Mercredi 30 avril 2008


[REC] est un film concept réalisé par Jaume Balaguero et Paco Plaza. Le premier s'est d'ores et déjà illustré dans le domaine fantastique, et de façon plutôt brillantissime, puisqu'il a crée les perles noires que sont "Darkness", "Para entrar a vivir" ("A louer" in french) et surtout "Fragile" mon petit préféré. Alors imaginez la tronche des fans de films d'horreur quand ils ont appris que le sieur allait s'attaquer au thème des zombies ! Pour ma part je n'arrive même pas à décrire mon état d'attente subjuguée, c'est dire.

Les mots me manquent.

Je suis émue.

Réalisateur espagnol + zombie + vision subjective à la caméra = AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA!

Voilà c'est tout ce que j'ai à dire.

Bon non quand même je vais essayer de faire mieux : AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Vous comprenez maintenant ?

L'histoire : Angela fait un reportage sur les métiers de nuit, et avec Pablo, son caméraman, elle va suivre une équipe de pompiers pendant leur travail. Espérant ne pas tomber sur des appels au secours dramatiques pour faire un sujet léger, l'équipe ne va pas tarder à être appelée dans un immeuble où une vieille dame a besoin d'être secourue. Mais la situation va tourner au véritable cauchemar quand celle-ci va sauvagement mordre à la gorge l'un des policiers également sur les lieux. Surtout que les autorités publiques vont clore l'immeuble par mesure de sécurité, car un virus expliquant le comportement ultra violent de la locataire âgée, se serait propagé dans les murs. Coupés du monde, bientôt assaillis par les nouveaux contaminés, les survivants vont être filmés par Paco pris lui-même dans la tourmente...

Allez on va commencer par les très très bonnes choses : le film passe à une telle vitesse qu'à la fin vous vous retrouvez littéralement sur le cul, et en général quand on ne s'ennuie pas, c'est plutôt bon signe. Il est aussi de courte durée (c'est pour ça aussi qu'il passe vite, ouh que je suis intelligente) et concentre par la même une extrême palette d'émotions exacerbées. Effectivement tout y passe dans l'ultra stressant : l'angoisse, la peur, la panique, l'effroi, la terreur ; ne vous attendez donc pas à une cueillette de pâquerettes dans un joli champ de tournesols ! On sort de la salle avec une sensation diffuse de malaise vissé dans les tripes. Ce climat de flippe palpable et ressentie vivement, est induite par la réalisation subjective de caméra sur l'épaule : vous êtes au centre de l'action car c'est vous en quelque sorte qui filmez les évènements, et ainsi vous avez l'impression de partager ces moments avec tous les protagonistes. Le final par exemple est rendu terrifiant par le procédé utilisé : l'électricité est coupée dans l'immeuble, renforçant l'extrême panique des survivants tatonnant dans le noir alors qu'ils viennent de faire une découverte des plus glauques. Le caméraman est obligé ainsi d'employer la vision en infra rouge, focalisant sur sa collègue aux yeux écarquillés, littéralement cristallisée par la peur... Depuis la scène entre Clarice Starling et Buffalo Bill dans "Le silence des agneaux" où cette méthode avait aussi montré son efficacité, on n'avait pas eu aussi peur du noir...

Vous avez compris, Balaguero et Plaza jouent avec nos nerfs et nos peurs primales jusqu'à la toute dernière minute : peur du noir donc, mais aussi peur de l'autre (les Chinois s'en prennent plein la gueule dans les jugements racistes des voisins les accusant des pires maux, c'est à la mode d'ailleurs !), peur de la solitude, peur de la mort, de la maladie... Les deux sadiques n'hésitent pas non plus à nous balancer dans la tête des images que nous ne sommes pas habitués à voir, tant la démagogie règne dans la plupart des films et séries actuels : une femme âgée attaquant deux hommes de façon frontale et viscérale, une fillette contaminée poussant des cris immondes de bête enragée, sa mère menottée à l'escalier et voulant lui prêter secours puis laissée pour compte quand les zombies vont attaquer les survivants...

Dérangeant.

Maintenant ce qui fâche un chouia : les réalisateurs se vantent un peu partout d'avoir conçu un film unique au monde du fait du parti pris du spectateur vivant les mêmes cauchemars que les survivants, mais le procédé a été ultra popularisé par "Le projet Blair Witch" puis "Cloverfield" plus récemment, donc pour le concept novateur on repassera... Il est vrai néanmoins que [REC] ressemble plus à une partie de jeu vidéo que les deux films cités, mais ce n'est pas une révolution tout de même. Ensuite, le casting n'a rien de transcendant ; en même temps les réalisateurs ont du vouloir prendre des acteurs lambda (voire des amateurs) pour que le film soit le plus réaliste possible. Démarche compréhensible mais qui aurait gagné en épaisseur avec d'autres protagonistes. Aussi le scénario est franchement tiré par les cheveux, alors que laisser planer le mystère aurait pu renforcer l'angoisse : les auteurs s'acharnent tout du long à expliquer à l'aide de différents indices les origines du virus (encore une fois la comparaison avec le jeu vidéo peut être faite) et c'est plutôt tarabiscoté (mais je suis drôlement fière qu'une portugaise soit le point de départ de tout ce bordel !!!).

Bon les points négatifs ne sont pas catastrophiques loin de là, et [REC] captive en un instant pour peu qu'on laisse ses petites chipoteries au vestiaire. Il ne fera pas date comme son grand frère "Le projet Blair witch" parce que précurseur en son genre, mais il deviendra instantanément l'un des DVD à obtenir absolument de toute urgence. Le support télévisuel devrait d'ailleurs renforcer le côté télé réalité voulu par les réals, le grand écran devenant ici plutôt accessoire. Et puis, c'est tout ce qu'on lui demande, il vous flanquera une bonne trouille au ventre et une crispation nerveuse aux accoudoirs, comme rarement vous en avez vécu virtuellement...

Diable que c'est bon !
par Suzy Dumeur publié dans : Ciné Dumeur

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