tout, cet être profondément complexe, cette boule de femme autant capable de terrorisme psychique que de merveilles affectives, cette créature que j'adore et que je hais à la fois et à qui je porte les sentiments les plus violents et les plus bouleversants du monde : ma mère.

 

La mère Dumeur. Mal née il y a 70 ans, mal mariée, mal tout court depuis des décennies, pétrie de douleurs éternelles, sempiternelle hypocondriaque qui enceinte à l'âge de 15 ans, croyait que le truc qui grossissait son ventre était une tumeur cancéreuse. C'est dire depuis combien de temps ça dure. La mère Dumeur diabétique, insuffisante cardiaque, malvoyante, cassée à de nombreux endroits, balafrée du cerveau, scarifiée sur toute la surface de sa peau, faisant péter toutes les échelles de douleur dès qu'elle se retrouve à l'hôpital, c'est à dire 2 ou 3 fois par an.

 

La mère Dumeur qui un jour a appelé son médecin parce que ses pets sentaient mauvais, et qui a fait capituler ce même médecin, à l'aube de sa retraite avec son dossier médical de la taille de l'annuaire de la région parisienne, tant sa médecine ne lui servait à rien. Cette même mère Dumeur qui avant la pose de son défibrillateur, répondant en privé avec moi à des enquêtes sur l'impact de sa maladie sur sa qualité de vie, s'est mis d'un coup à faire voler les scores à l'approche du cardiologue dans sa chambre.

 

"Mets le maximum sur l'échelle, J'ai mallllllllllllll J'AI MAL DOCTORRRRRRRRRRRR J'AI TRÈS TRÈS TRRRRRRRRRES MALLLLL", sempiternel chant dumeurien avec main collée sur le front pour bien prouver que c'est insoutenable.

Voilà j'ai dépeint le tableau, restez, n'ayez pas peur, ça va devenir caustique.

 

Donc je la vois arriver au service de consultation externe de cardio, tout doucettement avec son tripode, baskets aux pieds (le médecin lui a dit de faire du sport), col roulé bleu canard sous pull orange vif, à moins que ce ne soit l'inverse. On ne s'est pas souhaitées la bonne année, c'était pas la peine, ça fait longtemps qu'elle n'y croit plus la mère Dumeur.

 

Et voilà que pour la visite du contrôle de son défibrillateur, on se retrouve la mère Dumeur, mon frère, le qualiticien du service et moi, à devoir lui faire passer ses foutues enquêtes sur la qualité de vie depuis la pose du machin sur son cœur, y compris l'appréciation sur sa vie sexuelle, où là d'entrée sans lui demander je coche dorénavant à sa place : "non concernée".

 

Oui parce que la mère Dumeur elle est malvoyante, elle est portugaise, et faut que ses enfants remplissent les trucs à sa place, même si bizarrement à la maison elle arrive à lire des petits caractères en français.

 

La mère Dumeur quoi.

 

On arrive à la partie : "sur une échelle de 0 à 100, 0 étant le seuil "je me sens proche de la mort", 100 "je me sens en parfaite santé", quel score mettriez-vous pour parler de votre état de santé actuel ?". Me voilà avec le crayon en train de chercher sur l'échelle s'il y a pas des graduations sous le "0", genre un "-50 seuil momifié, pourri, décomposé, cadavre zombifié", quand soudain j'entends : "mets moi un 100".

 

METS MOI UN 100.

 

Moi : "nan mais t'as pas compris la question, 100 c'est le plus haut score, c'est quand tu te sens en parfaite santé, attends je te répète tout là, t'as pas compris !!!".

"J'ai tout compris, 100 c'est bien, mets 100".

Moi roulant les yeux comme des billes, et me demandant s'il faut pas la coller tout de suite en neurologie, MA MERE EST EN TRAIN DE FAIRE UN AVC, ON LUI FAIT LES GAZ DU SANG TOUT DE SUITE, NFS CHIMIE IONO ON S’ÉCARTE !!!!! : "nan mais c'est pas possible maman, 100 c'est pas possible, MEME MOI JE SUIS PAS EN 100 C'EST PAS POSSIBLE !!!!".

 

Même moi je ne suis pas en 100 elle est bonne celle là hein ? Passons. Je la vois hésiter. Je vois le qualiticien blêmir et je l'imagine en train de se dire "merde elle est en train d'influencer les questions ça va me pourrir mes stats". Ben en même temps le questionnaire où ON PARLE DE LA VIE SEXUELLE DE SA MÈRE t'as qu'à le faire passer par quelqu'un de moins émotionnellement impliqué, hein MEC ?

Je lui laisse le score, je lui ai mis son 100 et j'ai demandé au qualiticien quand c'était possible que je m'en fasse poser un, de défibrillateur ? ça distille de la coke, du Xanax, du caramel, de la bière votre truc, ça marche comment au juste ? J'en veux un moi aussi bordel.

Un truc au cœur qui fait du bien au cerveau. Qui fait qu'on se sent en parfaite santé alors qu'on a un dossier médical qui a probablement contribué à la déforestation de l'Amazonie.

 

Demain sera un autre jour, peut être, mais là tout de suite la mère Dumeur elle m'a collée le doute. Un doute d'un genre nouveau qu'elle avait pas l'habitude de me coller dans les pattes, la mère Dumeur, elle qui m'a programmée pour l'hypocondrie et l'anxiété, et d'autres trucs un peu faisandés encore. Un doute teinté d'espoir et de sérénité avec lequel j'avoue, je ne sais pas composer. Elle m'a cassée tous mes préceptes moraux à son sujet la bourrique. Comment je fais pour la décoder maintenant, l'être que je connais depuis le plus longtemps sur cette planète hein ? Bordel faut toujours qu'elle fasse chier la mère Dumeur ! Allez mettons les projos sur elle, encore et toujours !

 

Ce qui est sûr, en tout cas, même si ça dure seulement deux jours, c'est que dorénavant quand je saoulerai mes futures stagiaires et les étudiants de psy avec mon savoir tout frais à base de réponses à la normande, je citerai la mère Dumeur dans mon discours.

 

Avec son échelle de 100 elle va passer à ma postérité.

 

(et je lui tire mon chapeau avec cette chanson)

 

 

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Publié le par Suzy D.
Publié dans : #Récits de Dumeurie

Si je vous écris aujourd'hui c'est que ma lettre à monsieur le crabe qui ressemblait fort à une prière, n'a pas atteint son destinataire.

Chère Maryse donc, celle que j'appelais aussi par son nom de famille pour déconner, parce que depuis que j'ai épousé votre merveilleux fils, je porte le même, de nom. Des madame comme vous Maryse, y'en a encore mais clairement ça ne va pas être le même délire. C'est que j'ai vu mon nom, votre nom, sur une plaque gravée sur un cercueil hier après midi et ça m'a rendue toute chose, et je ne pourrai pas déconner avec les autres madame comme vous de la même manière.

A vous aussi je voulais écrire une lettre, avant celle à monsieur le crabe d'ailleurs, et je me suis dit : "ah ben non quand même, elle n'est pas mourante, les mots qui défilent dans ta tête ça fait un peu longue épitaphe, quand même, non ?". Ben non au final, non. Ils étaient complètement appropriés mes mots, beaucoup visionnaires et très surréalistes encore.

C'est comme dirait l'autre : "la mort est comme une chose impossible", effectivement dans votre cas elle l'est encore plus. Impossible. Il y a trois semaines on vous diagnostiquait un crabe, la semaine dernière on vous injectait 3 chimios d'affilée, et dimanche vous mouriez.

Dimanche on nous a appelés à 6 heures et quelques du matin, pour prendre la relève à l'hôpital car il fallait vous veiller. Sur le chemin qui nous séparait de vous, nous avons vécu des moments magiques encore plus surréalistes que la brutalité de votre maladie et de votre lutte vaine. Des renards traversant la route, des milans par dizaines guettant la proie du matin, des chiens fous s'agitant sur un sac rouge, et ce soleil, ce soleil éblouissant sur toute cette nature qui se réveillait. Et vous, vous mouriez.

D'ailleurs quand nous sommes arrivés vous étiez morte. L'homme de votre vie a dit : "c'est fini". Nous pensions encore avoir le temps, toujours avoir le temps, étirer ce temps pour rester encore avec vous. Vous êtes partie sans vous en apercevoir. Enfin peut être un peu si, mais pas complètement. La veille de votre hospitalisation vous nous avez regardés et avez simplement dit : "putain". Ca résumait bien la situation. Et puis samedi soir, vos derniers mots ont été : "mais où est-ce que vous allez manger ce soir ???", sur un ton à la Maryse, très aimable et très attentionné surtout à l'égard de vos proches.

La Maryse comme on vous appelle là bas dans le Cantal. La Maryse qui faisait à bouffer pour un régiment, avec des pommes de terre en entrée, en plat, au déjeuner et au dîner ; vous étiez ma terreur diététique. Vous êtes morte d'ailleurs en croyant que la patate était un légume. La Maryse qui préparait ses menus des mois à l'avance, essayant d'harmoniser tout ça, la Maryse ayant emporté dans sa tombe la terrible recette inimitable du choux farci (oui ça tournait pas mal autour de la nourriture faut dire) ; la Maryse au sarcasme facile avec l’œil plein de conneries à venir, qu'est-ce que c'était marrant quand on faisait du ping pong verbal toutes les deux sur votre rejeton. La Maryse cul gelé qui a beaucoup contribué au réchauffement climatique avec ses flambées qui atteignaient les 26° in situ. La Maryse qui a refusé qu'on s'enquille un deuxième bocal de mirabelles à la gnôle un Noël (mais qui a bien boulotté et siroté jusqu'à la dernière goutte le premier avec nous, elle qui ne buvait jamais, ça lui a fait tout drôle). La Maryse qui nous a mis la race aux Mille sabords en juillet dernier. Chanceuse au jeu, heureuse en amour, oui c'est possible.

La Maryse qui était assise à mes côtés à notre mariage.

Le temps qu'on a passé sur la terrasse, chez vous, à ne rien dire et à prendre le soleil, en regardant le petit insecte colibri butiner vos géraniums. Je l'ai vue hier soir encore la petite bestiole, mais vous n'étiez plus là pour me soutenir dans ce silence assourdissant que vous nous avez laissés. La voix cassée, les mitrailles verbales plein la bouche, les conseils et invitations étant en fait des ordres ("reprends en !!!!!"), les objets que vous laissiez tomber une ou deux fois par jour, vous en faisiez du bruit et ça nous allait très bien.

Je ne vais pas réussir à terminer cette lettre comme je l'aurai voulu, parce que j'aurai voulu ne jamais l'ébaucher dans ma tête, ne jamais la coucher ici. Ou alors très vieille et vous plus encore. Nous allons essayer de vous rendre hommage chère Maryse, votre fils en continuant à faire tomber des objets aussi, à lire et à écrire tous les soirs en pensant à vous, à contrôler la compta et l'administratif de ces deux autres hommes qui sont seuls maintenant sans vous. Moi en étant naturelle, au final, je ne vais pas me forcer, c'est que je vous ressemble un peu.

Mais pour la patate ça ne va vraiment pas être possible Maryse.

 

Et on termine en chanson avec le King que je n'arrête pas d'avoir dans ma tête aussi en ce moment :

 

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Publié le par Suzy D.
Publié dans : #Récits de Dumeurie

Tu permets que je t'appelle comme ça ? Je ne sais pas pourquoi, bizarrement je te vois comme une entité masculine, no offense vraiment, pis je ne suis pas sexiste je le rappelle.

Cher monsieur le crabe donc, on s'est un peu côtoyé ces dernières années via des personnes chères en qui tu t'es immiscé, maintenant ça s'est plutôt bien passé vos cohabitations. C'est qu'apparemment de plus en plus on arrive à t'oublier, jusqu'à un répit de plusieurs décennies des fois ; j'ai même vu des vieux warriors à qui tu avais fait des soucis quand ils étaient jeunes, puis pan plus rien.

T'es parti chez d'autres, faut croire, ou alors on arrive mieux à t'écarter maintenant.

No offense vraiment. Je ne suis même pas en colère contre toi, c'est dire.

T'as même failli attaquer la Dumeurie en début d'année. "Kyste suspect à l'ovaire" qu'il avait dit le radiologue à ma sœur. Et là, la mère Dumeur est intervenue, elle a dit : "y'a jamais eu de crabe chez nous, c'est pas maintenant que ça va commencer". Je ne sais pas si elle t'a foutu les boules mais en tout cas tu ne t'y es pas collé en Dumeurie ; pire que la chimio et les traitements agressifs : la mère Dumeur. Barrez-vous la voilà, elle va vous démonter la gueule.

Nan t'es parti ailleurs, dans des contrées montagneuses paisibles et sereines jusqu'à maintenant. Et de façon splendide, bravo !

Tu nous as surpris par la rapidité de ta violence. BOUM DANS VOTRE TRONCHE SANS AVERTISSEMENT ! ALLEZ MAINTENANT DEMERDEZ-VOUS !

Tu vois ma mère ne t'appelle même pas monsieur, elle te pisse à la raie, mais moi non. Je ne sais pas si c'est de la peur, sûrement un peu, mais c'est surtout du respect. Parce que contrairement à un virus apporté par d'autres, ou un accident externe, monsieur le crabe toi tu viens de nous. Tu fais partie de nous, tu es un bout à nous. On peut se mettre en colère contre un bout de nous, oui c'est faisable, mais je me demande à quel prix ? Combattre contre soi même c'est space quand on y pense. Donc là vois-tu je suis sur le cul, et on est une petite dizaine je dirai à se sentir minables et inutiles en ce moment, à se demander à quoi ça sert et à être complètement anesthésiés par la suite des événements qu'on arrive même pas un temps soit peu à anticiper.

Une vie au jour le jour. Je crois que c'est ça le plus violent pour moi. Une de mes principales défenses est d'essayer de tout anticiper, de tout contrôler et de ne pas laisser de place à des possibilités infimes de grains de sable. Oh ce n'est pas la première fois que ça s'enraye, mais à ce point, si.

C'est qu'en Dumeurie on est un peu des warriors de l'existence qui tourne mal. Je ne dirai pas qu'on est immunisés contre tout, c'est faux, mais mine de rien ça fait des décennies qu'on se prépare à des trucs monumentaux, donc ça nous aurait moins pris de court si ça avait été chez nous. Pis nous on t'aurait dégagé vite fait tellement là dedans c'est invivable et tellement on parle fort tout le temps avec des joues toutes rouges tout le temps.

No offense, c'est pas qu'on veut pas de toi, vraiment, mais c'est qu'on fait peur à un tas de monde.

Mais là je dois dire que t'as vraiment fait fort. T'immiscer dans leur vie franchement.

Ca fait quelques jours que je pense à toi et aussi à t'écrire une lettre. Tel que c'est parti je ne pense pas que ce sera un traité de paix qui va aboutir à une entente fraternelle sur des décennies. Par contre j'aimerai bien, juste pendant quelques semaines, quelques mois et plus encore mais bon je ne veux pas t'embêter, que tu fumes le calumet de la paix et que tu fasses une trêve. Laisse lui du temps, toi qui est un bout d'elle.

Et je mets Elvis de mon côté aussi tiens, sait-on jamais :

 

 

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Publié le par Suzy D.
Publié dans : #Récits de Dumeurie

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La dernière fois, le 28 janvier 2012 précisément, je vous avais laissé en plan avec nos aventures immobilières. J'avais écrit un texte narrant toutes les réactions que nous avions pu avoir à l'annonce de notre achat (allant de "c'est un taudiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiis" à "han lala c'est un quartier bobo !"), mais je l'ai vite retiré sur remarques de mon cher et tendre, car j'ai fini par craindre les réactions de personnes de mon entourage blessées alors que ce n'était même pas elles que je visais. Quand je pense à tous les charclages s'étant exercés sur mes blogs disparus antérieurs, je me dis que je me suis parfaitement taffiolisée bordel.

 

Cela fait plus de 5 mois que nous sommes proprios donc et les prémonitions des corbeaux de malheur ne se sont pas produites. Non nous n'avons pas été envahis de blattes cannibales, non l'appartement ne s'est pas transformé en champignonnière humide, non des bambous féroces n'ont pas pris d'assaut la façade de l'immeuble afin de la fissurer violemment. Enfin pas encore. Je les surveille de près faut dire. 

 

Cela fait quelques semaines à peine que je me suis habituée à l'être qui nous hébergent. Il m'a acceptée en tant qu'hôte, et notre cohabitation se fait doucettement et respectueusement. Je le bichonne, je lui parle doucement, je le range souvent, je le ménage j'ai peur qu'il ne me fasse une crasse. Mais ça va mieux. Quand je pense à tous les petits vieux de maison(s) de retraite à qui on demande de s'habituer très très vite et sans vagues à leur nouvel et magnifique environnement absolument pas synonyme de dernière demeure, moi je rétorque dorénavant : "mais moi avec mon espérance de vie à 80 piges j'ai mis plus de 4 mois à m'y faire !!!". A peu près. C'est qu'on voudrait nous presser tout le temps aussi. Pourquoi je n'en sais toujours rien, mais faut s'en remettre vite, vite, vite ! 

 

Alors ça va mieux. Je n'ai plus le coeur qui tachychardise, mon ventre ne fait plus l'alambic à 7 heures du mat, je n'ai - pratiquement - plus le blues de tous les soirs, j'arrive à passer dans mon ancien quartier sans pleurer à chauds bouillons et à rentrer dans le nouveau sans déprimer aussi. Bé oui je me suis taffiolisée je vous dis. Je ne sais pas pourquoi il faut toujours absolument considérer les nouveaux départs comme les plus beaux jours de sa vie ? C'est ce qu'on n'a pas arrêté de me seriner. Pour moi ce fut une petite mort. Mais ayant ressuscité petitement déjà pas mal de fois, là encore je renais modestement.

 

Et maintenant dans ma douce vie revenue (venue devrai-je dire, le "re" est un poil exagéré), je me surprends à faire des trucs de terrien simples, pas loin du hobbit même : noyer les escargots dans la bière, regarder les germes de graines sortir de terre, m'épater d'un bouton de rose qui éclot, cueillir 6 radis et avoir la terrible envie d'appeler son père dans la minute pour lui dire, me rapprocher spirituellement de lui par le vert.

 

Je l'appellerai demain tiens.

 

Je me suis taffiolisée je vous dis.

 

PS : penser à mettre sur la liste des courses un pistolet à eau à destination des greffiers, parce que bon le bucolisme c'est bien joli mais je garde certains aspects du prédateur quand même. Bordel.

 


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Publié le par Suzy D.
Publié dans : #Récits de Dumeurie

Non non je ne me hasarderai pas à une réponse facile, ça n'est pas mon genre. D'abord en ce moment c'est pas évident entre les meubles Ikea à monter, les commandes de lave vaisselle et les résa de billets d'avion pour le voyage de noces. Oué je sais j'ai une vie de merde. Pis j'ai repris le boulot aussi et ça, ça, ça... ben du coup avec seulement 7 heures de sommeil dans le corps par nuit - au lieu des 14 en période convalescente - je m'endors comme une grosse merde avant les 12 coups de minuit.

 

Donc le blog ben... il est désert ! Mais il continue à charrier des flots de nymphettes (voire homosessuels) attirées par le séant de Môssieu Skarsgard, et là je dis merci le Suédois. Mais je ne l'oublie pas (le blog hein pas le grand blond aux fesses rebondies), d'autant que dernièrement j'ai eu des déboires avec GDF-Porca Miseria, et j'en attends l'issue suprême avant de peaufiner et publier ma troisième lettre (je ne vous ferai pas part des deux premières, elles étaient dépressives).

 

Pis dernièrement au détour d'un mur Facebookien je me suis mise à penser toute émue à Sean Connery en slip de bain, alors donc je dirai que je vais revenir en ces pages bientôt...

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Publié le par Suzy D.
Publié dans : #Récits de Dumeurie

sombrero

 

Papa, maman, j'aime le foot. Oui je le confesse tout de suite, parce qu'en ce moment c'est pas très bien vu, d'aimer le foot. Bon à vrai dire je n'aime pas vraiment vraiment le foot, parce que déjà je ne connais pas les noms des joueurs (enfin sauf Cristiano Ronaldo quand même, et ça n'a absolument rien à voir avec son torse musclé et son petit sourire en coin), et ensuite je ne suis jamais les championnats nationaux qui n'ont aucune gueule à mon humble avis (avoir des millions d'euros et disposer ainsi des meilleurs joueurs du monde, je ne vois pas où est le mérite sportif là dedans). Par contre je suis régulièrement les coupes d'Europe et du Monde ; et bizarrement quand je regarde un match (ou le suis distraitement comme là tout de suite) je me sens comme dans un cocon tout chaud en sécurité, comme si je m'endormais contre un doudou géant.

 

Oui je sais c'est bizarre, j'ai dit bizarre ? Ca vient peut être de ma première coupe du monde télévisuelle, avec papa à côté faisant ses commentaires, c'était en 1986 et ça se situait au Mexique, l'Argentine gagnait et un certain Maradona nous faisait le coup de la main de Dieu. Enfin bref, je ne vais pas faire mon autopsychanalyse à deux balles, mais donc, régulièrement tous les deux ans, je me tape des matchs de foot à la chaine, et je mets dans des petites cases les scores des uns et des autres pour bien suivre qui va se battre en huitième de finale.

 

Je sais ce que c'est qu'un hors jeu, même si j'arrive jamais à les repérer (pis de toute façon on s'en branle, y'a des arbitres pour ça).

 

Faut que je vous dise aussi - histoire de comprendre où je veux en venir - qu'il est de tradition Dumeurienne de ne jamais, mais alors JAMAIS sous peine de reniement de la famille Dumeur et de rature dans le testament familial, supporter l'équipe de France, alias les Bleus. Ne me demandez pas pourquoi, ça doit être du pur esprit de contradiction teinté d'une méchanceté débordante à l'égard de l'ambiance environnante ; tous ces gens heureux de supporter leur équipe patriotique déclenchaient chez les Dumeurs des salves diarrhéiques d'une mauvaiseté absolue. Comme on dit aussi en Dumeurie, le bonheur d'un con fait toujours peine à voir. On se mettait alors à supporter tout le monde, Allemands, Suédois et consorts, juste pour faire chier les coqs aux alentours. N'empêche, je dois avouer, ces dernières années dans notre chaleureuse maisonnée familiale où personne ne parle plus fort que l'autre, ça n'a pas été évident de prendre un plaisir malsain sur la défaite bleutée, jusqu'à ce qu'un certain ZZ (Zed is dead baby, Zed is dead) nous délivre de cette malédiction sportive, en commettant un magnifique geste de compassion à l'égard d'un autre humain.

 

J'aime autant vous dire que depuis ce jour là en Dumeurie on s'est mis à aimer les Bleus. C'est que la finale France-Italie nous avait mis dans le coeur comme un léger vent de Noël avant l'heure (quoique taper un autre mec tout ça pour une allusion sur sa soeur, moi franchement le mec je lui aurai plutôt fait un bisou sur le front pour ce magnifique geste empli de vérité), et tout ça augurait non plus de yeux dans les Bleus, mais plutôt de gnons dans ta tronche.

 

Avec mots doux à l'appui.

 

Une brise dumeurienne flottait dans l'air. Tout cela sentait bon l'odeur du napalm au matin. Et entre les Zahia, Anelka and co qu'est-ce que les promesses de charclage ont été tenues ! Depuis quelques jours je prends un pied incommensurable à voir tout ce petit monde là se mettre sur la gueule, tout ça pour onze mecs courant après un ballon et tentant désespérement de viser une cage. Oui parce que j'ai beau aimer le foot, j'ai toujours eu conscience de la petitesse du sport à côté de la faim dans le monde ou de l'épidémie de VIH en Afrique, ça s'appelle prendre du recul ou être réaliste, enfin choisissez la mention utile. Maintenant, depuis qu'on a cru qu'en France on avait une bonne équipe de football, et bien ce sport est devenu cause nationale. Rien n'a d'importance à côté de la grandiosité de cette discipline : et vas-y que je défile sur le champ de Mars, et vas-y que je colle ta tronche sur les grands monuments, et vas-y que je fais de la pub pour un très bon restaurant à heure de grande écoute.

 

Et vas-y que je bude parce que l'un de mes collègues a été exclu de la compétition, buuuuuuu je buuuuuuude ! Je refuse de m'entrainer et avec tous mes potes je bude dans le bus avec les stores tirés. Buuuuu c'est que je suis pas content, mais alors pas content (pis chuis tellement bon que je vois pas l'intérêt de m'entrainer) !!!!!! La retraite à 60 ans je m'en branle, le système de santé en pleine déliquescence je m'en branle, et les presque 3 millions de chômeurs dans la jeune population je m'en branle aussi tiens, pour changer. JE FAIS GREVE, Y'EN A MARRE D'ETRE TRAITE COMME CA, CA SUFFIT, BOUHHHHHH !!!! On a fait une grève il y a quelques semaines à mon boulot, bah c'était à peu près pour les mêmes motifs et bizarrement y'a pas eu autant de retombées ?

 

Et vas-y que les médias se déchainent, qu'ils parlent de traitrise comme au bon vieux temps de la collaboration, qu'on nous fait des débats "c'est scandaleux !!!!!!" avec tout plein d'experts de l'expertise, que ça pavoise au comptoir des troquets que c'est une honte et patati et patata, que ça va déteindre sur tous les Français, que ça assassine un pauvre sélectionneur (probablement incompétent mais bon y'en a des millions comme lui) et qui va certainement migrer à l'étranger et prendre le nom d'Hitler vu qu'on va pourrir ses mômes à l'école, et que c'est celui qui le dit qui y est nananèreuh !!!!!! Va te faire voir chez les Grecs, sale enfant illégitime de fille de joie !!!!! Vi mesdames et messieurs, tout ça pour onze mecs courant derrière un ballon et tentant quelques fois de viser une cage où y'a un autre mec dedans. Surtout que c'est rare qu'ils y arrivent en plus, ces cons là, à viser bien, alors qu'ils essaient pendant 90 minutes. Tout ça pour une affaire que certains voudraient d'état mais qui n'en est pas une, mais vraiment pas une.

 

On va devenir la risée du monde, ah ouais ? Mais de quel monde au juste ? Vous êtes sûrs qu'on vit bien tous dans le même là ? Parce que nous en Dumeurie - et maintenant en Auvergne, terre annexée depuis peu - ça fait bien longtemps qu'on prend le foot pour ce que c'est, et qu'on supporte plein de monde et que mine de rien comme ça c'est plus festif. Ce que ça devrait être à la base : des petits bonheurs partagés tout chauds, des cris à un plantage devant un but, des élans de foufoune à une accélération de Ronaldo... des petits riens quoi qui font la légèreté de la chose.

 

Alors continuez à vous branler les commentateurs à coups de honte nationale sur huit générations, continuez à baver dans la rue en pestant "ouh c'est pas bien !!!", et continuez à supporter des Bleusailles qui ont un ego tellement surdimensionné qu'ils vous chient grave sur la gueule les petites gens. Et oubliez aussi qu'il y'a des équipes en ce moment qui se concentrent sur ce pour quoi elles sont payées : jouer au foot.

 

Et pendant ce temps là les Portugais...

 


(Mention spéciale au commentateur de RMC l'autre jour, qui comparait ni plus ni moins l'équipe du Portugal à celle de France. Vous êtes tellement bon monsieur que j'ai envie de vous demander, vous qui êtes tellement compétent et expert dans votre domaine : "c'était quand la dernière fois que la France a mis 7 buts à zéro dans ta race hein ???". Chuis con moi aussi je n'avais qu'à écouter Europe 1...)

 

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Publié le par Suzy D.
Publié dans : #Récits de Dumeurie

bequille pitbull

 

Pour ceux qui n'ont pas encore été atteint par la facebookite, quelques nouvelles du front. L'image ci-dessus correspond bien à mon état aimable actuel, à part la canne qui n'est pas de ce modèle là, et à part que j'en ai deux aussi, des cannes. Il y a trois jours on m'a retirée totalement le plâtre, et pour ceux qui s'inquiétaient de ma vie sexuelle pré-mariage normalement très folle, rassurez-vous on n'a pas attendu six semaines pour emmener le petit au cirque, vu que quinze jours après mon gag de premier avril, le chirurgien a eu pitié de ma platitude religieuse et m'en a retirée la moitié. De plâtre.


A mon travail aussi, ils se sont rendus compte que ce n'était pas un gag poissonnier, vu que le lendemain, surlendemain, sur sur lendemain, 42 post lendemains, je ne me suis pas rendue sur les lieux. A moins qu'il y en ait encore pour se dire que décidemment les blagues les plus courtes sont les meilleures ? Quelle sacrée déconneuse cette Suzy, mais bon là faudrait qu'elle arrête ses conneries !

 

Ben les conneries elles vont durer jusqu'au 29 juin m'ssieu dames. Parce que ma cheville elle n'est pas franchement consolidée, dixit le chirurgien que j'ai vu en consultation trois fois et qui ne m'a jamais ouverte au bistouri. Pourtant j'en ai bouffé des tonneaux de fromage blanc et des caisses de qui puent, mais non la dame appelée "malléole externe" résidu de bidet de Darwin ("ça sert à rien le péroné, a dit mon kiné, c'est comme la clavicule et l'os du pénis". Nan cette dernière connerie là c'est moi qui vient de la rajouter) a décidé de ne pas se ressouder tusuite, et de tout foutre en l'air mes projets printaniers.

 

Dont celui de retourner avidement au taf.

 

Nan je déconne.

 

Par contre comme vrais projets j'avais en tête :

- me jucher sur un haut tabouret dans le haut lieu de la perversion tourangelle ;

- dévorer de la rôtisserie dans un resto qui va faire grimper mon taux de cholestérol ;

- retrouver des positions du Kamasutra dont celle de la brouette marteau piqueur ;

- désosser la femme de ménage.


Oui mais non c'est repoussé tout ça. Sans compter que je ne peux toujours pas dévaler mes escaliers favoris. Et que du coup, à part mes trois autorisations de sorties extra hospitalières, je n'ai pas croisé de gens de la rue depuis plus de 6 semaines.


6 semaines.


Un mois et demi.


42 jours.


1008 heures.


De quoi avoir des envies de civilisation humanitaire à ma sortie sous conditions.


Comptez sur moi.



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Publié le par Suzy D.
Publié dans : #Récits de Dumeurie

menage

 

Punaise comment ça me manque. Je ne pensais pas qu'un jour ça me manquerait autant. Quoi les cochoncetés sexuelles ? Me jucher sur une chaise haute dans mon troquet favori ? Me ballader sous une bruine fine avec mes deux pattes ? Pffffffffffffffffffffff mais non bande d'incultes, avoir une maison bien rangée et clean !!!! Bon OK mon Auvergnat favori qui va devoir maintenant se dégoter ce joli tablier rose en plus du kilt promis, fait ce qu'il peut, comme il peut et quand il peut.

 

Pour ça je lui rends grâce.

 

OK. Mais qui n'appartient pas au groupe des Monica Geller névrosées ne peut pas comprendre. Est-ce que le monde va s'écrouler si le carton du rouleau de PQ fini ce matin, reste où il est, c'est-à-dire pas dans le petit sac de recyclage où il serait si bien au chaud pourtant, hein HEIN ???? MAIS OUI CA VA ETRE L'APOCALYPSE SELON SAINTE MONICA VOUS ALLEZ VOIR !!!

 

Avant j'arrivais à tout faire moi-même, maintenant je suis obligée de demander à mon esclave ménager d'être mes jambes et mes bras, et surtout d'essayer d'avoir mon cerveau tordu. Ce qui n'est pas aisé quand on s'avère être un Hobbit on ne peut plus rationnel. Lui par exemple ça ne le gêne pas de laisser trainer une bouteille VIDE de Casillero del Diablo juste à côté de la table basse du salon. Tout à côté de mes chaussons d'anciennement bipode, finalement rangés après quelques suggestions évasives de ma part, HIER  je vous demande où ? Bah dans le placard à chaussures. Quelle drôle d'idée tiens ? Lui il s'en branle total que des gens viennent dans l'appart et voient ici et là des mottes de beurres du petit déj abandonnées sur un set de table, lui-même recouvert de quignons de pain susceptibles de nourrir une famille d'Ethiopiens pendant au moins une année.

 

Oui oui lui il s'en branle total, tout comme la grosse trainée de doigt qui stagne depuis deux jours sur le miroir de la penderie, ou encore les panières à linge laissées béantes dans la salle de bain... Oui oh qu'est-ce que ça peut faire que le pain traine sur la table alors qu'il a son petit panier, ou que la bouteille de lait caille sur l'évier alors que le frigo est juste en dessous dites moi ?


Voilà ce que peut se dire un Hobbit normalement constitué, qui a sa propre conception de la fin du monde, et dont cette dernière ne risque pas d'arriver tout ça parce que l'évier n'est pas briqué deux fois par jour (ro mon bébé tu me manques !!!! JE T'AIMEUH !!!!). Alors lui il fait des rêves d'extraterrestres qui envahissent le monde, moi je cauchemarde sur des contrôles d'hygiène inopinés opérés dans des cuisines comme dans les émissions de Gordon Ramsay ; voilà toute la différence entre mon Auvergnat favori et une échappée de l'asile Dumeurien.


Mais de jour en jour je me surprends à penser que le vautrage dans l'escalier est une épreuve envoyée par Dieu. Et que celui-ci a décidé de faire une partie de Sims avec ma tronche et qu'il se fend bien la gueule là haut en voyant mes réactions outrées quand je constate que le petit rideau du garde manger n'est pas tiré comme il le faudrait. Marre toi bien toi là haut surtout hein, c'est pas comme si des vrais gens n'avaient pas de vrais problèmes.


 Je ne cèderai pas non, je ne cèderai pas, vas-y marre toi le chef des Sims, tiens chéri au fait tu penseras bien à me prendre une petite assiette pour que je coupe mon fruit dedans surtout, c'est que je ne supporte pas de voir le jus couler n'importe comment et n'importe où, et que j'éprouve une certaine satisfaction perverse à découper des trognons rectangulaires ? Ce n'est pas parce que je suis une personne handicapée temporaire que je dois chier sur mes principes bordel !!!!!!!!! Non je n'y perdrai pas mon âme !!!!!! Si t'as vraiment que ça à foutre Dieu !!!!!!!!

 

 

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