Jeudi 24 avril 2008


Neil Marshall n'a réalisé que 3 films (plus 3 en cours) et pourtant il est attendu comme le loup blanc à chacune de ses nouveautés. Déjà. Il avait commencé avec "Dog soldiers", inabouti mais extrêmement prometteur dans le dépoussiérage du mythe du loup garou, et le summum - déjà - avait été atteint avec "The descent", cauchemar étouffant et utérin, où de jeunes femmes poussées dans leurs derniers retranchements, se faisaient attaquer par des créatures souterraines quasi mythiques. Ce dernier - et seulement deuxième film - a acquis les galons de chef d'oeuvre en quelques semaines seulement. Donc Doomsday le petit dernier était forcément guetté au tournant. Avec tout plein d'espoir(s).

Glasgow 2008, un virus "Le faucheur" décime la population écossaise à 90%. Un mur est érigé tout autour du pays afin de contenir la propagation vers l'Angleterre et le reste du monde, livrant à eux-mêmes les quelques survivants se transformant en quelques mois en des bêtes furieuses avides de nourriture. 2035 une expédition menée par Eden est organisée vers la "zone rouge" où vit tapi le docteur Kane, seul détenteur d'un probable vaccin. Le faucheur a en effet réapparu dans les zones saines...

Des films à virus zombifiant et apocalyptique, on en a vu des tonnes et des tonnes. Et quand on voit "28 jours plus tard" ou sa suite "28 semaines plus tard", on se dit que le sujet n'est pas clos et reste même très prometteur malgré le thème ultra rabâché (surtout que reste à venir [REC] de Balaguero, et aussi le dernier Romero). Malheureusement Doomsday ne fait que reprendre à sa sauce les plus grands films traitant du sujet (le virus apocalyptique pas les zombies). Dès le générique on se fait la réflexion qu'on a déjà vu le film... Ce ne sont plus des clins d'oeil mais carrément des pans entiers qui ont été repris : l'extermination de la population britannique évoque bien sûr les "28... plus tard", Eden est une Snake Plissken en puissance, le score musical ressemble beaucoup beaucoup à celui de "New York 1997", et pour pousser encore plus la ressemblance, un des personnages s'appelle même Carpenter. Le scénario est quasi un copier/coller donc des "New York 97" et "Los Angeles 2013" (entre autres, on est plein là dedans c'est fou) : l'héroïne se retrouve séquestrée par les chtarbés de l'autre côté du mur, elle finit évidemment par s'évader avec la fille du chercheur ; il y a même une scène d'arène ridicule où l'ersatz borborygmant du Duc de New York se retrouve à chanter un tube ridicule et à taper en rythme sur le cul de deux danseuses ! Allez on va arrêter le carnage avec l'énumération rapide des autres films pompés (à part ceux déjà sus-cités) : Aliens, La colline a des yeux, Mad Max (sur une énorme longueur !!!) et même "Chevalier" pissque le fameux chercheur potentiellement sauveur du monde, se terre dans un château moyen âgeux avec des mecs en armure... si si !!!

Seul le casting sauve un peu la mise avec Rhona Mitra inspirée par son rôle d'anti héros (pis pour une fois qu'une femme ne fuit pas en couinant, ça fait du bien), et Bob Hoskins tout en humilité et en humanité sincère. Malcolm Mc Dowell est égal à lui-même (c'est à dire qu'il fait du Malcolm Mc Dowell et pis c'est tout) et Craig Conway - ressemblant étrangement à notre Pain de sucre favori - fait tout pour nous énerver à grogner comme ça, comme un petit caniche n'ayant pas eu son Sheba (ah non on me fait signe que c'est rien que pour les gros siamois le Sheba). Il fait juste peur à mémère le soi-disant chef cannibale des mutants.

Alors quel était le but de Marshall de pomper allègrement tous les films cultes des années 80 ? Hommage ou véritable panne artistique ? Je ne veux pas le clouer au pilori mais là où Edgard Wright excellait dans "Shaun of the dead" ou "Hot fuzz", véritables odes respectueuses aux films de genre, Neil Marshall s'est lamentablement planté en y perdant toute son âme. Le film est anti personnel au possible, et on ne sent pas sa patte où que ce soit dans cet étalage écoeurant de clins d'oeils à foison. Trop c'est trop, même si on peut s'accorder à penser que l'intention première était bien de montrer son amour au genre... Comme quoi, qui aime bien châtie bien...

par Suzy Dumeur publié dans : Ciné Dumeur

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