Mardi 24 avril 2007

Quand je dis vous, je ne dis pas vous qui êtes auprès de moi ni vous qui partagez mes pages, je dis vous que je n'ai pas choisis, vous que j'ai cru choisir mais qui vous êtes échappée avant que je croûle sous votre joug idéaliste, vous que je subis au quotidien et qui êtes pluriel, vous qui me regardez d'un air compatissant alors qu'il n'y a pas de détresse en moi, enfin pas de détresse injustifiée, pas de détresse catastrophée,  pas de détresse de fin du monde pour des sempiternels problèmes non éludés mais si anodins. En tout cas vous que je subis et qui empiétez sur ma liberté jamais je ne vous laisserai paraître quoique ce soit de mon Moi profond - ou alors en toute fugacité mais vous n'êtes pas apte à me décrypter - de mon Moi tourmenté, de mon Moi léger, de mon Moi qui seul m'appartiens et à quelques autres à qui je cède du terrain, et que je vois avant vous ou après vous.

Vous me violeriez et déjà vous me fatiguez.

Les jours ouvrables je vous subis, du matin au soir, et quelques fois comme aujourd'hui je vous oppose mon rideau que vous avez mis du temps toutefois à ne pas franchir sans invitation mais maintenant il est à peu près respecté lui. Tous les matins quand j'arrive je me prépare à vous voir et je dois me séparer violemment de la musique connotée à mon univers où vous n'existez pas, où vous n'êtes rien, tout  juste des perles de stress que j'essaie de semer sur le chemin du retour ; tous les jours je subis vos bonjours apocalyptiques contrits de guerre à laquelle je me prépare et qui n'est même pas la mienne, tous les jours je subis vos mines apitoyées qui me font penser que je suis cancéreuse chose à laquelle je n'avais pas encore pensé ce matin tôt.

Vous me contaminez.

Je mets mon masque de robot infaillible et sans émois tous les jours pour ne rien vous laisser paraître par peur d'être vampirisée ou pire, par peur de faire tomber le masque et de vous voir vous écrouler sans l'oxygène que vous me pompez en permanence. Je ne dis pas que vous ne seriez rien sans moi, je dis que sans personne pour vous aider à combler vos fissures d'un plâtre mou que vous creusez sans cesse par seule ambition autodestructrice, vous seriez à ramasser en plus grande quantité sur cette terre pourtant nourricière. Je me refuse à votre complaisance de pacotille, je me refuse à votre chantage capricieux, je me refuse à vos tentatives de me sonder et de me materner, je me refuse à vos essais de transformation échoués si loin de ma personne.

Je vous subis tous les jours mais quand je ne suis pas avec vous et même en votre présence - sans que vous vous en aperceviez - je vous échappe. Je vous emmerde même. Qui êtes-vous déjà, petits pluriels ?

Je sais que vous me fatiguez mais vous n'irez jamais jusqu'à m'abattre même si telle n'est pas votre intention à la base.

par Suzy Dumeur publié dans : Ces gens-là

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