Samedi 22 mars 2008
Mourir seul. Voilà la plus grosse angoisse de l'être humain juste après celle de mourir tout court. Mourir seul est ressenti comme un échec par les gens vivant à plusieurs dans le même lieu, avec un soupçcon de pensée misérabiliste à l'égard du défunt isolé, et mourir seul est la terreur des gens solitaires et/ou abandonnés, percevant avec affres grandissantes, que ça pourrait leur arriver à eux aussi. S'étouffer bêtement avec une poignée de cacahuètes, chuter sur un sol mouillé et se fendre le crâne, faire une stupide crise cardiaque alors que le palpitant tournait comme une horloge jusqu'à présent. Tous nous percevons en ces instants de lucidité éclair la minabilité et la petitesse de nos existences.

Oui mais voilà. Ce que ne sait pas ou ne veut pas voir la grosse majorité des mortels, c'est que dans une foule hurlante mitraillée par des militaires ou dans une boîte de nuit bondée étouffé par ses propres vomissures, on meurt toujours seul. Toujours. Et il va falloir arrêter de se voiler la face à ce sujet, la mort comme la naissance, sont les deux seules et uniques expériences que l'on vivra de façon totalement orpheline. Il ne faut pas se leurrer. Qu'un pékin lambda dans l'assistance ou votre cher fils adoré vous serre la main au moment fatidique, c'est seul que vous êtes né expulsé de la matrice chaude de votre mère, c'est seul que vous mourrez et dans le froid encore, parce que même sous les Tropiques il fait froid par là bas. Tous le disent avant le grand départ. Oh vous pouvez me qualifier de grosse arrogante parce qu'elle est encore là la Suzy, bien vivante à taper ses leçons sur son petit clavier, mais moi de façon très morbide et probablement aussi sous la coupe d'une énorme névrose frôlant quelques fois le délire dans toute sa puissance, j'ai l'extrême humilité d'observer ce qui se passe chez les mourants, d'écouter ce que disent les personnes qui les accompagnent, et de savoir que même en faisant tout ça, je sais que je ne pourrai jamais apprivoiser ma grande amie et percer un seul de ses mystères.

Mais la seule palabre qu'elle m'ait sifflée à l'oreille plus d'une fois sans aucun secret, c'est que je serai seule face au néant intersidéral. Et que les autres qui suivraient aussi. Et que tous ceux qui y sont passés bien avant il y a des siècles, également. Là dessus aucun mystère. Qu'on soit le roi Soleil ou Mme Michu de la boucherie d'en face, tout pareil. La seule différence entre ces deux là c'est le cas d'espèce qu'on fera d'eux dans les journaux ou pas. Même après votre trépas on jugera votre façon de mourir. Il en est ainsi. Vivre seul comme mourir seul est très mal vu, mais laissons leur là cette suprême illusion aux entourés en toutes circonstances, c'est rassurant sûrement ce type de constat et peut être pas du tout mesquin finalement. On se dit qu'à nous, accompagné, célèbre ou entouré d'une grande famille, ça n'arrivera pas, non non non.

La seule certitude qu'on peut avoir sur le fait d'être en présence de quelqu'un juste avant la fermeture du rideau, c'est peut être qu'éventuellement il reste une toute petite chance d'être sauvé. Seulement voilà tout le monde n'a pas la chance de tomber dans les bras d'un urgentiste ou d'un monsieur en uniforme, et encore faut-il avoir le réflexe quand on n'appartient à aucune de ces deux catégories là, d'attraper son téléphone portable, de faire le bon numéro, et de garder son calme pendant la foule de questions que va vous poser l'interlocuteur à l'autre bout du fil. Peut être aurez-vous la chance de rester encore un peu en sursis si vous habitez pas trop loin d'un hôpital ou d'une centrale d'ambulances. Sinon vous avez de bonnes chances de finir dans votre trou.

Mais peut être que votre heure était tout simplement arrivée ?

Au début de ma carrière j'étais totalement certaine que pour les personnes âgées l'évènement était complètement naturel et pas du tout craint. Et je partais les questionner à ce sujet, probablement pour me rassurer aussi, et tous me disaient qu'ils avaient fait leur temps, qu'ils avaient bien vécu, que c'était normal et qu'ils n'avaient plus rien à faire là de toute façon, tout perclus de rhumatismes ou de cancer ravageur qu'ils étaient. Aucun ne m'a menti. Mais la plupart - pour ne pas dire la totalité - n'avait jamais été confrontée à l'autre bout au final, et même les rescapés puisqu'ils y avaient survécu. On ne peut pas savoir tant qu'on est pas en face de la Mort. Impossible de se l'imaginer, impossible de se la représenter. Impossible de rester zen face à elle et de l'accueillir avec une poignée de mains chaleureuse, que l'on soit bouddhiste ou musulman, tous nous aurons la trouille au moment venu je vous le dis. Mais faut-il refuser cette peur glaciale, faut-il la combattre, faut-il refuser l'essence même de cette dernière émotion fulgurante ? Elle sera le signe que vous êtes encore en vie. Malgré tout on s'y raccroche jusqu'à la fin.

Les plus philosophes face à la mort appellent quand même leur mère.

Les plus en phase un tout petit peu avec cette réalité dérangeante et terrorisante, attendent que les personnes présentes dans la chambre passent 5 minutes aux chiottes pour prendre la tangeante. Seuls. Sans se mentir.

Les plus lucides et les plus tarés aussi, n'attendront pas la retraite pour concrétiser tous leurs désirs et penseront à la Faucheuse tous les jours où ils lui survivront. A chaque instant ils auront conscience de leur insignifiance de vivant en sursis.

Et vous dans quelle catégorie êtes-vous ?

Mardi 4 mars 2008

"Elle nous a quitté-ssssssssss, vous faites toujours la même faute Suzy ! Elle a quitté qui ? nous, donc pluriel donc on conjugue, elle nous a quittésssssssss !". Voilà l'une des petites phrases que me disait régulièrement Mme Jeanne C, ancienne et toujours prof, relevant des coquilles dans notre feuille de chou hebdomadaire, souvent nécrologique.

Plus de décès que de naissance par chez nous.

Sauf que la semaine dernière je n'ai pas fait la boulette. Pour annoncer le décès de Mme Jeanne C, je n'ai pas oublié le fameux "S". Je n'ai pas mis non plus de photo d'elle, car la dernière fois que j'avais fait ça, ça avait déclenché un conflit cataclysmique, de ceux des grands Richter, parce que "Suzy je suis moche moche MOCHE !!!!!!!". Moi je ne la trouvais pas moche ma Jeanne C, je la trouvais même marrante avec sa bouille toute ronde, ses lèvres lippues sans cesse dispensant une leçon sur le cerveau gauche et sa petite taille probablement courbée par ses seins opulents et lourds. Elle a du avoir des sacrés nénés, Mme Jeanne C, mais je n'en ai jamais rien su, tout comme pour le reste de sa personne, car les gens qu'on accueille ici on ne s'imagine pas qu'un jour ils aient pu avoir une autre trombine, une peau ferme et une démarche agile.

Non, nous on a toujours l'impression qu'ils ont toujours été vieux.

On a mis longtemps à s'apprécier toutes les deux, moi cancre réactionnaire je-m'en-foutiste à ses yeux, elle vieille bourrique pointilleuse réfractaire aux miens. On s'était toutes les deux trompées à notre sujet. C'est que Jeanne C était drôlement énervante à me parler comme à une gosse de 4 ans, à moi qui ait détesté l'enfance ; et moi j'étais drôlement énervante à la rassurer sur des sujets éminemments graves pour elle à coups de creux "c'est pas grave, c'est pas grave !". On se tapait sur le système mutuel souvent mais j'aimais la voir débarquer en plein boom de travail ma chieuse, tout ça pour que je lui mette un coup de Tipex sur une lettre manuscrite de sa plus belle écriture, lettre qu'elle avait ouvragé une bonne partie de la nuit.

A force je me suis dit qu'elle ne descendait pas seulement pour un coup de Tipex. Elle voulait qu'on efface ensemble d'autres taches et d'autres ratures. On a dépassé le cadre comme je dis des fois, tout en restant pudique l'une envers l'autre. J'avais réussi à gagner son respect malgré mes fautes de conjugaison, parce que je dominais la bécane et que grâce à mes engins diaboliques (PC, scanner, entre autres), elle pouvait préparer son atelier mémoire comme la prof qu'elle avait toujours été. Elle agissait avec des plus vieux qu'elle, comme elle avait agi avec moi, de façon scolaire, et le pire c'est qu'ils aimaient ça.

Elle avait besoin de moi. Et moi j'avais besoin d'elle.

Je me rappelerai toujours mes fous rires il y a environ 3 semaines quand elle a cru qu'elle était mourante. J'en ai vu pas mal des mourants et je n'en ai jamais vu avec cette bonne tronche là, sinon on pourrait tous se considérer agonisant. Elle a même appelé le prêtre à son chevet. Tout le monde a défilé le fameux soir. Le lendemain elle était toujours là. Et elle a envoyé chier tous les retardataires, un peu déçue probablement que son programme ait été modifié. J'ai ris comme une damnée parce qu'elle en faisait toujours des tonnes, même pour dire qu'elle était en train de crever fallait toujours qu'elle emploie des circonvolutions sans fin, sans faire aucune faute de grammaire bien évidemment. Fallait être drôlement patient pour l'entendre jusqu'au bout du bout, et j'en ai développé de bonnes doses avec elle, moi l'énervée.

A un moment je me suis quand même demandée si elle n'allait pas mourir maintenant. Elle a vu que j'avais vu et elle m'a dit "Suzy mon petit, il ne faut pas être triste". Entre lard et cochon je n'ai pas hésité et je suis partie comme si de rien n'était, pile de devoirs sous le bras pour le prochain atelier. Elle en a annulé un, puis deux et a assuré le troisième. Elle a fait un retour éclair à la maison mais je n'ai toujours pas voulu voir, et je suis repartie comme d'hab avec mon boulot pour le mercredi prochain. J'étais ses petites mains, elle était le cerveau et je lui trouvais encore bonne mine à ma casse-couilles de première.

Quand j'ai vu les brancards passer et sa tête ébouriffée dessus, pas à l'aise, là j'ai compris. J'ai su que je ne la reverrai jamais mon emmerdeuse du lundi matin ; à peine réveillée d'un week end de bitures ou autres trucs de dégénérés, et elle était déjà là ma Jeanne C à me demander qui était Gatsby le Magnifique ou si je pouvais trouver un plan de l'île de Pâques très très détaillé avec ma machine infernale.

Mais j'ai quand même continué à scanner pour son prochain atelier, au cas où. On a bien le droit d'espérer un cas où, non bordel ? C'est qu'il fallait qu'elle soit prête pour le mercredi suivant, il ne fallait pas que je la mette dans la mouise, moi son sauveur comme elle m'appelait quand je lui trouvais un bout de Patafix pour coller dans le salon les photos d'animaux rares que je lui avais trouvée sur le Net. Oh mais mercredi elle sera prête ma chieuse de première, on peut être rassuré. On va bien l'apprêter, bien la maquiller, bien l'habiller. Mercredi c'était son jour et mercredi le sera encore. 

Mais ce sera le dernier. 

Dans sa petite boîte en bois toute petite comme elle, j'aurai du mal à l'imaginer ma casseuse de bonbons.

Mon texte est sûrement truffé de fautes de conjugaison et personne ne pourra me le corriger. J'en ai pas envie d'ailleurs. Je ne sais pas si on écrit "j'ai ris" ou "j'ai ri" ou encore "j'ai rit". J'ai chialé, oui je sais comment on l'écrit, et elle nous a quittés aussi, oui je crois que je sais maintenant.

Mercredi 27 février 2008
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Qu'il est bon de retourner à la maison. Qu'il est bon de se ressentir soi à nouveau après une longue traversée du désert truffée de sentiments inconnus jusqu'à maintenant ; les montagnes russes avaient déjà été pratiquées mais la tiédeur ras les pâquerettes, jamais. Ou si vite oubliée.

Qu'il est bon encore de ressentir la colère sourde, la folie délirante et paranoïaque, la putain de crapouasse hypocondriaque, les envolées de science-fiction, les tourments intello-spirituels, ou spirituo-intellectuels, les vieilles turpitudes de l'enfance glauque, toute cette agitation qui me composait et que je croyais dans ma pathétique arrogance disparue à tout jamais ; qu'il est bon de retrouver tout ça !

Certains se targuent de se vautrer dans un bonheur perpétuel et une sérénité complaisante, moi je dis - et d'autres l'ont dit autrefois - qu'il n'y a que les cons qui sont heureux, ou en tout cas ils sont assez cons pour être certain de l'être, heureux. Ca n'est pas moi, ça n'a jamais été moi et j'ai fait semblant tous ces longs mois de travailler à, de croire en, de vivre sans, la Bête.

De la démagogie du bien être de comptoir. Ca n'est pas moi. Ca ne me fait même pas envie.

On me demande ce qui a bien pu se passer là bas, mais je n'avais pas les mots pour le dire. Analyse à zéro. Maintenant je sais. Elle m'a rattrapée. Une nuit Elle était tellement présente, tellement revenue, que mon coeur s'est arrêté de battre. Je n'ai même pas cherché mon pouls ; avoir un électrocardiogramme à plat protège des maladies du coeur. Pas de coeur, pas de fracture, c'est d'une logique indiscutable.

Implacable.

C'est très confortable. Pas trop, très. Tout juste me suis-je dit à bas mot pour ne pas le réveiller le palpitant anesthésié : "ça y est je suis redevenue comme mes chères créatures". Re-devenue. Enfin moi-même. Pourquoi entrer dans une pseudo lutte contre soi ? La bataille n'est-elle pas vaine, stérile, épuisante, perdue d'avance ? Ne pas s'avouer vaincue mais ne pas se tromper d'agresseur surtout.

Ne pas se tromper de cible. 

S'assumer soi dans toute son insanité, sans en avoir honte. S'assumer soi et composer avec sa - ses - part(s) mauvaise(s), ses multiples de moi qu'il ne faut plus essayer de ranger dans des tiroirs proprets, qu'ils sortent de là dedans tous ces petits mondes là, en trombe, avec leurs ressorts rouillés et cassants. Je ne veux plus jouer l'actrice surfaite de composition, l'Oscar ira à tous ses comédiens mensongers de la mélodie du bonheur. Je suis enfin redevenue moi, entièrement moi, entièrement plusieurs, fondamentalement à côté de la plaque normative creuse de tout raisonnement.


Je ne veux plus me tromper moi-même.

Je préfère le six pieds sous terre à la vue ras du gazon et des pâquerettes.

Je ne veux plus qu'Elle se demande s'il faut s'extirper avec difficulté ou rentrer et ne plus jamais en sortir. Qu'Elle y reste, j'y resterai aussi. Au chaud toutes, ou au froid selon, mais jamais plus dans la tiédeur moite et vulgaire, immonde routine calme et monotone. Paradoxalement mon coeur s'est arrêté de battre, mais en dedans d'autres organes et d'autres sens palpitent sourdement, brutalement, à plaie ouverte.

Récupérer ma vie...

Récupérer ma vie.

Samedi 15 décembre 2007

Je ne vous apprends rien, il y a des chansons qui inévitablement vous rappellent quelqu'un, quelque part ou quelque évènement ; dès les 3 premières notes de musique. Une foule de souvenirs comprise dans toute la vague infinie des émotions humaines vous submerge, pour le pire ou le meilleur, jamais pour le tiède. Les molles vous sifflotez vaguement dessus quand elles passent à la radio et déjà vous les avez oubliées, mais les vrilleuses de tripes elles, subsistent pour l'éternité et se rappellent à vous au moment où vous ne vous y attendez pas.

Moi j'ai décidé de provoquer le moment au moins une fois par jour en la glissant dans mon lecteur mp3. Il y a des morceaux que je ne zappe jamais, celui-là en fait partie. J'ai entendu cette chanson en sortant de mon sommeil diurne, toute folle d'être là et croyant rêver ; Rivoire venait de ranger sa terrasse pour congés annuels et les ouvriers en face parlaient bruyamment, d'ailleurs, elle devait passer sur leur radio.

Depuis, instantanément, dès que je l'entends, j'y retourne...

A J-23, je ne suis déjà plus là.




Au fait, j'avais oublié de dire que c'est "Littlest things" de Lily Allen, achetez l'album qu'il est bien !

Lundi 12 novembre 2007

Petite chanson en hommage à nos morts, et bah ouais là comme ça ! C'est de The Jim Caroll Band et ce morceau clôturait avec beaucoup d'optimisme L'armée des morts... 




People Who Died


Teddy sniffing glue he was 12 years old
Fell from the roof on East Two-nine
Cathy was 11 when she pulled the plug
On 26 reds and a bottle of wine
Bobby got leukemia, 14 years old
He looked like 65 when he died
He was a friend of mine

Chorus:
Those are people who died, died
Those are people who died, died
Those are people who died, died
Those are people who died, died
They were all my friends, and they died

G-berg and Georgie let their gimmicks go rotten
So they died of hepatitis in upper Manhattan
Sly in Vietnam took a bullet in the head
Bobby OD'd on Drano on the night that he was wed
They were two more friends of mine
Two more friends that died / I miss 'em--they died

(Chorus)

Mary took a dry dive from a hotel room
Bobby hung himself from a cell in the tombs
Judy jumped in front of a subway train
Eddie got slit in the jugular vein
And Eddie, I miss you more than all the others,
And I salute you brother/ This song is for you my brother

(Chorus)

Herbie pushed Tony from the Boys' Club roof
Tony thought that his rage was just some goof
But Herbie sure gave Tony some bitchen proof
"Hey," Herbie said, "Tony, can you fly?"
But Tony couldn't fly . . . Tony died

(Chorus)

Brian got busted on a narco rap
He beat the rap by rattin' on some bikers
He said, hey, I know it's dangerous,
but it sure beats Riker's
But the next day he got offed
by the very same bikers

(Chorus)

Lundi 15 octobre 2007

L'enfer c'est les autres. Banalité affligeante démontrée quotidiennement pour les plus sauvages d'entre nous. Et si, et si, l'Enfer majuscule était plutôt cette absence d'autre ?

Cet autre au patrimoine génétique quasi identique au vôtre, cet autre constitué à une époque préhistorique de la même chair et du même sang que vous, cet autre que vous sentez si proche mais si lointain sous cette terre fraîche à peine retournée, cet autre dont on vous parle depuis toujours mais dont vous n'avez jamais touché la peau, jamais senti l'odeur, jamais entendu le moindre de ses cris ou même de ses soupirs.

Alors j'imagine. Imaginer c'est tout ce qui reste car comment se fier à une matrice idéaliste, où quelque part dans ses chemins torturés de douleurs, le seul enfant, l'unique, est un enfant mort. Au côté duquel vous ferez toujours pâle figure, vous survivant entre les décombres, forcément pourvoyeur de déceptions maternelles. Vous, vous n'hésitez plus à l'envoyer paître. Lui, n'a pas le téléphone et bouffe le fil du combiné par la racine.

Alors j'imagine. J'imagine sans réalisme aucun ce que ta vie aurait pu être et ce qu'elle ne fut jamais. Ce que fut la nôtre avant le verdict télégraphique. Hélas ou pas hélas, de toute façon c'est comme ça, c'est la vie comme ils disent tous avec leur bon sens éclairé à la va-vite, eux qui ne sont pas dans le noir et qui ne savent même pas quoi faire de leur lumière donnée en trop les cons, eux qui se plaignent en permanence du prix de l'essence, de la pluie qui tombe et de la taxe foncière qui ruine leur existence. Et toi à côté, l'enfant vivant - ou luttant quotidiennement pour le demeurer - qui se débat avec des substances de toi.

Des miettes. Une infinité de miettes que tu tentes de reconstituer à table à chaque repas. En petit tas tout serrés, balayé d'un coup de main à chaque débarassage.

Toi de qui je n'ai que des photos en noir et blanc, et une UNE putain de photo en couleur où je n'étais pas née, où je te vois rose et nu comme un ver criant tous les diables ou tous les je ne sais quoi, criant, s'époumonant, hurlant, exprimant peut être le néant, toi soi-disant silencieux comme une tombe, s'il fallait la croire elle. Une visionnaire, elle.

Je n'ai jamais entendu tes putains de cris. Qu'est-ce que j'aurai aimé pourtant, histoire de la faire taire, cette douloureuse survivante, celle qui dis que tu étais comme ci et pas comme ça ; qu'est-ce qu'elle en savait d'abord ? Je suppose qu'elle fait comme moi, qu'à elle aussi on t'a volé, et qu'on tente de t'imaginer toi qui n'avait pas d'odeur, ni de son, à peine une image. Même pas trois dimensions.

Même pas. Pas grand chose à quoi se raccrocher. Quelques photos où tu as un simili de regard dans le vide. Et surtout SURTOUT une pierre tombale toute fraîche où mon nom aussi est écrit dessus. Et il va falloir que je fasse avec, c'est déjà pas si mal hein ? Faire avec des bribes. Colmater avec du plâtre. Compacter de la substance sans qu'elle soit balayée d'un revers de main cette fois ci. Ne jamais changer la nappe.

Imaginer. Non ne plus imaginer, c'est la porte ouverte au délire hystérique, à l'idéalisation fantasmatico-fantastique en tentative malsaine de guérison ; ne plus imaginer sous peine d'enterrement psychique et de science-fiction mortelle. Sous peine de se mettre à la place de - pire que tous les scenarii que tu as pu imaginer - et la place du calife tu la laisses à d'autres. Qu'elle la prenne tiens.

Que la peine se fasse - sous peine que - avec difficultés certes mais qu'elle se fasse, et qu'elle soit enterrée une bonne fois pour toutes, elle aussi, à sa place...

Dimanche 14 octobre 2007

Il avait l'air sincère le petit Bill quand il a déclaré ça en 1998, vous vous souvenez ? Je m'étonne toujours du talent de comédien que certains d'entre nous possède, que cela soit pour falsifier la vérité, mentir effrontément ou tenter de se convaincre désespérément du contraire de ce que l'on pense ou de ce que l'on ressent. Il avait vraiment l'air sincère le petit Bill. Etait-ce de l'hypocrisie, du désespoir, de la duperie, ou un savoureux mélange des trois ?

Autre exemple illustre et célèbre, tout récent celui-ci : Marion Jones, la fée déchue de l'athlétisme, qui a nié avec véhémence toutes les accusations de dopage à son encontre, allant jusqu'à réclamer à la belle époque jusqu'à 25 millions de dollars de dommages et intérêts pour diffamation. Elle pleure maintenant sur toutes les chaines de télé du monde en avouant le contraire, et devra rendre ses médailles gagnées trichement aux JO de Sydney.

Belle leçon de morale à enseigner à tous les petits nenfants du monde entier comme quoi le mensonge ne paie pas ? Non, belle leçon à enseigner à soi-même pour se méfier encore plus de la motivation de nos congénères à tirer toutes les ficelles même les plus honteuses, pour se tirer d'un panier de crabes ou tirer profit d'une petite gloriole ; se mentir à soi-même et aux autres, en se et en leur faisant forcément une violence morale même inconsciente, étant à mon sens la plus pathétique des démonstrations.

Et la plus humaine aussi. Il avait l'air sincère le petit. J'ai failli le croire.

Mercredi 3 octobre 2007

Par bribes dégoulinantes les mots noirs défilent à toute vitesse, expulsés par des moi(s) toutes aussi noires et toutes aussi dégoulinantes d'incohérence et de sens subitement extralucides. L'insoutenable lourdeur aérienne de l'être. Quand les opposés se livrent une guerre sanglante, conflictuelle, fratricide, au terme d'une quête acharnée du saint Graal - saint Graal reposant maintenant six pieds sous terre trankilou, le con - alors à quoi bon ?

Pourquoi, pour qui lutter maintenant ?

Pourquoi faire ?

Décousus, entièrement morcelés, les moi(s) et les mots se déchaînent, refusant cette soudaine armistice alors que toute une vie a été vouée dès la naissance à un combat sans fin, au destin sacrificiel tout tracé. Déjà on a oublié contre qui on se battait. Déjà l'ennemi n'a plus de visage et l'on ressent tout juste le sens de ce sang répandu, titillant maintenant l'organe du manque, au chaud autrefois quelque part entre le coeur et l'estomac.

Comment faire pour vivre en paix quand on ne l'a jamais connue ?

Soudain elle fait plus peur que l'autre ; déjà on cherche d'autres déclarations de guerre, d'autres ennemis à qui on accordera jamais le pardon. Parce qu'on ne sait pas comment faire. Parce qu'on s'est habitué à survivre dans un climat hostile, on s'y est adapté, c'était notre normalité.

Notre. On. elles.

Les adjectifs, les pronoms, les verbes se mélangent, seuls restent les mots noirs, de plus en plus clairs. Ils font mal aux yeux. Et les plusieurs, ces multiples de 1 qu'on n'a pas fini de découvrir, et qui se lèvent raides au détour d'une ruelle sombre, inattendues mais tellement là et qu'elles n'ont pas voulu voir avec leurs yeux crevés, les autres. Les autres, les soi(s), celle qui aimerait voir si pour de vrai les tripes fument au dehors, celle qui bécote ces joues ridées collantes de on ne sait trop quoi comme matière mais même pas peur, celle qui secoue les morts en les appelant par leur nom tabou une pelle à la main, ou cette autre en mi, misanthrope, sans mi-temps de répit, quelquefois minable, jamais mièvre et souvent mystificatrice (avec un Y à la fin).

Toutes les miennes.

C'est un vrai bordel là dedans et on a - je, nous - buté la mère maquerelle.

Mais rendez-vous est pris dans la diablesse patrie des mosaïstes, les meilleurs au monde. Armés d'un tube gigantesque de colle, ils sauront réparer les dégâts pour une année. Enfin une dizaine de mois, nouvelle unité de mesure du temps à moi.

Et en attendant, que la (deux)mi-mesure aille se faire foutre elle aussi, jusqu'à ce qu'ils deviennent bleu-marine.

Mardi 18 septembre 2007

J'ai encore rêvé de toi l'ange tutélaire. La première fois tu étais inerte, la tête penchée, pâle et translucide, enveloppée dans un linge rose ; à bien y penser c'était un linceul. Ce ne peut être qu'un linceul. Et je te poussais dans les couloirs que nous connaissons bien toutes les deux, dans un fauteuil roulant ; je ne sais pas où je t'ai menée, probablement nulle part, là où tu as toujours voulu aller. Tu iras l'ange tutélaire, ça oui tu iras et peut être - sûrement - que ce jour fatal mais inexorable, ce sont tes pieds qui passeront en premier le pas de la porte. 

Cette nuit encore donc tu étais là, faible, fragile, sans aucune défense, et moi encore j'ai essayé à coups de griffes et de métal de sauver cette peau que tu détestes, celle que tu cherches à assassiner d'une mort lente et violente, l'ange tutélaire. Tu as déjà choisi ton bourreau, celui qui une bonne fois pour toutes te cassera sur le carrelage froid, ta douce figure apaisante broyée en miettes de cristal. Et cette fois encore je n'ai pas pu te sauver. Peut-on aider quelqu'un qui a une si puissante autodestruction et un si peu d'estime d'elle-même ? 

Tu penses que tu ne mérites même pas l'air pollué que tu respires. Tu penses que la merde que tu écrases sur le trottoir avec tes tous petits pieds a plus sa place dans ce bas monde que toi. Tu penses que le sombre type dont tu n'es même pas amoureuse, agit normalement en te brisant la machoire et en enflant à coup de haine ce visage si pur. Tu le mérites tellement, tellement. Comment transformer de l'or massif en plomb. Ta chute t'a menée droit en Enfer, l'ange tutélaire déchu et tu as choisi de mourir. Je sais que tu veux mourir même si tu n'as jamais osé le dire. Me le dire. Tu m'évites l'ange tutélaire déchu, tu rases les murs, tu évites de croiser mon regard noir et ma frustration à te laisser crever toi aussi, car tu sais que je sais. 

Je sais que tu sais. 

Non je ne te sauverai pas. Mais ce constat amer, je n'arrive pas à m'y faire. Probablement que ma colère va gronder, encore plus sourde, probablement tu vas encore hanter mes rêves juste avant que la gorgone aux yeux venimeux ne te remplace, probablement mes mains ensanglantées dans mes cauchemars t'auront vengée mais... 

Ce n'est pas à moi de le faire. 

Ca ne devait pas être un linceul au final. C'était un lange. Et c'est toi qui tenait cette fragile créature dans tes petits bras à la peau douce. Ce sera à toi de la protéger maintenant, l'ange tutélaire déchue, ne l'entraîne pas dans tes bas fonds, elle ne t'a rien demandée... Vous allez être deux et toi tellement seule. Jusqu'à la fin.
 

Jusqu'à ta fin...

Mardi 4 septembre 2007

"Partir c'est mourir un peu", cette citation d'Haraucourt améliorée par Gilles Veber : "mais rester c'est crever doucement", résument à elles seules mes pourquoi de bougeotte du comment. Mais, car il y a un mais : comment retrouver des pupilles vierges et un ventre sans bleus à l'âme quand on a déjà reçu des uppercuts des plus belles, comme Lisbonne ou Florence ? Quand celles-ci vous ont estomaqué de stupeur par leur délicatesse architecturale, par le temps qui s'étire à l'infini paisiblement, par cette douceur de vivre intemporelle et subjuguante ? Je ne vous parle même pas de l'esprit qui les possède, qui vous possède, qui vous accompagne pendant votre séjour, et ensuite qui vous hante de toute sa violence spirituelle ; esprit qui jamais ne s'en va de votre chair et de vos sens et qui restera fidèle à vos côtés,  jusqu'à votre agonie terminale. Avec elles jamais vous ne vous sentez seul, où que vous soyez, quelles que soient les circonstances.

Il est des villes qui vous marquent au fer rouge pour votre plus grande joie masochiste, et du coup vous vous attendez à chaque gare ou aéroport, à recevoir encore de plein fouet ce violent crochet qui va vous tuméfier l'estomac et vous torturer les tripes. Vous l'espérez, vous fermez les yeux, vous suppliez en votre for intérieur et...

... Rien. Rien tout simplement rien. Je vais probablement me faire assassiner par les Bruxellois, les Belges et autres admirateurs de la demoiselle, mais rien, rien, RIEN ! En même temps il n'y a rien à reprocher à ses habitants, à ses maisons, à elle toute entière ; non il n'y a rien à lui reprocher (si quand même, ses moules marinières entre 20 et 25€ !!!!!), mais en même temps rien. A aucun moment je n'ai senti mon palpitant s'emballer comme un fou furieux ni mes tripes s'entortiller comme si j'allais me répandre en flaque dans un égoût ; et même que je me suis sentie seule, extrêmement seule, bourrée de névroses, de tics, de maladies du cheveu imaginaires, et d'esprits démoniaques me disant "dégage, dégage" à 3 heures du mat'. 

Pour sûr je conçois aisément que mes expériences masochistes de la vie en général ne soient pas perceptibles par la plupart d'entre vous, et qu'une ville reste une ville.

Pour sûr cela a été violent mais en sens inverse.

Pour sûr cela a tout de même permis une confrontation avec la Bête qui peut être se terminera en l'accouchement d'un chien fou ou d'une larve molle et gluante ; on en reparlera ou pas dans quelques mois ou années.

Pour sûr il y a eu ça :


Ciel-de-Bruxelles.jpgOui, tout de même il y a eu ça, pour sûr. Mais si peu, tout juste un petit "oh" sans conséquences stomacales aucunes... J'aime passionnément ou je déteste violemment (ou les deux mélangés) mais je ne peux pas me contenter de sentiments tiédasses, ça non.

Tout ce que je sais c'est que je n'ai jamais aussi vite décanillé d'un endroit. Parce qu'il est des villes qui vous font ressentir trop fortement votre situation d'étrangère en cet univers...

Pour sûr...

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Je suis un tyran, si vous ne le savez pas encore vous allez en tâter de ma dictature ; donc comme tout bon tortionnaire qui se respecte, la liberté d'expression n'existe pas, mais quand même, des fois, je vous autorise à dire des trucs petit peuple opprimé  : par 
ici c'est le livre d'humeurs, et par aussi d'autres articles à commenter. Ici enfin figure le palmarès de la moule, commentable également et là là là y'a les photos de mes objets beaux à regarder pour moi favoris. Des questions ???

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