Copie d'un mail à moi adressé à la SNCF... Oui je sais, je suis impardonnable de m'en prendre toujours aux mêmes cibles.
Madame, Monsieur,
C'est en effectuant complètement par hasard une réservation sur le site de voyages SNCF, que je suis tombée sur vos nouveaux concepts de voyage personnalisé : IDZen et IDZap. Toujours complètement par hasard j'ai choisi le Zen, me disant que j'allais probablement être fatiguée de mon aller-retour Paris Nimes sur à peine deux jours ; un peu de calme est toujours bon à prendre dans ces cas là.
Zen donc.
C'était le 10 juin 2008, départ de Nîmes 19H50.
Je suis entrée dans le compartiment et là ô surprise ! je m'attendais vaguement à des personnels de bord rasés comme des bonzes en toge orange, disséminant ça et là des vapeurs d'encens avec en bruit de fond une cascade tibétaine, mais non, il n'y a rien eu de spécial, rien de rien même, et ça ressemblait vaguement à un voyage normal dans une voiture TGV lambda. Probablement que c'en était une de voiture lambda, c'est pour ça sûrement que tout a paru normal. J'ai fait comme d'habitude : rechercher la zénitude avec mon lecteur MP3, on est si bien servi que par soi-même il paraît. J'ai écouté ma musique deux heures environ, à un volume assez bas au cas où une annonce particulière aurait lieu (genre un retard imprévu prévisible), ou un évènement catastrophique (genre une troupe de rugbymen bourrés déboulent dans ma voiture, ou pire une troupe d'écoliers en partance pour une colonie de vacances).
J'ai coupé une première fois mon lecteur quand j'ai entendu le jingle zen.
L'annonce qui a suivi était très très très intéressante et ô combien indispensable : un barista* (parce que je crois que vous les nommez ainsi, je me suis documentée) a déclamé à une foule de voyageurs en délire qu'au menu ce soir il y aurait du croque monsieur brûlé. Alors là applause, hein franchement quel humour décapant, un futur Jamel Debbouze le barista, pour sûr ! Vu le prix des consommations au bar en plus, ça laisse vaguement rêveur.
Première annonce d'importance, merci de nous avoir fait partager ce genre de confidences, d'un seul coup c'est comme si on était potes depuis toujours.
Zen !
Un peu plus tard j'ai décidé d'enlever mon casque pour lire un livre (oui je sais j'ai une vie trépidante), et là j'ai assisté à un véritable sketch haut en couleurs : un contrôleur s'est permis de faire la morale à une voyageuse pas du tout bruyante à la base, et lui a précisé qu'elle était dans un espace zen et qu'elle était priée de ne pas parler aussi fort et de ne pas déranger tout le monde. Je me suis dit "heureusement qu'elle n'a pas ne serait-ce qu'une corde vocale dumeurienne**, parce que là le contrôleur il aurait compris de suite ce que ça signifiait vraiment parler fort". Du coup, à la fin de cet entretien de plus en plus musclé, le contrôleur est devenu de moins en moins zen et c'est là qu'à mon sens, de l'encens et un bruit d'eau qui coule aurait pu le détendre le pauvre. Voire un moyen plus illicite, mais à mon avis ça n'est pas compris dans la charte de la SNCF.
Presque fin de l'épisode. La dame très vexée a du coup commencé à faire beaucoup de bruit alors que jusque là elle était plutôt discrète, bel effet que n'avait pas escompté votre membre du personnel probablement épuisé par tous ces abrutis de voyageurs ne comprenant décidemment pas la zen'attitude, alors que lui a reçu une formation spéciale à ce sujet.
Ca a fini par se tasser quand même. Et c'est à ce moment précis, après cette accalmie passagère, qu'à trois reprises, en à peine 10 minutes d'intervalle, des effets d'annonce spectaculaires ont encore été émis par haut parleur dans les oreilles contrites et moins zens de vos passagers : pas de clown brûlé cette fois-ci mais mieux encore, j'ai nommé THE caviar de la zen'attitude à la SNCF : la blague à Toto. Le futur remplaçant de Jamel a sorti "pour détendre l'atmosphère" une plaisanterie digne du jury élitiste de Carambar, ça parlait d'un chauve et d'un peigne et je ne sais plus trop quoi encore car je le rappelle, j'essayais de lire mon fichu bouquin dans mon compartiment zen et ça faisait quatre fois que j'attaquais la même page.
Zen. Restons zen. Le mot d'ordre : zen.
Enfin, c'est devenu très très drôle quand le barista a terminé en disant "au fait nous sommes à l'heure", là tous les passagers de la voiture (enfin peut être pas la dame vexée, elle avait juste la permission de se taire elle) se sont mis à rigoler à l'unisson, c'est vrai que ce n'est pas très fréquent que vous fassiez de l'autodérision à ce sujet, mais au final je crois que c'était plutôt involontaire comme remarque ; mais passons, ça a bien détendu l'atmosphère pour le coup.
Un train à l'heure. J'ai encore mal aux côtes rien que d'y penser tiens.
Moralité : la prochaine fois qu'on me demandera de faire un choix sur le type de voyage que je souhaiterai, je choisirai "normal" même si c'est plus cher, car c'est quand même beaucoup plus calme et tranquille que chez les zens, surtout quand ils ont bouffé du Lagaf' autosatisfait de ses performances de comique. Moi je demandais juste à lire mon bouquin peinarde, mais bon, IDZen en a décidé autrement.
PS : si vous recrutez des artistes de spectacle, je connais un petit gars de 10 ans qui a un répertoire de blagues léguées par son père beaucoup moins foireuses, remarquez à ce stade ça n'est pas trop compliqué d'élever le niveau. C'est juste qu'il a arrêté de manger des Carambars, ça aide vous verrez.
PPS : si je vous envoie ce mail c'est parce qu'en sortant du train, une autre annonce dans un haut parleur (la je ne sais combientième) a proposé aux passagers de donner leurs éventuelles suggestions sur le site SNCF, et moi franchement c'est le genre de perche que je saisis même si on me la tend pas. Mais merci quand même.
* : cliquez sur le lien et vous découvrirez un autre univers inconnu, celui des gentils baristas zens ou zappeurs, en tenue colorée mieux que chez Disney.
** : dans le mail envoyé à la SNCF, ils me connaissent sous mon vrai nom non dumeurien.
Madame, Monsieur,
C'est en effectuant complètement par hasard une réservation sur le site de voyages SNCF, que je suis tombée sur vos nouveaux concepts de voyage personnalisé : IDZen et IDZap. Toujours complètement par hasard j'ai choisi le Zen, me disant que j'allais probablement être fatiguée de mon aller-retour Paris Nimes sur à peine deux jours ; un peu de calme est toujours bon à prendre dans ces cas là.
Zen donc.
C'était le 10 juin 2008, départ de Nîmes 19H50.
Je suis entrée dans le compartiment et là ô surprise ! je m'attendais vaguement à des personnels de bord rasés comme des bonzes en toge orange, disséminant ça et là des vapeurs d'encens avec en bruit de fond une cascade tibétaine, mais non, il n'y a rien eu de spécial, rien de rien même, et ça ressemblait vaguement à un voyage normal dans une voiture TGV lambda. Probablement que c'en était une de voiture lambda, c'est pour ça sûrement que tout a paru normal. J'ai fait comme d'habitude : rechercher la zénitude avec mon lecteur MP3, on est si bien servi que par soi-même il paraît. J'ai écouté ma musique deux heures environ, à un volume assez bas au cas où une annonce particulière aurait lieu (genre un retard imprévu prévisible), ou un évènement catastrophique (genre une troupe de rugbymen bourrés déboulent dans ma voiture, ou pire une troupe d'écoliers en partance pour une colonie de vacances).
J'ai coupé une première fois mon lecteur quand j'ai entendu le jingle zen.
L'annonce qui a suivi était très très très intéressante et ô combien indispensable : un barista* (parce que je crois que vous les nommez ainsi, je me suis documentée) a déclamé à une foule de voyageurs en délire qu'au menu ce soir il y aurait du croque monsieur brûlé. Alors là applause, hein franchement quel humour décapant, un futur Jamel Debbouze le barista, pour sûr ! Vu le prix des consommations au bar en plus, ça laisse vaguement rêveur.
Première annonce d'importance, merci de nous avoir fait partager ce genre de confidences, d'un seul coup c'est comme si on était potes depuis toujours.
Zen !
Un peu plus tard j'ai décidé d'enlever mon casque pour lire un livre (oui je sais j'ai une vie trépidante), et là j'ai assisté à un véritable sketch haut en couleurs : un contrôleur s'est permis de faire la morale à une voyageuse pas du tout bruyante à la base, et lui a précisé qu'elle était dans un espace zen et qu'elle était priée de ne pas parler aussi fort et de ne pas déranger tout le monde. Je me suis dit "heureusement qu'elle n'a pas ne serait-ce qu'une corde vocale dumeurienne**, parce que là le contrôleur il aurait compris de suite ce que ça signifiait vraiment parler fort". Du coup, à la fin de cet entretien de plus en plus musclé, le contrôleur est devenu de moins en moins zen et c'est là qu'à mon sens, de l'encens et un bruit d'eau qui coule aurait pu le détendre le pauvre. Voire un moyen plus illicite, mais à mon avis ça n'est pas compris dans la charte de la SNCF.
Presque fin de l'épisode. La dame très vexée a du coup commencé à faire beaucoup de bruit alors que jusque là elle était plutôt discrète, bel effet que n'avait pas escompté votre membre du personnel probablement épuisé par tous ces abrutis de voyageurs ne comprenant décidemment pas la zen'attitude, alors que lui a reçu une formation spéciale à ce sujet.
Ca a fini par se tasser quand même. Et c'est à ce moment précis, après cette accalmie passagère, qu'à trois reprises, en à peine 10 minutes d'intervalle, des effets d'annonce spectaculaires ont encore été émis par haut parleur dans les oreilles contrites et moins zens de vos passagers : pas de clown brûlé cette fois-ci mais mieux encore, j'ai nommé THE caviar de la zen'attitude à la SNCF : la blague à Toto. Le futur remplaçant de Jamel a sorti "pour détendre l'atmosphère" une plaisanterie digne du jury élitiste de Carambar, ça parlait d'un chauve et d'un peigne et je ne sais plus trop quoi encore car je le rappelle, j'essayais de lire mon fichu bouquin dans mon compartiment zen et ça faisait quatre fois que j'attaquais la même page.
Zen. Restons zen. Le mot d'ordre : zen.
Enfin, c'est devenu très très drôle quand le barista a terminé en disant "au fait nous sommes à l'heure", là tous les passagers de la voiture (enfin peut être pas la dame vexée, elle avait juste la permission de se taire elle) se sont mis à rigoler à l'unisson, c'est vrai que ce n'est pas très fréquent que vous fassiez de l'autodérision à ce sujet, mais au final je crois que c'était plutôt involontaire comme remarque ; mais passons, ça a bien détendu l'atmosphère pour le coup.
Un train à l'heure. J'ai encore mal aux côtes rien que d'y penser tiens.
Moralité : la prochaine fois qu'on me demandera de faire un choix sur le type de voyage que je souhaiterai, je choisirai "normal" même si c'est plus cher, car c'est quand même beaucoup plus calme et tranquille que chez les zens, surtout quand ils ont bouffé du Lagaf' autosatisfait de ses performances de comique. Moi je demandais juste à lire mon bouquin peinarde, mais bon, IDZen en a décidé autrement.
PS : si vous recrutez des artistes de spectacle, je connais un petit gars de 10 ans qui a un répertoire de blagues léguées par son père beaucoup moins foireuses, remarquez à ce stade ça n'est pas trop compliqué d'élever le niveau. C'est juste qu'il a arrêté de manger des Carambars, ça aide vous verrez.
PPS : si je vous envoie ce mail c'est parce qu'en sortant du train, une autre annonce dans un haut parleur (la je ne sais combientième) a proposé aux passagers de donner leurs éventuelles suggestions sur le site SNCF, et moi franchement c'est le genre de perche que je saisis même si on me la tend pas. Mais merci quand même.
* : cliquez sur le lien et vous découvrirez un autre univers inconnu, celui des gentils baristas zens ou zappeurs, en tenue colorée mieux que chez Disney.
** : dans le mail envoyé à la SNCF, ils me connaissent sous mon vrai nom non dumeurien.
par Suzy Dumeur
publié dans :
A vos humeurs


