Mardi 22 juillet 2008

Je ne sais pas si quelques fois vous vous demandez, en matière artistique, si tout cela aura une fin ? Arrivera t'on jusqu'à la fin des temps à trouver des nouvelles mélodies, des nouveaux styles littéraires, des nouveaux scénarii... ? L'Art est-il inépuisable et sans fonds ? Vous avez deux heures pour rendre votre copie. J'ai vu des tonnes et des tonnes de films fantastico-goro-épouvantables d'horreur, et encore, certaines époques me sont totalement inconnues (des années 30 à 65 je dirai, à vue de nez) même si je crois avoir entr'aperçu leurs fondamentaux. Toujours et parfois des dizaines de fois par an, je suis surprise. Agréablement surprise cela va sans dire. Je me rends compte que des thèmes paraissant éculés et surtraités (les films de vampire, de loup-garous, de zombies, de revenants, de démons, de bébêtes de l'espace, etc etc amen) retrouvent une nouvelle fraîcheur grâce à des réalisateurs (et parfois des écrivains) tout frais, et parfois pas. Je citerai en vrac le renouveau des zombies par les "28" quelque chose (Boyle puis Fresnadillo), des hommages de films de genre (Wright ou Marshall), des histoires de revenants (Balaguero, Del Toro, Bayona et toute la clique espagnole) ou encore des vampires (euh juste Slade mais alors quel sang neuf !). J'ai dit en vrac, donc je vais arrêter là ma liste non exhaustive.

Et puis "Les ruines" de Carter Smith est arrivé. Pas excessivement révolutionnaire mais assez atypique pour être souligné. Rendons lui hommage.

Un groupe de djeun's à Cancun pratique joyeusement le Sea Sex and Sun, le tout arrosé d'alcool sans ça la fête est plus folle. Ils décident le dernier jour de leurs vacances, de rejoindre le frère de l'un d'entre eux, archéologue et actuellement sur le site d'une pyramide inconnue des guides touristiques. Arrivés sur place avec les moyens du bord (en taxi, qu'il faut rappeler pour le retour sauf qu'il n'y a qu'un seul portable qui capte...), paumés dans une jungle hostile, le petit groupe va faire soudain connaissance avec les autochtones, pas franchement accueillants : ils abattent l'un d'entre eux et séquestrent les vacanciers sur la pyramide. Ces derniers ne vont pas tarder à comprendre le comportement des habitants du coin et faire face à un Mal des plus sournois...

Loin des sentiers de torture gratuite foisonnant sur les écrans ces derniers mois et voués à une disparition certaine, "Les Ruines" ne manque pourtant pas de cruauté à l'égard de l'espèce humaine (qu'est-ce qu'ils morflent par les temps qui courent nos concitoyens ! Pas de trêve estivale !). Ici pourtant point d'humains tuant des humains, mais le Mal qui s'insinue dans la chair et les esprits des protagonistes prend des airs de revanche millénaire, puisque c'est dame Nature qui reprend justement, mais sadiquement, ces droits sur la toute puissance arrogante de nos chers êtres imberbes à deux pattes. Les joyeux vacanciers légers et insouciants, américains pour la majorité, vont bientôt se rendre compte qu'ils sont seuls au monde, abandonnés par tous, très éloignés du confort de vie occidentale auquel nous sommes pour la plupart accros : pas de McDo ni de bouteille d'Evian à l'horizon, pas de bains à remous ou d'antiobiotiques, et encore moins de Wifi ou de sauvetage via satellite par l'US Air force. Là bas dans ce désert vert, c'est la jungle qui commande et qui assène son droit de vivre ou de mourir.

Surtout ce dernier d'ailleurs. La Nature se propage tel un cancer, et les moyens pour la contrer sont dérisoires et vains : il faut voir les personnages gangrénés peu à peu par cette lèpre verte, s'automutiler de façon désespérée, ou encore improviser une opération d'amputation des deux jambes sans aucune anesthésie et avec un petit couteau de fortune... Sinistre et profondément cruel ! Mais encore une fois pas de surenchère gratuite dans ses actes de dépeçage, le réalisateur ne se lance pas dans le voyeurisme flatteur du gogo en mal de sensations fortes, mais sert ainsi totalement la cause de ce Diable Vert mangeur d'humain. Et franchement il n'y a rien de jouissif dans ces mises en pièce là, à moins d'être une plante verte délaissée en pleine canicule pendant les vacances !

REVENGE DE LA CHLOROPHYLLE !!!!

En tout les cas, "Les ruines" vaut vraiment le coup d'oeil, pour peu qu'on ne soit pas trop sensible tout de même... et Carter Smith fait partie désormais des jeunes réalisateurs à suivre.

par Suzy Dumeur publié dans : Ciné Dumeur
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