Cela fait 16 ans que j'en suis partie. On peut dire tout de moi, que je suis impardonnable, frustrée, jalouse, cruelle, sarcastique, excessive, toutes les conneries possibles et inimaginables parce que dites sans connaître le moindre soupçon de mon âme, par contre la seule chose qui transparait et qui m'attire encore bon nombre de roues cassées, c'est mon formidable instinct de survie. Vous trouvez ça arrogant ? Je vous emmerde ! Et mieux vaut ne pas vous retrouver avec moi après le crash d'un avion en pleine cordillère des Andes, parce que je ne mettrai pas très longtemps à faire le calcul dans ma petite tête sur les délais vitaux avant de passer l'arme à gauche ; si vous êtes un peu dodu vous allez passer à ma casserole. Mais je ne suis pas égoïste, je suis aussi capable de donner les meilleurs morceaux à mes comparses de malheur.
Ca dépend toutefois desquels.
C'est toujours grâce à lui, que j'ai senti il y a 16 ans, avec mes 40 kilos mouillés, qu'il fallait que je me tire, que je me barre, que je me dérobe, que je m'échappe, que je m'enfuis avant de passer sous une autre barre fatidique. Maintenant j'en suis partie. L'année dernière j'ai déterré les derniers et non les moindres, cadavres du jardin ; aujourd'hui quasi jour pour jour, j'y suis retournée pour voir si les trous étaient bien bouchés. Dans le jardin de mon père, il y a une petite fille qui arrose les plants de patates avec un arrosoir trois fois trop grand pour elle, mais elle est blonde cette fois, autrefois elle était brune avec un teint plus basané. L'homme derrière elle qui lui montre les plantations à arroser, a un pneu michelin autour de la taille, au moins un pneu de 4X4. Il a perdu de sa superbe, il est inquiet, le voisin d'à côté "de l'âge de ta mère" ne revient plus à la maison, il est foutu, il va aller chez les vieux. Il me montre de la main l'attirail désordonné qui jonche son sanctuaire vert, il y a du chienlit parfumé à l'orange dont il a oublié le nom mais qu'on peut faire en infusion, des cagettes et du bois qui s'empilent, du polystyrène en morceaux, une poule malade qui ne sort plus de son nid. "Regarde y'en a partout ! C'est du boulot un jardin, je suis vieux !"
Je le sais, j'en ai entretenu un l'année dernière, si tant est que creuser des trous entretienne, ça n'a pas encore poussé mais je pense que ça va venir. Je lui fais remarquer que son coin de paradis bordélique ressemble de plus en plus à celui de son père, là bas près de la mer aux sardines. Il ne dit rien. Bientôt j'en suis sûre, il aménagera un lit de fortune quand il en aura marre de voir les "Feux de l'amour" avec ma mère, surtout que ceux-ci n'ont jamais été vraiment allumés. J'ouvre mes sens à l'univers de mon père, son potager bordéliquement poétique, je ferme les yeux et les sanglots ne tardent pas à monter dans ma gorge nouée ; j'ai passé le tiers de ma vie dans ce jardin là, à nourrir mes lapins avant que mes paternels ne les dévorent, à tenter de domestiquer une araignée nommée Joséphine avec des mouches que j'écrasais, à le voir mon idole d'antan arracher une mauvaise herbe ici et là, une feuille de menthe derrière l'oreille. A y consoler ma mère, pleurante et hurlante personne ne savait pourquoi ou alors c'était pas grand chose, à la nuit tombée, sur cette terrasse où on faisait sécher le linge.
La corde y est toujours. Et aujourd'hui même y flotte du linge noir. Alors que nous ne célébrons aucun deuil. Enfin moi plus mais eux, sûrement peut être. Nous venons du pays où la saudade intraduisible règne en maîtresse injuste.
Dans le jardin de mon père il y a tout cela. Une machine à remonter le temps, une faille immatérielle dans une autre dimension, et mille végétaux qui y poussent de façon luxuriante et anarchique.
Extraits d'une conversation téléphonique avec môman, qui excelle en la matière du plumeau.
Môman : tu te rends compte de ce qu'elle a dit l'autre saloperie de pétasse [Note de la Traductrice : grand-mère potentiellement rivale d'Attila le Hun, ma nièce] l'autre fois ??? ELLE A DIT QUE MA MAISON ETAIT SALE !!!!!!! TU TE RENDS COMPTE, MA MAISON SAAAAAAAALE !!!!!
Moâ : ben quoi pour une fois qu'elle dit un truc vrai on va pas lui reprocher !
Môman : QUOAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!!!! TU OSES DIRE QUE MA MAISON EST SALE !!!!! NON MAIS C'EST PAS VRAI TU TE RENDS COMPTE DE CE QUE TU DIS !!!!!
Moâ : j'ose pas c'est vrai, vous vivez dans un taudis, c'est dégueulasse, ça déborde de partout, y'a des souris qui courent dans les pièces, la poussière n'a jamais été faite sur les meubles, l'autre fois t'as fait celle qui ne savait pas qu'une cabine de douche ça se nettoyait, et quand on était gosse on t'appelait la grande crado ! Pourquoi à ton avis !
Môman : !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! CA FAIT JUSTE QUELQUES ANNEES QUE JE NE PEUX PAS FAIRE LE MENAGE, JE SUIS HANDICAPEE, AVEUUUUUUGLE, MALAAAAAADE, C'EST DE MA FAUTE PEUT ETRE !!!!!!!! [Note de la Traductrice : ma mère est aveugle mais arrive très bien à lire les courriers de la Banque de France à destination de ma soeur bien-aimée, et même à compter les zéros s'empilant sur sa dette. En ce qui concerne le pseudo handicap, ça fait au moins deux décennies que ça dure et on ne sait pas au final quelle est la pathologie sous-jacente, malgré les investigations médicales pouvant être compilées dans l'annuaire de l'Ile de France]
Moâ : oui bon ça va, la maison est crade voilà, tu ne veux pas l'admettre je m'en fous !
Môman : ce n'est parce que tu viens UNE FOIS PAR MOIS [Note de la Traductrice = tu as lâchement abandonné ta mère qui t'a donné la vie et s'est saignée les veines pour toi, pour ne t'occuper que de ta petite personne, sale égoïste] que tu peux juger de l'état de la maison TOUT LE TEMPS !
Moâ : ah oué ? T'es en train de me dire que vous me faites l'immense honneur de dégueulasser la maison quand vous savez que je viens en week-end ? Ah ben merci, sympa l'accueil que vous faites aux invités !
Môman : JE TE PASSE TON GROS CONARD DE PERE !!!!!!!
Mon gros conard de père : c'est vrai que ça n'est pas très agréable pour toi quand tu viens, tu passes la serpillère, tu nettoies le micro-ondes...
Godzilla en arrière plan téléphonique : RTURIUT85768GFT8T8Y9TAZCDMS%M¨M !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! VA TE FAIRE FOUTRE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Moâ : n'en rajoute pas une couche ou tu vas mourir.
Saddam Hussein avant l'attaque des deux tours : ù:*,;:ù$^m$^$mop$mùklm^$m^ SALOPERIE DE MERDE !!!!!
Mon père gros conard : je te repasse ta mère...
Adolf croassant dans les jardins de la Chancellerie : BONSOARRRRR !!!!!
Mon père ce héros : on dirait qu'elle ne veut pas te parler...
Moâ : t'inquiète tu peux la rassurer, la prochaine fois je ferai comme d'habitude, je dirai des choses fausses et flatteuses qui ne fâchent pas.
Donc peut-on déduire de cela que ma mère est l'exception qui confirme la règle ? Très certainement, et comme ça au moins les morues seront bien gardées.
Et qui vous provoque de drôles de guiliguilis dans le bide parce que vous ne savez jamais vraiment ce qui va se passer en Dumeurie, c'est ça qui est excitant. Donc vous y retournez sans cesse parce qu'il faut bien l'admettre : vous y êtes drôlement accro. Drôlement drôlement. Et même que vous rencontrez d'autres joueurs de toutes catégories ; à plusieurs la fête est plus folle.
Jeudi soir. J'appelle môman Dumeur. La plus cyclothymique de l'équipe. Celle qui détient toutes les cartes maîtresses. The capitaine of the team. Maman quoi.
Moi : bon ben j'arrive à la gare demain à 21H. Tu sais j'ai pas trop le moral en ce moment...
Môman : QUOI Q'UEST CE QUI SE PASSE HEIN QU'EST CE QUI SE PASSE ?????? [Notes de la traductrice : forcément si je n'ai pas le moral pour ma mère, y'a tusuite une équation qui s'écrit sur le tableau noir maternel : PAS DE MORAL = MEC = COEUR BRISE = T'AURAI DU ECOUTER TA MERE ET TU ECRIRAS 10 000 FOIS "NE JAMAIS S'APPROCHER DE L'HOMME", C'EST BIEN FAIT POUR TA GUEULE MAMAN T'AVAIT PREVENUE]
Moi (ne voulant pas expliquer au téléphone à ma mère le distingo pourtant très subtil entre "homme" et "pénis", surtout celui qui se met curieusement à écrire en maître Yoda quand il est très très énervé) : PUTAIN TOI T'AS PAS LE MORAL DEPUIS TA NAISSANCE, T'AS PAS FORCEMENT UNE EXPLICATION TOUTE PRETE A CA NON ALORS J'AI LE DROIT AUSSI TU CROIS PAS !!!!!!!
Môman (se transformant subitement en Joconde placide) : ... je vais aller à la poissonnerie demain et te faire plein de poissons.
Du pénis jamais je ne me rapprocherai.
Proverbe dumeurien, promesse devant l'Eternelle.
Le jour du départ en Dumeurie, Dieu m'a donnée la voie. Il a mis sur mon chemin spirituel de moule égarée sans sa petite sauce, plusieurs signes hautement révélateurs allant dans le sens de la phrase yodesque écrite 2 lignes au dessus.
J'ai croisé une bonne soeur toute de grise vêtue aux bonnes joues roses épanouies.
Je suis sûre qu'elle doit s'éclater à faire ses confitures elle-même.
Et j'ai eu en pseudo entretien psychologique parce que je suis pas vraiment psy c'est Yoda qui l'a dit et Yoda il s'y connaît, une divorcée très très jeune.
Elle va fêter ses 101 ans bientôt.
Et elle n'a aucun problème de sécheresse vaginale.
Alors avec tous ses bons hospices, je suis arrivée à la casa maternelle toute confiante sans me préparer aux cataclysmes dumeuriens habituels, et même en laissant ma carapace hérissée de barbelés sur le porte-manteau d'habitude très très chargé.
Et bordel j'ai eu raison, voilà qu'en Dumeurie l'armistice venait de connaître ses premiers balbutiements.
Un grand moment d'émotion.
Surtout que sur la toile cirée de la cuisine, gisaient plusieurs espèces poissonnières menacées : sardines, daurades et même du peulpe. Oui vous avez bien lu, du peulpe. Je ne me suis jamais expliquée pourquoi ma mère arrivait très bien à dire à mon père plusieurs fois par jour "va te faire fOUtre" en faisant correctement le "OU" avec sa petite bouche en coeur, et pourquoi le "OU" du peulpe devenait subitement une épreuve linguistique ? Encore un mystère dumeurien.
Alors quand ma mère m'a demandée comment je voulais mon peulpe, je ne me suis même pas foutue de sa gueule, et j'ai demandé "bien cuit" au lieu du sanguinolent habituel.
Quand à table ils ont commencé à se prendre la tête sur le volume de la télé pendant "30 miilions d'amis" j'ai rien dit.
Quand mon père a gueulé qu'il y avait un complot orchestré par les fabricants de produit d'allumage de barbecue parce qu'il fallait un bidon tout entier pour juste quelques braises, j'ai rien dit, même pas un diagnostic de psy de comptoir.
Quand il a dit "qu'est-ce qu'elle fout l'autre elle peut pas préparer la salade ???" en parlant de moi, j'ai même préparé la salade.
Subitement la paix était entrée en moi comme si j'avais fait un gros caca douloureux qui couvait depuis des lustres et qui venait faire subitement un gros plouf dans la cuvette. De là à dire que la paix c'est de la merde, c'est un pas que je franchirai... franchirai.
Parce que le lundi même, le gros con de barbu qui joue aux Sims là haut et qui curieusement assaisonne toujours les mêmes dans son petit jeu sadique, m'a ouvert une autre voie.
Pas besoin de vous faire un dessin ? Si ?
J'ai croisé un joli jeune homme très grand complètement égaré au rez-de-chaussée de la résidence et frappant à des portes vides. J'ai pensé "ma porte t'es complètement ouverte bel inconnu" et après je me suis rincée la bouche au savon en grande pécheresse que je suis.
C'était quoi déjà le proverbe là ? Pénis du s'en approcher faut pas ????? Môman !!!!!!!
Puis un bellâtre très connu m'a fait un sourire de fauve et je me suis tortillée les cheveux en le regardant, il ne manquait plus que le "hihihihihihihihi" de bécasse finale.
J'ai jamais été bonne au Scrabble et je ne m'appelle pas maître Capello alors au final, bordel, que se faire foutre la leçon à copier aille !
Impardonnable je suis, oh que oui, et plutôt plein !
Je rappelle aux chanceux qui n'auraient jamais vu cette émission éminemment culturelle, que Bill était le martien virtuel aux côtés de Lagaf'.
Comme quoi dans la vie on ne part pas tous avec les mêmes cartes en main, y'a pas à dire.
Extraits d'une fête de Pâques très ordinaire en Dumeurie.
M. et Mme Dumeur - alias papa et maman - pour une fois sur la même longueur d'ondes : tu te rends compte, Sim il y a un an, maintenant Carlos, bientôt y'aura plus personne aux Grosses têtes !!!! C'est triste ! C'est toujours les meilleurs qui partent ! (Note De La Rédaction : les méchants pas beaux c'est immortel c'est bien connu, d'ailleurs Adolf il sirote tranquillement des Mojitos à Copacabana avec Rudolf, je regrette de pas avoir un prénom en "olf" faut croire que ça immunise)
Gorgone Dumeur - alias ma soeur il paraît - pour une fois pleine de bon sens : de quoi Sim ? Il est pas mort Sim !
Mme Dumeur : bah si ! Y'a même Patrick Sébastien qui a fait un hommage l'année dernière ! Y'a un an ! (NDLR : pour ma mère hommage = mort, sinon pourquoi dire de si belles choses du vivant des gens ??)
Gorgone : bah non ! Il a joué dans le dernier Astérix Sim ! C'est qu'il est pas mort !
Mme Dumeur : pisque je te dis qu'ils ont montré son enterrement à la télé, IL EST MORT SIM, PIS D'ABORD TU VAS FERMER TA GUEULE, TU VAS ARRETER DE ME CONTREDIRE C'EST MOI TA MERE TU VIS CHEZ MOI TU PAIES JAMAIS AUCUNE FACTURE ALORS TA GUEULE !!!!!!!!!!!!!
Gorgone : pfou n'importe quoi ! Toute façon tu m'as jamais aimée tu préfères l'autre qui a un bac !!!!!! (NDLR : l'autre = moi, sauf que depuis son extrême frustration probablement sexuelle, j'ai empilé quand même 3 autres diplômes après mais bon, ne rajoutons pas là d'humiliation supplémentaire à cette personnalité très primaire)
Mon frère et moi en choeur sur notre hymne favori : "je suis le mal aimé, je suis le mal aiméééééééééééééé", tiens il est pas mort lui aussi ????
Gorgone : oué c'est ça hein, c'est ça, vous serez tranquille quand je serai morte !!!!!
Moi : bah non c'est pas possible que tu crèves, c'est les meilleurs qui partent, c'est maman qui l'a dit.
Fin du premier épisode
Et pour votre bonheur à vous cher lecteur, tusuite le second :
Moi, m'adressant à mon père cassant consciencieusement des BN au chocolat dans du lait chaud à 8 heures du soir alors que mon frère vient de préparer des endives au jambon (NDLR : mon frère a une super recette d'endives au jambon, à base de jambon frit dans du beurre, le tout arrosé de miel) : bah kesstu fous t'as pas pris ta part d'endives ???
Mon frère : je peux te faire des tartines beurrées aussi avec ton Benco hein !!!!
M. Dumeur s'adressant à moi mais ayant encore oublié mon prénom, c'est que ça fait 35 ans qu'il m'a déclarée à l'état civil depuis l'eau a coulé sous les ponts : je n'ai pas le droit de manger ce que je veux on ne me respecte pas ici j'ai mal au ventre j'ai le droit d'avoir mal au ventre toi tu te plains que t'as des douleurs au ventre quand tu téléphones à ta mère mais moi j'ai pas le droit je peux quand même manger des BN si je veux j'ai le droit de mal digérer toi t'as le droit de te plaindre je suis ton père tu as vu comment tu me parles il faut que je prenne mes médicaments à 8 heures et pas à 8 heures 5 toi tu fais ce que tu veux moi je dois prendre mes médicaments je mange ce que je veux j'ai le droit de me plaindre
Moi : allez vas-y c'est bon bouffe ton quatre heures le môme et lâche-moi la grappe !
M. Dumeur : je suis ton père tu as vu comment tu me parles je mange ce que je veux j'ai le droit de me plaindre toi tu geins toujours au téléphone
Moi ayant déjà tourné les talons depuis belle lurette avec mes deux endives à 850 calories l'unité mais sachant d'expérience que le flot de mots ne s'est pas interrompu. D'ailleurs 4 jours plus tard, je suis sûre que mon géniteur doit encore être dans la cuisine à débiter tout ça sur le même ton monocorde, parce qu'il ne s'est probablement pas aperçu que je n'étais plus là.
Moralité de l'histoire : ne pas essayer de se mettre au même niveau que ses parents histoire d'avoir un atome crochu et un sujet de conversation en commun, sous peine de passer pour une geignarde irrespectueuse de la vraie souffrance humaine qu'eux connaissent par coeur, même qu'ils sont nés avec. Enfin tant que le Créateur suprême ne dit pas non plus d'honorer sa soeur, je vais essayer de m'y faire et de les glorifier de toute ma splendeur potentielle. Après tout les gènes c'est sacré, et même que quand tu donnes naissance à un être appelé aussi enfant, ça te donne le droit de tout lui balancer à la tronche et tout lui faire, sans que celui-ci puisse se rebiffer.
C'est ça l'honoration. L'honnoralité. L'honor... et pis merde, j'y arrive pas !
Mais quand même, je ne suis pas si ingrate que ça, merci papa de m'avoir transmis ton gène de la phrase sans fin avec aucune ponctuation, au moins un truc que nous partagerons sur nos futures épitaphes.
Mieux vaut tard que jamais.
Et ça c'est pas Dieu qui le dit.
On a les animaux qu'on mérite il paraît, et même que des fois une certaine familiarité s'établit entre la bête et le maître - à moins que ce ne soit le contraire
- les deux finissant par se ressembler. Ma soeur par exemple qui est une chienne à elle toute seule, possède dans tous les sens du terme, un vieux chat cancéreux au dernier carat. Hé
bien au terme de sa vie, la bestiole de jour en jour, est devenu son portrait craché : lent comme un zombie dans tous ses gestes, lourd et disgracieux dans sa démarche alors qu'il a perdu tout
son poids, son oeil tumoral crache en permanence un pus croûteux qui fait qu'à la longue, on se demande si ce n'est pas son cul qu'on regarde. Il est où le cucul, elle est où la tétête ?? Et
malgré le cancer qui lui ronge la tête, le chat il peut pas s'empêcher de miauler à la mort à quatre heures du mat', ce qu'il a toujours fait remarquez, même au firmament de sa forme. Miauler
pour miauler, avec tout le monde qui lui jette des objets à la tronche pour qu'il ferme enfin sa gueule, après une avoinée de noms de chats crevés.
Toute l'histoire de la vie de ma chienne de soeur.
Moi en ce moment je n'ai pas d'animaux, ni aucun être à poils d'ailleurs, tout juste consens-je à m'attacher à deux sex toys que je remplacerai le jour où ils seront morts. Pour l'instant je
change les piles. Les sentiments c'est pas bon, l'affection c'est le début des emmerdes, tu te lies et pan ! soit l'objet de tes désirs se casse après t'avoir pompé tout ce qu'il pouvait te
pomper, soit il agonise dans d'atroces souffrances et te laisse seule, seule, seule.
Comme Rustine ma lapine.
J'étais enfant - 6, 7 ans je dirai - et mes parents me laissaient nourrir les lapins, à l'époque je savais pas bien pourquoi ils étaient si heureux de les voir prendre du poids les lapins, faut
dire que je m'en occupais bien et qu'ils engraissaient de jour en jour. Parmi les habitants du clapier, y'avait ma belle Rustine, que j'avais appelée comme ça parce qu'elle était toute blanche
avec des ronds noirs, comme des rustines colmatant des trous par en-dessous. Oué je sais j'étais déjà poète à l'époque. Elle était belle ma Rustine, elle était grasse, elle faisait mon bonheur,
et elle n'allait pas tarder à faire le bonheur de mes parents aussi, et de la Sagrada familia au complet.
Un beau midi, je crois que c'était un dimanche, y'avait du lapin au déjeuner.
Et ma belle Rustine a disparu des clapiers. Et j'ai compris. Et je me suis retenue de pleurer. Parce qu'en plus elle était bonne la Rustine et pas pleine de trous sous la peau au final
; non, dans l'assiette y'avait une bonne chair succulente et juteuse. Bien grassouille grâce à ma contribution. Il n'en faut pas plus pour expliquer ma destinée actuelle, j'ai tout pigé le
jour où j'ai vu "Hannibal : les origines du mal" - une psychothérapie économisée - il est devenu psychiatre et cannibale parce qu'on lui a fait bouffer sa soeur sans qu'il s'en rende compte
; je suis devenue psy et carnivore en toutes viandes parce que mes parents m'ont faite boulotter Rustine ma lapine !!!!
C'est simple la psychologie humaine au final ? Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es.
Je suis une lapine psychopathe. Et dans mon clapier personne ne vous entendra hurler.
Finalement le père Noël est passé et Attila le Hun a vu que dalle sur le bel emballage des cadeaux, et mon père a deviné encore plus que d'habitude ce qui pouvait
bien se cacher sous le papier, surtout quand y'a le goulot qui dépasse fortement. Il est fort mon papa c'est incroyable. Il était 9 heures du mat' et je me demandais bien comment allait se
dérouler le fameux repas de Noël. Je sais pas comment ça se passe chez les autres Portos, mais nous chez les Dumeur, depuis des décennies on zigouille de la Morue. Enfin celle-ci est déjà morte
depuis longtemps puisque ça fait déjà une bonne dizaine qu'elle trempe dans de l'eau qui pue dans la cuisine.
Ma mère surtout contribue à cette tradition Dumeurienne, elle fait des accras de Morue à chaque réveillon de Noël, mais comme la veille on était tous malades, du coup elle
les a pas confectionnés avec ses petites mains potelées, mais elle a promis qu'elle les feraient pour le repas de Noël. Moi je sais pas pourquoi, je l'ai pas crue. Oui je sais je suis une
mauvaise fille, ça fait belle lurette que je ne crois pas les conneries que me racontent mes parents que voulez-vous ; ça s'appelle grandir il paraît.
Et j'ai eu raison bordel. J'ai fais comme si j'allais me recoucher et pis sournoisement, vers 10 heures, je me suis relevée et là là LA je vous le donne en
mille petit lecteur crédule : ma maternelle aussi était allée se repieuter. A sournoise sournoise trois quart, il avait raison l'autre nabot : c'est GE-NE-TI-QUE.
Moâ : putain PUTAIN MAIS C'EST PAS VRAI, OU C'EST QU'ELLE EST PASSEE, FAUT AU MOINS 3 HEURES POUR FAIRE LES ACCRAS !!!!!
Mon frère : bah à ton avis ? Elle roupille...
Môa : MAIS JE VAIS LUI PETER SA TELE BORDEL !!!! JE...
Ma mère : c'est même pas vrai, je dormais pas !!!! Je faisais le lit c'est tout !!!!!
Môa : TU VAS PAS ME LA FAIRE HEIN, PAS A MOI, T'AS PAS FAIT LE MENAGE DEPUIS LE DERNIER PASSAGE DE L'ASSISTANTE SOCIALE, JE TE CONNAIS TROP, C'EST MOI QUI
T'AI FAITE OUBLIE PAS !!!!!
[Traduction du traducteur : des fois c'est les enfants qui font les parents, surtout quand
ceux-ci sont incapables majeurs et incapables aussi de se tirer les mains du cul en toutes circonstances, comme de faire des pasteis de bacalhau en temps et en heure et que ça fait 45 ans que ça
dure]
Ma mère : y'en a pour 5 minutes, ça va on se calme...
4 heures, 1 bouteille de Chivas et 1 bouteille de vinho verde plus tard... 15H30 pétantes.
Mon frère : oué ça y est elle a terminé le dernier pasteis (accras pour les non initiés), on va pouvoir manger !!!! Oué !!!
Môa : [aussi fraîche que la Morue pendant son séjour dans la cuvette et avant d'être ébouillantée par les bons soins de ma mère] : zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz...
Quelques 2 bouteilles encore plus tard, non divisées par le nombre de convives...
Mon frère : [traduction du traducteur : passablement éméché d'autant qu'il a AUSSI dévoré une boîte de Mon Chéri, et le Mon Chéri c'est fatal] REGARDE ATTILA, REGARDE !!!!!!!!! [traduction du traducteur : mettant la croûte du gratin de Morue à la mode de Porto, sur son avant bras] J'AI
UN CANCER DE LA PEAU, JE VAIS MOURIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIR !!!!!! [traduction du traducteur : l'un de mes oncles, frère de mon père donc, vient de mourir d'un cancer de la
peau tout métastasé de partout].
L'assistance : ??????????????????????? [l'air médusé comme si quelqu'un avait en plus pété à son enterrement en le traitant de gros con]
Moâ : putain j'aurai jamais osé la faire celle-là !!! A peine refroidi bordel !!!! Donévarant... euh donéravant, tu seras mon maître à penser mon Frère ! Avec un F majuscule,
comme pour la Morue !!!!
Mon Frère : oué la Morue, j'en ai une en face de moi !!!!!!!!!!!!!! [en parlant de ma chienne de soeur ; bizarre qu'on ait pas pensé avant à la surnommer comme ça, ça
lui va comme un gant pourtant]
Moâ : MORUE MORUE MORUE !!!!! [adressant la parole pour la première fois depuis 6 mois à la possesseuse du surnom, c'est la magie de
Noël qui est rentrée en dedans de moi et moi je sais pas résister à tout ce qui rentre à l'intérieur de... bref].
Attila : [l'air inquiet et chuchotant à l'oreille de sa Morue de mère comme seule une enfant de 6 ans sait le faire, très discrètement donc] Maman c'est vrai que t'es
une Morue ?
Oui et c'est pas peu dire petite Attila. Et c'est génétique, comme il l'a dit l'autre. On peut rien y faire. T'auras beau te battre et piccoler pour oublier, ça te rattrapera un jour,
inévitablement.
La Morue c'est plus fort que toi !
[Entre crochets et en italique les pensées et notes du traducteur]
Môman : ah au fait ! j’ai oublié de te dire ! il faut qu’on passe à la FNAC vite fait, y’en a pour 5 minutes ! [bordel c’est dingue Noël ça tombe drôlement tôt cette année, ils auraient pu prévenir quand même ! C’est tous les ans pareil, personne ne pense à me le dire !!!! Bah voilà j’ai pas eu le temps d’acheter les cadeaux, mon emploi du temps est hyper serré entre les visites chez le médecin, les Feux de l’amour et les siestes !!!!!]
Moâ : [je ne dirai rien c’est la trêve, je ne dirai rien, je ne dirai…] bon ben je suppose qu’il va falloir que j’achète aussi MES PROPRES CADEAUX !!!! C’EST PAS GRAVE !!!!!!! MOI AUSSI JE FAIS DES EFFORTS, JE NE VAIS PAS GUEULER J’TE JURE !
Môman : ah oui et pendant que tu y es, faut que tu prennes aussi ceux de ta sœur, elle a fait une liste, tiens !
[Traduction du traducteur : ça fait 7 mois que je n’ai pas échangé un seul mot avec « ma chienne de sœur », et encore moins des cadeaux]
Moâ : [je ne dirai rien c’est la trêve, je ne dirai rien, je ne dirai rien]
2 heures plus tard, queue à la FNAC y comprise avec tous les blaireaux hystériques qui s’y prennent à la dernière minute, et dont je fais désormais partie, arrivée à la casa Dumeur. Il est 19H environ.
Môa : bah quoi C’EST QUOI CE BORDEL y’a rien de prêt, RIEN RIEN ! [je ne dirai rien c’est la trêve, je ne dirai rien, je ne dirai rien] QU’EST CE QU’ON VA BOUFFER CE SOIR C'EST LE REVEILLON QUAND MEME ??????
Môman : oh ben tu sais, on est tous malades, on a pas eu le temps, on était chez le médecin cet après-midi.
[Traduction du traducteur : on et tous = mon frère, larbin polyvalent censé aussi préparer TOUT le repas du réveillon TOUT SEUL]
Moâ : [je ne dirai rien c’est la trêve, je ne dirai rien, je ne dirai rien] je vais vous donner un coup de main, OK [je ne dirai rien c’est la trêve, je ne dirai rien, je ne dirai rien]
2 heures plus tard…
Bilan des comptes :
Moâ =
- mis la table pour 6,
- décongelé tous les crustacés frais venant de chez le poissonnier en forme de congélateur,
- fait cuire tous les petits fours à saucisse,
- emballé tous les cadeaux achetés à la FNAC DONT LES MIENS (j’ai même pensé à retirer les prix),
- aidé mon père à reconnaître un brocolis cuit,
- sorti les bouteilles de vin de la cave,
- déballé tous les autres trucs frais habituels (saumon fumé, œufs de lompe…), -
- foutu un coup de pied au cul du Beagle fou ayant la fâcheuse habitude de sortir sa longue langue tout le temps afin de comprendre son environnement et si possible dans les écrevisses,
- mis un lave vaisselle à tourner,
- lavé la vaisselle ne pouvant pas aller dans le lave vaisselle
- disposé tous les plats, condiments, pinards, pains sur la table,
- ….
Mon frère, Attila le Hun ma nièce et ma chienne de sœur = 28 bêtisiers vus sur sur le Net ;
Mon père = 2 brocolis cuits + 1 bout de Morue ;
Ma mère = 1 beurre sorti du frigo.
J’ai gagné. Enfin je crois. Enfin je suis pas sûre au final ???
Môman : j’ai oublié de te dire, il y a encore des cadeaux à…
Moâ : AH NON BORDEL !!!!!!!! TU M’AS FAIT COUVRIR MES PROPRES CADEAUX QUAND MÊME !!!!!!!! ET CEUX DE MA CHIENNE DE SŒUR, CA SUFFIT LA !!!!!! TIRE-TOI LES MAINS DU CUL UN PEU !!!!!
Môman : on avait dit qu’on ne s’engueulerait pas, T’avais dis qu’il fallait pas qu’on s’engueule !
Moâ : …………………………………………………………………………….. je vais me coucher.
Je redescends une heure plus tard, pour poser MES cadeaux au pied du sapin et CEUX de ma chienne de sœur. Je surprends ma génitrice en train d’essayer de faire tenir une bouteille de vin dans une pochette cadeau à DVD. Elle met un bout de scotch et hop ! ni vue ni connue, c’est comme si le goulot ne dépassait pas d’au moins 7 centimètres.
Môman : Attila va savoir que le père Noël n’existe pas, elle va reconnaître que c’est moi qui ait emballé les cadeaux CE SERA TA FAUTE !!!!!!!!!!!!!!!
Moâ : [je ne dirai rien c’est la trêve, je ne dirai rien, je ne dirai rien]
A suivre...
Chez les Portugais la Morue est tellement reine qu'on lui met même une majuscule. Et chez les Dumeurs elle
fut tellement à la fête en ce jour béni de Noël, que plusieurs articles en son honneur ne sont que la moindre des choses.
Les hostilités cabillaudesques ont commencé quelques jours avant le réveillon…
Môman : MAIS POURQUOI POURQUOAAAAAAAA TU NE VIENS PAS A NOËL, JE VEUX SAVOIR
POURQUOAAAAAAAAAAAAAAAAAAA…
Moâ : bah si je viens à Noël, je reste pas longtemps c’est tout…
Môman : MAIS POURQUOAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA T’AS TROUVÉ D’AUTRES GENS HEIN TU NOUS AIMES PLU HEIN C'EST CA, LE SANG DE
TON SANG, LA CHAIR DE TA…
Moâ : TAAAAAAAAAAAAAAAA GUEULE !!!!!!! ET PIS D’ABORD QUAND ON VEUT PAS CONNAITRE LA REPONSE ON POSE PAS LA
QUESTION !!!!! TU VEUX SAVOIR POURQUOI JE VAIS TE LE DIRE MOA !!!!!
Môman : ……………………. ??????????????????
Môa : PARCE QUE TOUS LES ANS C’EST LA MEME CHOSE, VOUS ME FAITES CHIIIIIIIIIIIER, A TOUTES LES FETES C’EST PAREIL AUSSI, VOUS ME FAITES
CHIIIIIIIIIIIIER, DEPUIS MA NAISSANCE VOUS ME FAITES CHIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIER !!!!!!! TIENS VOUS ME FAITES CHIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIER !!!!!!!!!!!!!
Môman : (larmes méditerranéennes c’est à dire en abondance et très salées, avec la lèvre lippue qui tremble)
Môa : ben oui c’est comme ça et c’est pas la peine de chialer !!!!!
Môman : je t’ai donné la vie, j’ai fais tout ce que j’ai pu pour toi et là regarde comment tu me traites !!!!! Tu seras tranquille quand ton père et moi seront
MOOOOOOOOOOOOOOOOOORTS !!!!
Môa : essaie pas la culpabilité ça marche pas ! Ah pis tiens, si vous donniez une bonne image de vous avant de crever, c’est y pas une bonne idée ça hein ???? Il
est encore temps de changer l’épitaphe !!!!!!!!
Môman : bouhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !
Môa : très constructif. Bon je te dis au 24 hein !
Môman : attends… steuplaiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiit !!!!!!
Après moult tergiversations et menaces de mort sur sa télévision, j’obtiens ce qui j’espère va devenir une tradition dumeurienne : la trêve des Morues. Comme Israël et la Palestine en plus
long, 2 jours par mois pas de violences verbales infantiles et gratuites envers qui que ce soit, et surtout pas les plus faibles.
A suivre...
3ème partie (pour la première partie c'est
là, et la deuxième ici).
Je sais pas pourquoi de voir pétiller ma mère dans tous les sens, ça m'a perturbée. Pas habituée, le choc a été trop violent pour mon petit mental dégradé. Alors j'ai pas été super agréable comme
si c'était génétique.
Mais faut dire qu'elle le cherche aussi un petit peu ma mère, comme si ça aussi c'était irrépressiblement génétique.
On monte dans le bus. Je lui dis "cherche toi une place assise, je paie". Et là je la vois qui me demande "je peux m'asseoir là, je peux m'asseoir là ?". Quand une femme de 35 ans n'a pas
d'enfant demandez vous pourquoi des fois, ça vous évitera de poser la question indiscrète à la susnommée. J'ai pas d'enfants, pas besoin j'ai déjà mes parents. Donc ma mère elle voulait savoir si
elle pouvait s'asseoir sur un siège où en l'occurence y'avait déjà quelqu'un, OK il prenait pas tout le siège mais y'avait quand même déjà quelqu'un. Et le quelqu'un en question avait pas l'air
net, comme s'il avait du mal à tenir ses paupières tellement il bouffait de neuroleptiques.
On a fini par sortir du bus et à aller au resto. Là faut que je lui dise à ma mère si elle préfère manger une entrée/un plat ou un plat/un dessert, ou encore un plat/fromage, parce que ma mère
elle demande l'autorisation avant de s'asseoir sur quelqu'un, alors vous pensez choisir tout un menu ça va au delà de tout ce qu'elle fait habituellement. Je ne choisis pas pour elle, je lui dis
juste subtilement "PUTAIN JE PEUX PAS SAVOIR A TA PLACE CE QUE TU VEUX MANGER BORDEL DE MERDE T'EN A PAS UN PEU MARRE DE RIEN FAIRE SEULE !!!!!!". Bon.
Réponse de la maternelle dans tous les sens du terme : "je vais prendre plat et dessert". Elle est diabétique au dernier carat. "EXCELLENT CHOIX ET PREND LE PLUS SUCRE
COMME DESSERT SURTOUT HEIN !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!".
En fin de repas, comme d'hab' je compte les taches sur son pull, ma mère quand elle mange on peut voir le menu qu'elle a si difficilement choisi sur ses vêtements, et même sur la nappe on peut
compter aussi les différentes boissons qu'elle a essayé de se servir. J'ai quand même évité de l'accompagner 3 fois aux chiottes, je suis une maman chanceuse.
On file au ciné. Ma mère la dernière fois qu'elle a été au ciné c'était pour voir le gars tout énervé vert qui craque ses chemises - dixit ses propres propos, et du coup elle se rappelle plus
comment on s'asseoit sur un siège de cinéma (à noter que c'est différent d'un siège de bus, TRES TRES différent), c'était il y a tellement longtemps. Déjà depuis le resto elle a oublié comment on
marchait, donc elle arrive dans la salle de ciné et me voyant à 50 cm d'elle : "où est-ce que je m'asseois, comment on fait ?????". Adolf tremblant dans mon corps tout entier, je me tire plus
loin. Je la vois tâtonnant les sièges et finalement s'asseoir sur l'accoudoir à un fauteuil du mien. Jusqu'à ce que tout son être en appesanteur rippe sur le fauteuil d'à côté et que là elle
s'aperçoive que c'est le bon endroit d'où voir l'écran. Sauf qu'elle ne sait pas encore qu'il y a un dossier confortable où appuyer sa tête et son dos, et qu'elle ne sait pas non plus que le ciné
c'est pas comme à la maison, y'a des gens derrière aussi qui aimeraient bien voir le film, alors que ma mère est assise droite sans dossier, raide comme l'injustice. Elle me demande si elle peut
enlever son blouson.
Je ne dis plus rien. J'attends qu'Adolf ferme sa gueule.
On sort du ciné. Direction la gare. Ma mère n'en peut plus, depuis hier elle a marché au moins 1 kilomètre au bas mot je dirai. Soit deux cents fois sa trajectoire habituelle jusqu'aux
chiottes.
Et aujourd'hui elle est à l'agonie. "J'ai mal à mes jambes, J'AI MAL A MES PUTAINS DE PATTES JE VAIS CREVER !!!!!!!!!!!!!!!"
Mais n'empêche, les miracles continuent à abonder malgré les pattes gangrénées qu'il va falloir amputer la veille de Noël, j'en veux pour preuve que ma mère pour la première fois de sa vie a
emballé des cadeaux, alors que d'habitude elle arrive la gueule enfarinée en disant : "au fait quand t'auras 3 heures devant toi, j'ai quelques 28 bricoles à envelopper". Oué j'en croyais pas mes
yeux, MA MERE A EMBALLE DES CADEAUX D'ANNIVERSAIRE ET ELLE A MEME PAS BUDE !!!! Incredible ! Bon le résultat de l'emballage était digne de l'oeuvre d'un
Gilbert Montagné sous acides et avec un Parkinson avancé, mais c'est l'intention qui compte il paraît.
Alors aujourd'hui je tenais à remercier Michel Sardou pour ce qu'il a fait à ma mère, même s'il chante de la variétoche à 2 balles et qu'il se gausse dans ses concerts qu'il vote à droite, comme
si en plus on en avait quelque chose à foutre, MERCI MICHEL !!!!!
Et à bientôt Adolf hein, c'est pas Sardou tous les jours...
Et là une succession de miracles inattendue a eu lieu. Dieu existe bordel.
Ma mère elle a marché jusqu'à la station essence du Carrefour, elle qui arrive à peine à aller jusqu'aux chiottes habituellement (et pourtant c'est un sacré challenge, vu qu'elle pisse toutes les demies heures).
Ma mère elle a parlé à un autre être humain qu'un Dumeurien, sans dire de grossièretés genre TA GUEULE ESPECE DE RACISTE !!!!!!! et sans même évoquer son éventration faite il y a 38 ans qu'elle a failli mourir une fois de plus et le tout en montrant la cicatrice de 50 cm sur son ventre.
Ma mère elle a mangé un kebab pour la première fois de sa vie et elle a aimé ça. Bon elle s'est quand même vautrée sur mon palier après avoir escaladé les marches à 4 pattes, mais faut pas m'enlever complètement ma mère nan plus. Surtout que je venais de la menacer de mort si jamais elle tombait (je paraîs méchante comme ça mais ma mère elle tombe tout le temps surtout si quelqu'un la regarde, même qu'un jour le médecin lui a dit "vous avez une névrose hystérique madame". Ma mère elle l'a traité d'enculé).
Voir Sardou et mourir.
Bon le lendemain je l'ai retrouvée comme d'hab' mais sans Adolf quand même - la nuance est de taille - je sais pas où il est parti lui, nettoyer un four au Décap' pitêtre. Bah qu'il y reste tiens.
Et je l'ai laissée à l'appart' parce que je devais aller à la Poste chercher plein de colis, dont un extrêmement important contenant des joujoux pour faire du bien dans les dedans de toi-même avec une ventouse pour accrocher sur le carrelage ; d'ailleurs je me demande encore pourquoi le facteur il l'a pas laissé dans la boîte aux lettres le colis, elle est pourtant grande la boîte aux lettres. J'arrive à la Poste, et là l'un de mes colis arrive abîmé et la gentille postière me dis "vérifiez donc dans le carton si tout est en place et intact, sinon on fait une réclamation et on le retourne". NAN NAN CA VA ALLER GENTILLE POSTIERE, BON C'EST PAS TOUT MAIS Y'A MA MERE QUI M'ATTEND LA, FAUT QUE J'Y AILLE !!!!!!!!!!
A mon tour j'escalade les marches à 4 pattes à cause des 3 énôrmes colis, dont 2 je sais même plus ce qu'il y a dedans. Mais ma mère veut savoir ce qu'il y a dedans, c'est pas tous les jours qu'elle vient rendre visite à sa fille et elle veut tout savoir sur elle. Je ne suis pas sûre de vouloir lui dire tout sur ma future liaison avec la ventouse. Sur le carrelage. Alors j'invoque les esprits des appareils à donuts à mon secours. C'est à peu près de la même taille, ça devrait aller comme alibi. Ma mère : "ton frère il adore les donuts, tu veux pas me montrer comment ça marche ?". NAN NAN NAN TA GUEULE CA VA PAS ETRE POSSIBLE !!!!! J'AI FAIM FAUT QU'ON Y AILLE LA JE VAIS FAIRE UNE CRISE D'HYPOGLYCEMIE !!!!!!!!!!!!!!
Adolf vient de rentrer dans mon corps sans ventouse le con. C'est génétique, il l'a dit Sarko, c'est génétique. Chuis foutue.





