On a les animaux qu'on mérite il paraît, et même que des fois une certaine familiarité s'établit entre la bête et le maître - à moins que ce ne soit le contraire
- les deux finissant par se ressembler. Ma soeur par exemple qui est une chienne à elle toute seule, possède dans tous les sens du terme, un vieux chat cancéreux au dernier carat. Hé
bien au terme de sa vie, la bestiole de jour en jour, est devenu son portrait craché : lent comme un zombie dans tous ses gestes, lourd et disgracieux dans sa démarche alors qu'il a perdu tout
son poids, son oeil tumoral crache en permanence un pus croûteux qui fait qu'à la longue, on se demande si ce n'est pas son cul qu'on regarde. Il est où le cucul, elle est où la tétête ?? Et
malgré le cancer qui lui ronge la tête, le chat il peut pas s'empêcher de miauler à la mort à quatre heures du mat', ce qu'il a toujours fait remarquez, même au firmament de sa forme. Miauler
pour miauler, avec tout le monde qui lui jette des objets à la tronche pour qu'il ferme enfin sa gueule, après une avoinée de noms de chats crevés.
Toute l'histoire de la vie de ma chienne de soeur.
Moi en ce moment je n'ai pas d'animaux, ni aucun être à poils d'ailleurs, tout juste consens-je à m'attacher à deux sex toys que je remplacerai le jour où ils seront morts. Pour l'instant je
change les piles. Les sentiments c'est pas bon, l'affection c'est le début des emmerdes, tu te lies et pan ! soit l'objet de tes désirs se casse après t'avoir pompé tout ce qu'il pouvait te
pomper, soit il agonise dans d'atroces souffrances et te laisse seule, seule, seule.
Comme Rustine ma lapine.
J'étais enfant - 6, 7 ans je dirai - et mes parents me laissaient nourrir les lapins, à l'époque je savais pas bien pourquoi ils étaient si heureux de les voir prendre du poids les lapins, faut
dire que je m'en occupais bien et qu'ils engraissaient de jour en jour. Parmi les habitants du clapier, y'avait ma belle Rustine, que j'avais appelée comme ça parce qu'elle était toute blanche
avec des ronds noirs, comme des rustines colmatant des trous par en-dessous. Oué je sais j'étais déjà poète à l'époque. Elle était belle ma Rustine, elle était grasse, elle faisait mon bonheur,
et elle n'allait pas tarder à faire le bonheur de mes parents aussi, et de la Sagrada familia au complet.
Un beau midi, je crois que c'était un dimanche, y'avait du lapin au déjeuner.
Et ma belle Rustine a disparu des clapiers. Et j'ai compris. Et je me suis retenue de pleurer. Parce qu'en plus elle était bonne la Rustine et pas pleine de trous sous la peau au final
; non, dans l'assiette y'avait une bonne chair succulente et juteuse. Bien grassouille grâce à ma contribution. Il n'en faut pas plus pour expliquer ma destinée actuelle, j'ai tout pigé le
jour où j'ai vu "Hannibal : les origines du mal" - une psychothérapie économisée - il est devenu psychiatre et cannibale parce qu'on lui a fait bouffer sa soeur sans qu'il s'en rende compte
; je suis devenue psy et carnivore en toutes viandes parce que mes parents m'ont faite boulotter Rustine ma lapine !!!!
C'est simple la psychologie humaine au final ? Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es.
Je suis une lapine psychopathe. Et dans mon clapier personne ne vous entendra hurler.
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