Mardi 8 avril 2008
J'ai attendu, attendu, attendu avant de me décider de voir THE film évènement du siècle dans notre beau pays qu'est la France. Il faut dire que toute la pub ainsi que l'engouement médiatico-publique m'ont sacrément pompé l'air dès les 2-3 premières semaines de diffusion dans les salles, surtout que plein de films sont passés à l'as du fait de l'omniprésence du phénomène ch'ti sur les écrans noirs. Mais fallait-il bouder un éventuel plaisir et s’abstenir de vanter les mérites et le succès d'un vrai film français sous ces prétextes là ?

Bah oui. Complètement oui. J'aurai du et je me suis faite eue bordel. La seule consolation c’est que je n’ai pas payé ma place.


Bon l'histoire vous la connaissez puisqu'on vous la rabâche en permanence partout, mais je vais quand même faire un résumé, parce que c'est fou comment c'est fourni niveau scénario : alors Philippe est directeur dans une agence de la Poste, et comme sa femme est dépressive et bien il voudrait être muté sur la Côte d'Azur. Mais comme la Fonction Publique privilégie les COTOREP niveau poste intéressant, Philippe il va simuler un pseudo handicap moteur, et comme il est pas très fut’fut ben forcément il va se faire choper. Et la suprême punition tombe comme un couperet : il sera muté à Bèrgues, dans le Nord Pas de Calais. Le choc des cultures Sud contre Nord peut commencer.


Et le choc des clichés stéréotypés aussi. Putain c’est comme si on réduisait le Portugal à Linda de Suza ou l’Italie aux Carbonara, ça me fait mal au cul tiens. J’ai entendu partout que Dany Boon rendait hommage à la région dont il est issu et qu’il affectionne particulièrement, et là sous mes yeux effarés, s’étalent des futurs slogans pour banderole nauséabonde de stade de foot. Peut être que j’exagère, sûrement (bah oui c’est connu les gens qui viennent du Sud c’est aussi des hystériques sans recul, hein la sardine qui bouche le port !), mais je n’ai vu là dedans qu’une abondance de bêtots gentils couillons fortement alcoolisés, dont la chaleur humaine se résume à trouver des meubles au sudiste acariâtre et à lui présenter tous les bons coins à frites. Ah oui et à se réconcilier avec sa femme en la confortant encore plus dans le méga gros cliché qu’elle se fait sur la population du Nord ; mais je ne cracherai pas sur la seule séquence drôle du film à mes yeux, car volontièrement méchante, ultra lourde et assumée en totalité (le seau de moules vidé à même le caniveau en pleine rue passante, l’accueil beauf des supporters de foot avec écharpes multicolores et trompettes, le passage des mineurs de fond et la scène de dîner glauquissime digne de Délivrance !).


Au niveau de l’interprétation, mêmes reproches, le casting féminin frôle les Razzies awards avec Line Renaud à l’accent surfait et invraisemblable, ainsi que Zoé Félix et Anne Marivin forçant leur jeu à qui mieux mieux. Bref que du lourd ! Chez les hommes plus de conviction dans le jeu mais sans plus… A souligner tout de même la prestation de Michel Galabru – filmé sur fond noir - digne d’un oracle pré-apocalyptique à la Matrix ! Complètement décalé dans toute cette lissitude démagogique.


Je suis dure peut être, mais franchement je ne comprends pas cet enthousiasme débordant pour ce film sans prétentions (on peut lui reconnaître cette qualité, oui oui c’en est une !), divertissant pour un dimanche soir certes, mais à peine plus élevé qu’un « Bronzé 3 » dans la platitude scénaristique, et moins bien qu’un « Camping », pourtant déjà bien consensuel dans la démarche « aisé glamour contre beauf vendéen» (et bien entendu c’est le beauf qui a tout compris à la vie) mais faisant mouche à plus de situations épiques. Faut-il faire passer les Provençaux pour des gros bourgeois imbus de leur personne pour rendre sympathique en comparaison les habitants du Nord Pas de Calais ? Méthode lourdingue heureusement ne dépassant pas certaines limites qui auraient pu devenir vite nauséeuses dans les pattes d’un autre réalisateur. Mais Dany Boon est gentil, ça on peut lui reconnaître aussi. Et plein de bonnes intentions. Et pas du tout mauvais comme moi et les cinéastes que j’aime.


Peut être que c’est moi qui n’ait rien compris, mais ce score monumental de plus de 17 millions de spectateurs en dit long sur le moral actuel des troupes franchouillardes. M’en fous j’ai pas envie de comprendre en même temps, surtout que je ne sais pas si le [REC] de Balaguero verra le jour sur nos écrans aseptisés. Et pendant ce temps là les Espagnols font du vrai cinéma qui fait mal aux tripes et à la tête. J’ai pas du naître dans le bon pays, faut croire. Allez je vais me mater « Les choristes » ça va flatter mes bons sentiments que j’ai pas tiens, faut que je prenne des leçons de bienséance car bientôt ça va se répandre dans tout le pays.

Telle la peste bubonique.


Jusque dans nos foyers.


J’ai peur.


Message personnel : Caro si tu me lis, sache que j’ai été lâche et je n’ai pas osé te dire en face mon ressenti sur ce film que tu as adoré… c’est mon côté humain… Caro ne m’en veux pas, je ne voulais pas te faire de peine ! Et franchement c’est beaucoup plus drôle quand c’est toi qui fait la ch’ti, et que même je dis ça sincèrement ! Tu veux toujours que je t’accompagne à Lille dis ?????

par Suzy Dumeur publié dans : Ciné Dumeur

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