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Publié le par Suzy D.
Publié dans : #Ciné Dumeur

Le vent se lève

Cher monsieur Hayao Miyazaki,

 

je ne vais pas vous la refaire en entier comme dans l'article du Daily Mars où je parle de ma rencontre avec les comics, mais ça s'est passé comme ça avec vous aussi. Je vais vous la faire courte : nez pincé pour les oeuvres asiatiques et notamment les films d'animation, rencontre avec mon Auvergnat, découverte de vous monsieur Miyazaki, et oh mais en fait y'a des trucs vachement bien dans cette culture ! Ca m'a fait pareil avec John Woo d'ailleurs.

 

Donc depuis 5 ans mon Auvergnat n'a plus besoin de me faire du chantage au sexe pour aller voir un film d'animation japonais en VO, j'y vais très volontiers voyez ? J'ai adoré notamment Princesse Mononoké, de vous monsieur. Je suis allée voir le film de votre fils Goro, La colline aux coquelicots, et dans la marge de sa copie j'ai juste inscrit "peut mieux faire, doit copier sur papa". Ca doit pas être très évident comme héritage ça, d'être toujours comparé à son génie paternel ? Enfin peut être plus maintenant remarquez ?

 

Ca fait des mois que mon Auvergnat amoureux de vous d'un amour inconditionnel et un poil démesuré, me parle de votre dernière oeuvre, the last one a priori, Le vent se lève. Il se lance depuis des semaines dès le beurrage des tartines, dans des monologues dithyrambiques à votre égard, les yeux brillants, le coeur plein d'espoir. Vraiment. Et quand ENFIN notre cinoche préféré d'art et d'essai l'a programmé, mon Auvergnat a trépigné sur place dans une attente fébrile dans la queue aux Studios ; attente que finalement il a du décevoir, car une Jérômerie de dernière minute nous a fait retourner dans notre home sweet home alors qu'on avait déjà pris nos billets.

 

C'est pas grave lui ai-je dit, on ira un autre jour. Il y a 5 ans j'ai arrêté d'interpréter les signes, là pour le coup j'aurai du y aller de ma petite analyse psychodumeurienne, c'en était un de signe : fallait pas y aller... 

 

Au début je ne me suis rendue compte de rien. Enfin si, d'une chose, assez flagrante, et ce dès les 5 premières minutes : mon Dieu j'allais me faire chier 130 minutes, 130 MINUTES, comme une morue fraiche sur le stand du poissonnier. Je l'ai senti tout de suite, alors que d'habitude à votre égard, non, et c'est d'ailleurs extrêmement rare que j'éprouve des sentiments négatifs à votre égard (à part pour Ponyo un peu c'est tout). Alors j'ai fait comme si de rien n'était, ne voulant pas gâcher le bonheur de mon homme, ça faisait tellement longtemps qu'il vous attendait. Je me suis tenue sagement sans bouger, sans faire des pffffffffffff. Avant de voir La vie rêvée de Walter Mitty, je ne savais pas quel était mon mal, et à son visionnage je me suis aperçue que je souffrais de Waltermittysme. Enfin, souffrir n'est pas le verbe adéquat parce qu'en fait je prends un immense plaisir à me barrer dans des mondes imaginaires créés spécialement par moi, pendant les réunions, les trajets trop longs, les choses chiantes, les plaintes sempiternelles de gens que je suis obligée de côtoyer (sauf les vieux hein, cela va sans dire)... Donc presque tout de suite j'ai fait des Waltermittysmes à la pelle, en veux-tu en voilà.

 

Et à un moment, en plein Waltermittysme avec un gars portant du tweed à carreaux, le regard lubrique je me tourne vers mon fan de Miyazaki, et là que vois-je ? Mon cher et tendre tout crispé, les bras croisés tout serrés contre lui, la lèvre lippue tournée vers le haut, les yeux plissés tout sombres ; oui monsieur Miyazaki j'ai vu tout ça dans le noir, je vous jure. C'est que je le connais bien mon Auvergnat d'amour, même quand les lumières sont éteintes je sais quand il est triste, quand il est malade, quand il rigole ou quand il fait la gueule. Et d'autres trucs encore. Je me suis tournée vers l'écran où on projetait votre dernière oeuvre, au moment je crois, où Nahoko vomit du sang comme dans Evil Dead. J'ai tenté un vague "ça va ?" ; il n'a pas quitté l'oeuvre des yeux et m'a décochée un "c'est chiant" lapidaire.

 

Nous y voilà. C'est con je me suis sentie soulagée. C'est qu'à cause de mes Waltermittysmes à un moment j'ai cru que je m'étais tellement égarée dans les collines toscanes (les miennes hein, pas les vôtres), que du coup je ratais plein de trucs et qu'en fait c'était vraiment le chef d'oeuvre promis qui passait là sous mes yeux, complètement déconnectés. Bé non en fait, j'avais bien éprouvé le même sentiment que mon homme. Sauf que moi au final, je m'en foutais comme d'une guigne, je me projetais d'autres films dans ma tête, et puis quoi, c'est pas comme si vous n'en aviez fait aucun de génial non ? Dare dare j'ai manifesté moi aussi mon mécontentement. J'ai pouffé quand Jiro déclame à Nahoko qu'il l'aime depuis qu'il l'a rencontrée (elle devait avoir 12 ans et lui rentrait à la fac, mais bon c'était pas la même époque hein), je me suis énervée quand la soeur de Jiro s'est targuée d'être enfin docteur alors que physiquement elle parait 10 ans au plus, et j'ai bloqué sévère quand certaines explications techniques comportaient des bruitages faits à la bouche comme si quelqu'un pétait.

 

le-vent-se-leve-ghibli

Je suis la soeur de Jiro, je fronce toujours des sourcils et quand je pleure

je me répands en flaque d'eau bruyante

 

Je me suis lâchée, un peu, mais j'ai vu qu'à côté de moi c'était drôlement tendu. Et pas du slip hein. J'ai attendu péniblement encore et encore, une bonne demi heure, à me fader le mauvais doublage avec ses 18 000 cordes vocales de Jiro, à me tartiner des pelletées de tarte à la guimauve, à m'enterrer davantage et davantage dans mon fauteuil. MAIS PUTAIN HANNIBAL IL VA VRAIMENT TRANSPERCER JACK CRAWFORD AVEC SON GROS COUTEAU ??? Oh pardon j'ai encore Waltermittysé. Et puis on est sorti.

 

ventseleve2

Je suis Nahoko, rien que le fait de me demander en mariage me fait pousser

les cheveux d'une bonne vingtaine de centimètres

 

On est sorti, donc. Et là j'ai vu dans les yeux de mon Auvergnat adoré, toute la déception intersidérale qu'il contenait. Il n'a rien dit pendant presque 5 minutes, c'est un record croyez-moi, on cause tout le temps. Il a du faire cette tête là le jour où on lui a dit que le père Noël c'était des conneries inventées par les parents. Sauf que là c'est vous qui l'avez inventée, la connerie. Et je dois avouer que ça m'a fait mal au bide, rien que pour ça, parce que bon faut relativiser, c'est QUE du cinéma. 

 

QUE du cinéma. Oui mais monsieur Miyazaki, sans le cinéma peut être que mon mari et moi ne nous serions jamais rencontrés, du coup je n'aurai jamais vu vos oeuvres et et et... tiens y'a un film qui traite bien de tout cela, ça s'appelle "La vie est belle", c'est de Frank Capra, je suis sûre que vous connaissez ? Bon je vous rassure, depuis il a mangé, il est passé à autre chose, il a cicatrisé sa petite plaie au coeur en lisant et en écrivant sur des BD. N'empêche il n'a pas trouvé le sommeil avant deux heures du mat', quand même. Je dirai pour résumer, que sa tristesse était à la mesure de l'espoir qu'il avait vis à vis de vous. Pour une dernière oeuvre...

 

Bon. Passons à autre chose. Au fait, vous n'auriez pas salopé votre dernier film rien que pour que votre fils puisse rebondir sur ses propres créations à lui en soulageant un peu de sa pression au bide, hein ? Si c'était ça je vous pardonnerais, parce que ce serait fait avec amour. Sait-on jamais. En tout cas je vous souhaite une bonne retraite, sans rancune, et à la prochaine, dans l'une de vos précédentes oeuvres.

 

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