Mardi 18 septembre 2007

J'ai encore rêvé de toi l'ange tutélaire. La première fois tu étais inerte, la tête penchée, pâle et translucide, enveloppée dans un linge rose ; à bien y penser c'était un linceul. Ce ne peut être qu'un linceul. Et je te poussais dans les couloirs que nous connaissons bien toutes les deux, dans un fauteuil roulant ; je ne sais pas où je t'ai menée, probablement nulle part, là où tu as toujours voulu aller. Tu iras l'ange tutélaire, ça oui tu iras et peut être - sûrement - que ce jour fatal mais inexorable, ce sont tes pieds qui passeront en premier le pas de la porte. 

Cette nuit encore donc tu étais là, faible, fragile, sans aucune défense, et moi encore j'ai essayé à coups de griffes et de métal de sauver cette peau que tu détestes, celle que tu cherches à assassiner d'une mort lente et violente, l'ange tutélaire. Tu as déjà choisi ton bourreau, celui qui une bonne fois pour toutes te cassera sur le carrelage froid, ta douce figure apaisante broyée en miettes de cristal. Et cette fois encore je n'ai pas pu te sauver. Peut-on aider quelqu'un qui a une si puissante autodestruction et un si peu d'estime d'elle-même ? 

Tu penses que tu ne mérites même pas l'air pollué que tu respires. Tu penses que la merde que tu écrases sur le trottoir avec tes tous petits pieds a plus sa place dans ce bas monde que toi. Tu penses que le sombre type dont tu n'es même pas amoureuse, agit normalement en te brisant la machoire et en enflant à coup de haine ce visage si pur. Tu le mérites tellement, tellement. Comment transformer de l'or massif en plomb. Ta chute t'a menée droit en Enfer, l'ange tutélaire déchu et tu as choisi de mourir. Je sais que tu veux mourir même si tu n'as jamais osé le dire. Me le dire. Tu m'évites l'ange tutélaire déchu, tu rases les murs, tu évites de croiser mon regard noir et ma frustration à te laisser crever toi aussi, car tu sais que je sais. 

Je sais que tu sais. 

Non je ne te sauverai pas. Mais ce constat amer, je n'arrive pas à m'y faire. Probablement que ma colère va gronder, encore plus sourde, probablement tu vas encore hanter mes rêves juste avant que la gorgone aux yeux venimeux ne te remplace, probablement mes mains ensanglantées dans mes cauchemars t'auront vengée mais... 

Ce n'est pas à moi de le faire. 

Ca ne devait pas être un linceul au final. C'était un lange. Et c'est toi qui tenait cette fragile créature dans tes petits bras à la peau douce. Ce sera à toi de la protéger maintenant, l'ange tutélaire déchue, ne l'entraîne pas dans tes bas fonds, elle ne t'a rien demandée... Vous allez être deux et toi tellement seule. Jusqu'à la fin.
 

Jusqu'à ta fin...

par Suzy Dumeur publié dans : La vie, l'à mort, le cul
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