Mercredi 16 avril 2008
Dernièrement j'ai été interpellée par une interview de Michael Haneke (entre autres réalisateur de "Funny games" mais également de son remake
bientôt sur les écrans) parue dans le dernier Mad Movies. Le bonhomme est connu pour ses prises de position glaciales à l'encontre des films "violents" (si tant est qu'il y ait une catégorie de
la sorte), et volontiers décrit comme moralisateur car taxant les spectateurs de voyeurs inconscients et irresponsables. Seulement dans cette interview, Haneke va au delà de ce discours de
surface ressorti à qui mieux mieux par les grands médias dès qu'une affaire sanglante a lieu suite à un prétendu visionnage intempestif de péloches violentes. Il dit que le but de ses films,
surtout les "Funny games", est d'interpeller les spectateurs sur le pourquoi : pourquoi regarder de tels films ? Et normalement, quand on est un tant soit peu cortiqué, au-delà du questionnement
sur le pourquoi, devrait aboutir une suite de questions : qu'est-ce que cela provoque en nous comme sensations ou émotions ? Est-ce un dérivatif, un plaisir, un divertissement, et que sais-je
encore ? Est-ce que cela influence/a influencé certains de nos comportements ?
Je trouve la démarche du pourquoi intéressante. Effectivement Haneke a peut être raison en disant que la plupart des spectateurs ne savent pas pourquoi ils aiment ce genre de "spectacles", encore que, il faudrait peut être poser la question un jour aux principaux intéressés, plutôt que de les clouer au pilori aussi facilement. Bref en ce qui concerne ma petite personne, ça fait belle lurette que je me la pose, et qu'on me la pose aussi. Parce qu'une fifille qui aime le rose (bah si ! ça vous troue le cul hein ?) et qui est censée comme toutes les fifilles pleurer devant la mort de la mère de Bambi au lieu de voir à la place l'excellent civet que ça pourrait donner, ça interpelle (tiens ça fait juste 3 fois que j'emploie ce verbe !). Et des fois donc je réponds aux interrogations des autres, parce que ça m'arrive d'être sympa.
Pourquoi je regarde des films avec des morts vivants dévoreurs de cervelle fraîche et pourquoi je ne m'arrête pas sur le bas côté de la route pour mater les flaques de sang laissées par des accidentés ? Parce que je fais la différence entre la fiction et la réalité. Parce que le premier est de l'ordre du fantasme, et l'autre est synonyme de détresse et de souffrance humaines. J'ai beau avoir envie de cramer mes cons citoyens au lance-flammes et même imaginer la scène avec tous mes sens en éveil au moment où ils m'adressent la parole (putain les cheveux brûlés ça pue !), mais je sais pertinemment et sainement que je ne le ferai pas, juste parce qu'ils me posent des questions existentielles sur mon pamplemousse. Par contre il me semble que si ma vie était en jeu, ou celle de quelqu'un de cher en premier lieu, je ne resterai pas les bras ballants à attendre que ça trépasse. Ca non je ne crois pas. Visionnage ou pas visionnage de films étiquetés violents.
Pourquoi j'aime tellement les bobines sanglantes ? Là encore nuances.
D'abord j'ai baigné dedans toute petite comme dirait l'autre. Ca aurait pu m'en dégoûter mais non, ça ne m'est jamais passé, et je ne souhaite pas que ça passe, ça n'est pas une maladie ou un vice. C'est un genre de marque de fabrique dumeurienne. Je crois que vioque en maison de retraite, je ferai chier l'animatrice pour qu'elle me trouve le HD Blue Ray Bidule Haute Technologie du "Retour des morts vivants 28" ; et peut être même que je ne serai pas la seule à en réclamer dis-donc. Ensuite ça m'aide à m'évader d'un quotidien stressant et j'assouvis à l'aide de ces péloches dégoulinantes d'hémoglobine des fantasmes inavouables. C'est aussi le but de l'Art il me semble, tout comme les rêves, de faire et de concrétiser virtuellement tout ce qu'on ne peut pas faire dans la réalité ; parce que nous gardons malgré tout la tête bien vissée sur les épaules.
Et puis, je n'aime pas que les films où il y a des trucs gores dedans, loin de là. Contrairement à certains spectateurs fanatiques qui se cantonnent dans un genre en particulier et pis c'est tout, moi je laisse mon cerveau et ma chair apprécier d'autres contenus. Je ne suis ni restrictive, ni extrémiste. J'ai adoré "Sur la route de Madison" voyez ? Alors on ne pourra pas me taxer d'intolérante. Même dans le registre que j'affectionne, il y a des films que je trouve insoutenable et que je ne veux plus jamais revoir (si tant est que je sois allée jusqu'au bout). Le week end dernier par exemple, j'ai été incapable de regarder en entier "Wolf creek". Pourquoi ? Parce que je ne supporte pas d'entendre une jeune femme hurler pitié à son tortionnaire sadique qui pour l'instant ne fait "que" la menacer de viol. Je n'ai pas du tout envie de voir s'il va exécuter cela. Je pense d'ailleurs fortement qu'il va le faire. Et pire encore. Je ne juge pas le réalisateur de "Wolf creek" ni ceux qui ont aimé le film, mais je sais que pour ma part je laisse ça à d'autres. Je n'ai pas eu le recul nécessaire et je me suis certainement beaucoup identifiée aux femmes du film. La fiction était beaucoup trop proche de la réalité.
Peut être que Greg Mc Lean - le réalisateur de "Wolf creek" - a voulu heurter le public de la même façon qu'Haneke. Sûrement et quand bien même ?
Peut être que tous les spectateurs en ce monde ne font pas comme moi et beaucoup d'autres, ce genre de discernement. Mais la seule vision de "Chucky la poupée de sang" ou de "Tueurs nés" peut-elle pousser un individu à commettre les pires méfaits ? Si cette théorie simpliste et simplifiée était exacte, à quoi pourrait-on lier les crimes de sang des siècles passés ? A la littérature, la peinture ? Peut-on résumer un être humain à ce facteur là uniquement ? Vaste débat qui ne pourra probablement jamais aboutir. En tous les cas, nombre de serial killers affirment avoir pris leur pied de voir étalé leur nom dans les journaux à sensations, et ça les médias se gardent bien de le crier sur tous les toits, préférant fustiger le bouc émissaire habituel. Relayer l'information d'accord, mais de là à en faire des gorges chaudes et glorifier par la même des individus nauséabonds...
Alors Haneke m'a interpellée (4 !). Son point de vue est intéressant et le cinéma en tant que 7ème Art bien évidemment doit susciter des questionnements philosophiques. Par contre ce réalisateur devrait s'abstenir de faire des grandes déclarations dans des domaines qu'il méconnait ou qu'il ne veut pas voir. Il a dit dans une autre interview que la violence était montrée partout, alors que la plupart des gens n'avaient jamais connu cela, d'actes violents. Que très peu d'humains au final en avaient été victimes. Que l'on s'acharne à montrer le plus horrible dans l'humain sans montrer le plus beau dont il fait preuve quotidiennement, là oui d'accord, mais nier ce dont il est capable à l'opposé, là non ça ne va plus. Modérons la diabolisation mais aussi l'angélisme. Je ne crois pas appartenir à un milieu fragile ou marginal, je côtoie des personnes de tout bord socialement et culturellement il me semble, mais rien qu'en y pensant 10 minutes j'ai fait le compte des personnes de mon entourage ayant subi des choses terribles (et pas juste une petite baston dans un bal populaire) : deux ont été violées par un ami, quatre ont subi l'inceste, une a été attaquée à la machette par son époux, une a été découverte inanimée dans la rue par un passant, couverte de plaies et de bleus parce que prise pour un putching ball, une a reçu des menaces de mort... Evidemment pas de scénario de films d'horreur dans ce décompte mais beaucoup de mal subi et infligé par autrui.
Et je ne vous parle même pas des violences symboliques et morales, cassant net un individu.
Mais a priori il n'y a pas que les fans de films violents qui vivent détachés de la réalité, n'est-ce pas monsieur Haneke ?
Je trouve la démarche du pourquoi intéressante. Effectivement Haneke a peut être raison en disant que la plupart des spectateurs ne savent pas pourquoi ils aiment ce genre de "spectacles", encore que, il faudrait peut être poser la question un jour aux principaux intéressés, plutôt que de les clouer au pilori aussi facilement. Bref en ce qui concerne ma petite personne, ça fait belle lurette que je me la pose, et qu'on me la pose aussi. Parce qu'une fifille qui aime le rose (bah si ! ça vous troue le cul hein ?) et qui est censée comme toutes les fifilles pleurer devant la mort de la mère de Bambi au lieu de voir à la place l'excellent civet que ça pourrait donner, ça interpelle (tiens ça fait juste 3 fois que j'emploie ce verbe !). Et des fois donc je réponds aux interrogations des autres, parce que ça m'arrive d'être sympa.
Pourquoi je regarde des films avec des morts vivants dévoreurs de cervelle fraîche et pourquoi je ne m'arrête pas sur le bas côté de la route pour mater les flaques de sang laissées par des accidentés ? Parce que je fais la différence entre la fiction et la réalité. Parce que le premier est de l'ordre du fantasme, et l'autre est synonyme de détresse et de souffrance humaines. J'ai beau avoir envie de cramer mes cons citoyens au lance-flammes et même imaginer la scène avec tous mes sens en éveil au moment où ils m'adressent la parole (putain les cheveux brûlés ça pue !), mais je sais pertinemment et sainement que je ne le ferai pas, juste parce qu'ils me posent des questions existentielles sur mon pamplemousse. Par contre il me semble que si ma vie était en jeu, ou celle de quelqu'un de cher en premier lieu, je ne resterai pas les bras ballants à attendre que ça trépasse. Ca non je ne crois pas. Visionnage ou pas visionnage de films étiquetés violents.
Pourquoi j'aime tellement les bobines sanglantes ? Là encore nuances.
D'abord j'ai baigné dedans toute petite comme dirait l'autre. Ca aurait pu m'en dégoûter mais non, ça ne m'est jamais passé, et je ne souhaite pas que ça passe, ça n'est pas une maladie ou un vice. C'est un genre de marque de fabrique dumeurienne. Je crois que vioque en maison de retraite, je ferai chier l'animatrice pour qu'elle me trouve le HD Blue Ray Bidule Haute Technologie du "Retour des morts vivants 28" ; et peut être même que je ne serai pas la seule à en réclamer dis-donc. Ensuite ça m'aide à m'évader d'un quotidien stressant et j'assouvis à l'aide de ces péloches dégoulinantes d'hémoglobine des fantasmes inavouables. C'est aussi le but de l'Art il me semble, tout comme les rêves, de faire et de concrétiser virtuellement tout ce qu'on ne peut pas faire dans la réalité ; parce que nous gardons malgré tout la tête bien vissée sur les épaules.
Et puis, je n'aime pas que les films où il y a des trucs gores dedans, loin de là. Contrairement à certains spectateurs fanatiques qui se cantonnent dans un genre en particulier et pis c'est tout, moi je laisse mon cerveau et ma chair apprécier d'autres contenus. Je ne suis ni restrictive, ni extrémiste. J'ai adoré "Sur la route de Madison" voyez ? Alors on ne pourra pas me taxer d'intolérante. Même dans le registre que j'affectionne, il y a des films que je trouve insoutenable et que je ne veux plus jamais revoir (si tant est que je sois allée jusqu'au bout). Le week end dernier par exemple, j'ai été incapable de regarder en entier "Wolf creek". Pourquoi ? Parce que je ne supporte pas d'entendre une jeune femme hurler pitié à son tortionnaire sadique qui pour l'instant ne fait "que" la menacer de viol. Je n'ai pas du tout envie de voir s'il va exécuter cela. Je pense d'ailleurs fortement qu'il va le faire. Et pire encore. Je ne juge pas le réalisateur de "Wolf creek" ni ceux qui ont aimé le film, mais je sais que pour ma part je laisse ça à d'autres. Je n'ai pas eu le recul nécessaire et je me suis certainement beaucoup identifiée aux femmes du film. La fiction était beaucoup trop proche de la réalité.
Peut être que Greg Mc Lean - le réalisateur de "Wolf creek" - a voulu heurter le public de la même façon qu'Haneke. Sûrement et quand bien même ?
Peut être que tous les spectateurs en ce monde ne font pas comme moi et beaucoup d'autres, ce genre de discernement. Mais la seule vision de "Chucky la poupée de sang" ou de "Tueurs nés" peut-elle pousser un individu à commettre les pires méfaits ? Si cette théorie simpliste et simplifiée était exacte, à quoi pourrait-on lier les crimes de sang des siècles passés ? A la littérature, la peinture ? Peut-on résumer un être humain à ce facteur là uniquement ? Vaste débat qui ne pourra probablement jamais aboutir. En tous les cas, nombre de serial killers affirment avoir pris leur pied de voir étalé leur nom dans les journaux à sensations, et ça les médias se gardent bien de le crier sur tous les toits, préférant fustiger le bouc émissaire habituel. Relayer l'information d'accord, mais de là à en faire des gorges chaudes et glorifier par la même des individus nauséabonds...
Alors Haneke m'a interpellée (4 !). Son point de vue est intéressant et le cinéma en tant que 7ème Art bien évidemment doit susciter des questionnements philosophiques. Par contre ce réalisateur devrait s'abstenir de faire des grandes déclarations dans des domaines qu'il méconnait ou qu'il ne veut pas voir. Il a dit dans une autre interview que la violence était montrée partout, alors que la plupart des gens n'avaient jamais connu cela, d'actes violents. Que très peu d'humains au final en avaient été victimes. Que l'on s'acharne à montrer le plus horrible dans l'humain sans montrer le plus beau dont il fait preuve quotidiennement, là oui d'accord, mais nier ce dont il est capable à l'opposé, là non ça ne va plus. Modérons la diabolisation mais aussi l'angélisme. Je ne crois pas appartenir à un milieu fragile ou marginal, je côtoie des personnes de tout bord socialement et culturellement il me semble, mais rien qu'en y pensant 10 minutes j'ai fait le compte des personnes de mon entourage ayant subi des choses terribles (et pas juste une petite baston dans un bal populaire) : deux ont été violées par un ami, quatre ont subi l'inceste, une a été attaquée à la machette par son époux, une a été découverte inanimée dans la rue par un passant, couverte de plaies et de bleus parce que prise pour un putching ball, une a reçu des menaces de mort... Evidemment pas de scénario de films d'horreur dans ce décompte mais beaucoup de mal subi et infligé par autrui.
Et je ne vous parle même pas des violences symboliques et morales, cassant net un individu.
Mais a priori il n'y a pas que les fans de films violents qui vivent détachés de la réalité, n'est-ce pas monsieur Haneke ?
par Suzy Dumeur
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