575 grammes. C'est le poids de l'âme que je porte tous les soirs dans mes mains et que j'emmène avec moi toutes mes nuits. 575 grammes, c'est le poids d'une âme mais pas de n'importe laquelle : celle de Marilyn Monroe. Et 529 pages représentent le poids de sa vie, et celle de sa mort.
Marilyn Monroe. Celle dont on a écorché le nom, celle dont on a jamais connu le véritable patronyme, celle dont on a tout dit et surtout n'importe quoi. Qu'elle avait été tuée par les Kennedy, par son psychanalyste, par son dernier photographe... seul le boucher du coin n'y est pas passé. Le seul à avoir réellement identifié son assassin fut Truman Capote.
"C'est la mort qui l'a tuée. C'est tout."
C'est tout. Certaines personnes de son entourage ont prétendu qu'elle ne s'était pas suicidée car elle était pleine d'entrain, pleine de projets, pleine de vie. Je leur répondrai que seuls ceux qui sont en vie meurent. Mort et vie sont inséparables. Pleine de vie = pleine de mort. Et ceux là n'ont pas dû voir non plus sa dernière séance.
Un autre déni dans un autre temps.
C'est une Marilyn fantomatique qui apparaît sur ses photos. Une Marilyn amaigrie, une Marilyn cassée, une Marilyn à la plaie béante qui ne saigne plus. Elle nous montre cette cicatrice si visible mais beaucoup - personne - n'ont pas voulu la voir. Elle-même n'a jamais voulu se voir malgré toutes ces poses devant les flashs, malgré tous ces regards plongés dans des miroirs qui ne reflétaient que ce fantôme blafard. Elle était pourtant déjà mourante, les yeux mi clos, la peau blanche et translucide, transparente, le regard mort.
C'est la mort qui l'a tuée et dans la nuit du 4 au 5 août 1962, la mort s'appelait Norma Jeane Mortensen. Et elle n'a fait que mettre un terme logique à une vie qui n'était plus depuis sa naissance. Une vie à la recherche de soi même, une vie passée dans la peau d'une autre. De plusieurs autres.
Une vie morte née et une vie morte vivante.


