Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Publié le par Suzy D.
Publié dans : #Sautes Dumeur

954861 10151539689340073 521493780 n

 

Cher Tony,

 

tout d’abord je tiens à t’appeler Tony et non pas James, ce n’est pas que je mésestime la personne humaine qui tenait le rôle de monsieur Soprano mais je ne la connaissais pas comme toi, alors je préfère m’adresser à Tony aujourd’hui. Cher Tony donc, il n’y a pas grand-chose en ce moment qui me fait sortir de ma torpeur littéraire à part les beaux mecs et les morts, enfin surtout les vieux, morts. Tu as déjà figuré dans la première catégorie dans mon blog, maintenant malheureusement, c’est le deuxième trait descriptif auquel je vais m’attacher.

 

Comme le dit si bien mon mari dans le Daily Mars, on était tous les deux en train de se brosser les dents avant de partir au boulot avant hier matin, quand soudain on a appris la nouvelle. Le journaliste a à peu près dit ça : « le monde de la télévision est en deuil, l’acteur incarnant Tony Soprano… » et là le temps s’est suspendu. Mes portugaises se sont inconsciemment ensablées. A un moment je me suis dit « il doit parler de quelqu’un d’autre, d’autres acteurs ont joué ce personnage, si ça se trouve ça a été adapté au théâtre dans une contrée inconnue ».

 

Et là j’ai vu que mon mari faisait une drôle de tronche, avec un rictus agaçant aux coins des lèvres. Les deux coins, ça faisait comme un sourire de Joker. J’ai entendu quelque part dans l’espace « James Gandolfini » et j’ai du penser quelque chose comme « merde ». J’ai accompli ma journée comme d’habitude, en ayant vaguement dans la tête un quelque chose de très fortement désagréable, et avec l’air de « woke up this morning » dans la tronche. Les vieux m’ont rappelée à eux et surtout toutes les taches de paperasse, réunionnite, etc.

 

Quand je suis rentrée le soir, j’ai vu sur le Net toute la déferlante émue des messages/témoignages de ceux qui l’aimaient bien. J’aurai pas cru qu’il y en aurait autant ? Je me suis posée et j’ai pensé à ce que je ressentais. Certains appellent ça un deuil. Oui c’est le terme adéquat. Un deuil. Alors après vous trouverez peut être ce qui va suivre excessif émotionnellement parlant, maintenant, quand je vois les pleurs hystériques lors de la disqualification de candidats de la télé réalité, et l’énergie incroyable dépensée à causer de la météo ou de la sortie honteuse de la dernière Nintendo, sachez bien préventivement que je m’en cogne les ovaires par terre. Le jour où un saumon d’élevage me fera ressentir tout ce que j’ai pu vivre avec vous, Tony Soprano, je vous promets qu’à lui aussi je rendrai un hommage larmoyant et digne de sa personne.

 

Mais je ne l’ai pas encore rencontré. Ou alors je l’ai bouffé et je ne m’en suis même pas rendue compte qu’il était exceptionnel ce poisson.

 

Moi les humains quand ils meurent, ils me touchent. Enfin certains, pas mal même, pas tous parce que sinon j’aurai plus qu’à me pendre et attendre que mort s’ensuive, mais il y en a qui me bousculent plus que d’autres, et là égoïstement c’est parce qu’ils doivent faire résonner quelque chose en moi de très personnel et de vécu. Quand on y pense Tony, on s’est connu pendant 86 épisodes de plus de 40 minutes. Fois 2,5 parce que j’ai maté la série encore. J’étais là quand ta fille est allée à l’université, quand ta mère est morte et avant, quand elle a mis un contrat sur ta tête avec l’oncle Junior, j’étais là à ta première séance de psychanalyse, j’ai assisté à ton voyage en Italie, à tes diners de famille, à tes repas professionnels. J’étais là aussi à des trucs bien chelous que tu as commis mais je n’ai rien dit à la police. Je t’ai même présenté à mon mari. Et au-delà de tout ça, dans ce que tu disais à ta psy, dans ce que tu vivais avec ta mère et dans les crises d’angoisse que tu faisais, je me suis vue aussi.

 

Oui voilà, égoïstement finalement et pas juste parce que je suis une fan légère et frivole très émotive, ta mort subite m’a touchée parce que tu me faisais penser à moi et à mes expériences à certains égards. Il parait que lorsqu’on pleure dans les enterrements, c’est soi même que l’on pleure. Pour illustrer encore plus le truc, je comparais souvent ma mère à la tienne (ou alors à Mama Fratelli dans les Goonies, enfin tu vois le genre ?). Le repas de famille où Janice en pleine thérapie contre sa colère, essaie désespérément d’esquiver tes piques douloureuses, et toi te barrant en sifflotant comme un bon samaritain ayant commis une bonne action, je l’ai vécu des dizaines de fois. Chez nous aussi les rôles agresseurs/agressés s’inversaient. Les crises d’angoisse se déclenchant à des stimuli « innocents » (une famille de canards, de la charcuterie dans du papier de boucher) dont tu essaies toujours de ne jamais trouver l’origine (à quoi ça sert les défenses sinon ???), ça aussi je vois un peu. Les tentatives de garder le contrôle et de rester diplomatique pour ne pas que cela dégénère dans « l’entreprise », la famiglia, jusqu’à ce que la colère sourde reprenne le dessus. 

 

Je vois un peu. Le poids de la famille, du passé, la transmission de gènes, de missions que tu es censé avoir alors que tu n’as rien demandé et même pas de naitre, mais que t’es là alors tu vas suivre quand même la route qu’on t’a tracé. Là pour le coup je m’en sors bien mieux que toi. Le déracinement du pays d’origine. Enfin tous ces trucs qui font que j’avais l’impression qu’au final, on était un peu cousin tous les deux.

 

Voilà pourquoi ta mort m’a touchée. Tiens en définitif on dirait que je me suis justifiée. M’en fous, je n’ai aucun problème avec mes sentiments maintenant. Encore un point pour moi. J’ai eu du mal tu sais au dernier épisode, je crois que j’étais dans un déni de réalité, je n’ai pas voulu voir la finitude de cette aventure ensemble en face et encore maintenant je te dirai que je ne veux pas voir « the end » s’afficher sur l’écran noir silencieux. Je crois avoir déjà dit que je ne savais jamais si les gens étaient vraiment morts ou pas ? A part quelques uns dont je ne peux malheureusement pas omettre ce douloureux retour de bâton sous peine de me le reprendre encore plus violemment dans la gueule, sinon y’en a plein j’ai toujours un doute et même que je me suis abonnée à la newsletter « mortoupasmort » pour bien être sûre. Information que j’oublie aussitôt d’ailleurs. Roy Scheider par exemple. J’ai su, je ne sais plus. Idem pour son acolyte de film, Robert Shaw. Eux parmi tant d’autres. Peut être que je suis complètement cintrée. Peut être que tout simplement, les acteurs ont sublimé vos personnages à tel point que personnellement, je ne peux plus vous dissocier les uns des autres.

 

Ça doit être ça, l’immortalité. Alors voilà James Gandolfini n’est plus, mais quant à toi Tony, si ça se trouve à l’heure où j’écris ces quelques lignes, tu es quelque part dans un hôtel avec un attaché case qui ne t’appartient pas, en train de te prendre la tête avec un moine bouddhiste sur une histoire de chauffage.

 

Puisses-tu Kevin Finnerty enfin trouver le chemin qui te mènera à la maison.

 

Articles récents

Hébergé par Overblog