« Doberman »
avait fait en son temps fortes sensations chez les fans de genre hexagonal. C'était le temps des Kassovitz, des Gans, et une lueur de renouveau, que dis-je de nouveau tout court (à part Les yeux
sans visage de Franju, que dalle de notable sous le soleil fantastique franchouillard ; rappelez-moi la date de production de ce bijou noir d'ailleurs ???) pointait au bout du tunnel du
néant intersidéral de la créativité fantastique mad in France. Fâcheuses illusions d'ailleurs, puisque les frais élus prometteurs ont eu vite fait ou de payer les fours d'un milieu
« artistique » masturbateur pas encore prêt à cette mutation, ou de s'exporter dans des contrées plus chaleureuses dans ce domaine, pour le meilleur et pour le pire d'ailleurs.
Jan Kounen avec « Doberman » faisait partie de ceux-là. Le gars a eu d'ailleurs beaucoup de mal à rebondir après cette œuvre-ci, et encore plus après « Blueberry », véritable échec commercial. Qu'est-ce qui a fait que Kounen a donc été choisi pour réaliser l'adaptation du best seller de Beigbeder, méga production, avec dans le casting l'une des stars nationales les plus plébiscitées par le public ? A priori mystère.
Octave Parengaut est un publicitaire renommé, ultra cynique, cultivant un parisianisme méprisant, en symbiose toutefois avec les compétences requises pour son poste, puisque dans ce domaine il s'agit de plumer le plus de monde possible tout en les manipulant dans le bon sens du poil. C'est aussi un capricieux narcissique, arrogant, immature et pisseux, toxico à l'adrénaline, celle-ci étant favorisée par moults substances illicites qu'il se met régulièrement dans le pif... Largué par sa petite amie enceinte de ses œuvres, Octave prend subitement conscience du vide de son existence...
Après visionnage, on comprend pourquoi Kounen a été choisi pour tourner le film : à l'image de « Doberman », « 99 francs » ressemble fort à une bande dessinée animée (et pas un film d'animation fluide, nuance !), où les personnages subissent des traitements infligés par un Tex Avery sous ecsta aux manettes. La réalisation est brillante et découpée en vignettes psychédéliques, mais cette qualité évidente est contrecarrée par... elle-même. En effet, Kounen ne raconte pas une histoire, mais peint plutôt avec une large palette de couleurs saturées, une succession de saynètes sans vraiment de cohérence les unes avec les autres. Qui ressemble fort d'ailleurs au découpage du roman, dont on a beaucoup de mal, plus d'une décennie plus tard, à restituer le contenu du livre. Le film est-il fidèle au roman ? De quoi parle le livre au final, à part le pétage de plombs d'un publicitaire cynique ? Difficile de le dire !
Beigbeder dans « 99 francs » et Kounen dans son adaptation cinématographique, ne racontent pas une histoire académique avec un début et une fin, mais dépeignent avant tout un univers cynique sous Prozac avec une furieuse virtuosité, un peu comme Terry Gilliam en son temps avec « Las vegas parano ». C'est visuellement riche, coloré, épileptique, mais globalement froid et sans âme.
Vide de toute substance.
Pour mieux dénoncer nos sociétés occidentales buveuses de Coca et les consommateurs bêtes à bouffer du foin que nous sommes ?
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