On peut dire que le King a la poisse en matière d'adaptation de ses oeuvres au cinéma ou à la télévision, à de rares exceptions près par rapport à la masse que notre
maître adoré a pu pondre... Citons les éternels "Carrie", "Simetierre" ou encore "Christine" ; mais mais MAIS citons également les pellicules de Frank Darabont - "Les évadés" et "La ligne verte"
- celui-ci assez fidèle à notre romancier favori, mais certes plus académique qu'un Carpenter ou un De Palma. Encore une fois Darabont a adapté Stephen King à l'écran et voilà ce que ça
donne...
Dans une petite ville américaine paumée dans la campagne, des personnes lambda se retrouvent coincées dans un supermarché alors qu'une brume épaisse s'abat sur les environs. La dite brume ne
manque pas de révéler certaines créatures surnaturelles hostiles, mais surtout de mettre au jour également les pires instincts que des humains, pris dans des circonstances exceptionnelles,
peuvent mettre en oeuvre...
Au début le scénario paraît simplissime, tant le thème a été maintes fois surexposé et rabâché au cinéma : on pense aux films de zombies bien sûr, surtout que l'action se déroule dans
un supermarché, mais aussi à tous les films de bébêtes contre lesquelles les humains doivent se défendre. Ultra vu. Sauf que dès la première demie heure, le ton de la suite
est donné : ce sera froid, profondément noir et sans aucune échappatoire. D'une noirceur abyssale comme ils disent dans Mad Movies. Pas un sourire, pas un trait d'esprit pour détendre
l'atmosphère, pas de héros au tee shirt déchiré donnant sa vie pour sauver la veuve et l'orphelin.
Les rires nerveux fusent chez les spectateurs au fil du film...
Ici les personnages sont profondément humains et l'analyse donnée par Darabont ne laisse entrevoir aucun espoir quant à cette espèce profondément mauvaise et sans avenir à laquelle nous
appartenons malheureusement, et tout le monde en prend pour son grade : les organisations militaires (critique de la guerre en Irak ?), les groupes religieux (qui entre nous prennent de plus en
plus le pouvoir aux Etats Unis alors que les médias s'évertuent à déblatérer sur le méchant terroriste barbu), les pollueurs de toutes sortes, et bien évidemment, comme je l'écrivais juste avant,
l'être humain tout court, incapable de s'adapter aux pires situations tout habitué qu'il est à son petit confort perso et à sa TV écran plasma, et de faire preuve par la même d'un tant soit peu
de solidarité envers ses congénères.
Est-ce que ça le perdra ? Oh que oui, et Darabont dans un final des plus malsains tant le mal être persiste après la vision du film, enfonce le clou sur notre chère humanité vouée à l'extinction
provoquée par elle-même... Comme j'aime à le répéter, la formule du major Henry dans "28 jours plus tard" est des plus visionnaires, et il ne faut pas être Nostradamus pour prévoir avec réalisme
un futur apocalyptique très proche (ouh là voilà que je me lâche...!) : "des humains tuant des humains, voilà ce que je vois depuis toujours".
PS : Mad Movies le dit très bien dans l'éditorial de son dernier numéro mais moi aussi j'enfonce le clou bordel, sûre que le film de Darabont est profondément sombre et ne vous donnera pas
envie de chanter "Tata yoyo" juste après vision, mais est-ce une raison pour l'avoir snobé dans la plupart des villes de France (et les salles d'art et d'essai !) alors que pendant ce temps là
"Bienvenue chez les ch'tis" est ultra diffusé tout partout à raison de dizaines de séances/jour, bouffant par la même toutes les petites productions malchanceuses d'être diffusées à cette date là
??? A la trappe les petits !


