Dans la série "ma vie est foutrement intéressante alors j'en parle sur mon blog", hier je suis allée voir "Le labyrinthe de Pan" au ciné. Mais attention !!! Pas dans n'importe quel ciné. Nan nan nan on ne mélange pas les torchons et les serviettes chez ces gens-là, et moi je fais plutôt torchon en général. Je suis allée dans un cinéma D'ART ET D'ESSAI, autrement dit dans un endroit où on ne vend pas du pop corn et où la programmation est on ne peut plus... on ne peut plus... ben ils en peuvent plus quoi. Vous voyez tous les prix du festival de Cannes ? Ben ils passent tous là bas. Y'a des films dramatiques, des films dramatiques et... des films dramatiques de guerre d'indépendance avec des gens qui regardent par la fenêtre et qui constatent qu'il pleut. Et ça dure 2 heures en général. 2 heures de pluie sans un zombie qui traîne un godillot dans une maison hantée moi je trouve que ça ressemble à l'éternité.
Et je vous raconte pas la queue.
Alors donc je faisais torchon parmi toutes ces serviettes à carreaux écossais beige et à col Claudine qui faisaient la queue, même qu'il y avait un gars qui lisait Andromaque - en livre de poche ouf !!!! - mais je me suis dit que pour Guillermo je ferai un sacrifice. Moi Suzy Dumeur prolo immigrée mangeuse de sardines grillées sans couteau à poisson, j'allais me mélanger au-dessus du panier et j'allais peut être apprendre des choses cultivées culturelles du haut monde rien qu'à faire la queue avec eux.
Quelle chance j'avais bordel de merde.
Mais malheureusement la brandade de morue n'a pas pris, gueuse portugaise je suis née, gueuse portugaise je mourrai ; jamais ô grand JAMAIS je ne serai acceptée dans la haute société hantant les cinémas d'art et d'essai et les églises surpeuplées du dimanche matin. D'abord moi le dimanche matin je dors. Ensuite le kaki et le bleu marine ne me vont pas au teint et les cols Claudine y'a pas à dire ça montre pas beaucoup de nénés, et moi je suis vulgaire j'aime bien montrer comment mes nénés naissent. Et puis j'arrive toujours pas à rire derrière un mouchoir en soie en faisant des humf-humf étouffés, faut toujours que ma gouaille méditerranéenne sorte de ses gonds, je ne suis pas vendeuse de morue pour rien.
Aux yeux des prout-prouts du monde entier je suis une vulgaire langue de pute hystérique et je dois aujourd'hui dire que je remercie mon papa et ma maman de m'avoir faite ainsi. Merci papa et maman de me faire du si bon poisson que j'ai le droit de manger avec les doigts. Doigts que je mets aussi sec dans mon nez of course. Merci maman surtout de m'avoir initiée aux plaisirs du commérage érigé en religion, parce qu'il n'y a bien que les prolos qui disent du mal des autres tout le temps, chez les autres ça ne se fait pas. L'amûre et la tolérance sont les deux mamelles des gens biens comme il faut. Merci papa et maman de m'avoir donné cette grande gueule et de battre des records de verres en cristal brisés pendant nos repas familiaux où vous passez votre temps à vous insulter mais que vous vous aimez quand même. Enfin peut être que vous ne vous aimez plus mais en tout cas haine et amour sont toujours proches n'est-il pas ? En tout cas c'est drôlement plus franc que dans les endroits superficiels où on fera toujours semblant. Sans passion. Sans émotions. Dans le noir. En silence. Devant Arte. Et en levant le petit doigt siouplait.
C'est le monde dans lequel j'ai grandis et dans lequel je mourrai, JE NE VEUX PAS D'UN AUTRE. Les autres on dirait qu'ils sont déjà morts tout silencieux qu'ils sont derrière leur petite coupe au carré où rien ne dépasse. Ils n'ont jamais connu le rouge sur leur visage, que ce soit les yeux rouges tristesse, les joues rouges colère ou les lèvres rouge sang. Hier dans la queue au ciné j'avais l'impression d'aller à un enterrement pompeux, sordide et dénué de sens. Donnez-moi des pleureuses que diable ! De la vie diantre !
Mais ce n'est pas moi qu'on enterrait, c'est déjà ça.
Alors pour Guillermo j'ai fais un petit effort et franchement ça en valait la peine (Guillermo tiens ça sonne pas très français et pas très bourgeois), comme quoi je peux faire des efforts. Mais je ne sais pas faire semblant très longtemps, mon naturel hystérique à sang chaud de vipère reprenant très vite le dessus alors sachez bobos embourgeoisés kakifiés que je ne vous aime pas et que vous ne m'aimez pas non plus et que c'est très bien comme ça. Il n'y a pas que le prix des verres dans lesquels on boit qui nous sépare, mais tout un océan abyssal d'idées et d'émotions.
Et pour une fois que c'est réciproque qui va s'en plaindre ?
PS : on a beau ne pas être du même monde, dans les salles d'art et d'essai comme dans les cinémas populos à pop corn ça pue aussi des pieds. Basket niquée versus mocassins italiens en cuir = 1 partout.
PPS : je sais qu'il n'y a jamais eu la Méditerranée au Portugal mais je ne suis pas à un cliché près.


