Mercredi 27 février 2008
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Qu'il est bon de retourner à la maison. Qu'il est bon de se ressentir soi à nouveau après une longue traversée du désert truffée de sentiments inconnus jusqu'à maintenant ; les montagnes russes avaient déjà été pratiquées mais la tiédeur ras les pâquerettes, jamais. Ou si vite oubliée.

Qu'il est bon encore de ressentir la colère sourde, la folie délirante et paranoïaque, la putain de crapouasse hypocondriaque, les envolées de science-fiction, les tourments intello-spirituels, ou spirituo-intellectuels, les vieilles turpitudes de l'enfance glauque, toute cette agitation qui me composait et que je croyais dans ma pathétique arrogance disparue à tout jamais ; qu'il est bon de retrouver tout ça !

Certains se targuent de se vautrer dans un bonheur perpétuel et une sérénité complaisante, moi je dis - et d'autres l'ont dit autrefois - qu'il n'y a que les cons qui sont heureux, ou en tout cas ils sont assez cons pour être certain de l'être, heureux. Ca n'est pas moi, ça n'a jamais été moi et j'ai fait semblant tous ces longs mois de travailler à, de croire en, de vivre sans, la Bête.

De la démagogie du bien être de comptoir. Ca n'est pas moi. Ca ne me fait même pas envie.

On me demande ce qui a bien pu se passer là bas, mais je n'avais pas les mots pour le dire. Analyse à zéro. Maintenant je sais. Elle m'a rattrapée. Une nuit Elle était tellement présente, tellement revenue, que mon coeur s'est arrêté de battre. Je n'ai même pas cherché mon pouls ; avoir un électrocardiogramme à plat protège des maladies du coeur. Pas de coeur, pas de fracture, c'est d'une logique indiscutable.

Implacable.

C'est très confortable. Pas trop, très. Tout juste me suis-je dit à bas mot pour ne pas le réveiller le palpitant anesthésié : "ça y est je suis redevenue comme mes chères créatures". Re-devenue. Enfin moi-même. Pourquoi entrer dans une pseudo lutte contre soi ? La bataille n'est-elle pas vaine, stérile, épuisante, perdue d'avance ? Ne pas s'avouer vaincue mais ne pas se tromper d'agresseur surtout.

Ne pas se tromper de cible. 

S'assumer soi dans toute son insanité, sans en avoir honte. S'assumer soi et composer avec sa - ses - part(s) mauvaise(s), ses multiples de moi qu'il ne faut plus essayer de ranger dans des tiroirs proprets, qu'ils sortent de là dedans tous ces petits mondes là, en trombe, avec leurs ressorts rouillés et cassants. Je ne veux plus jouer l'actrice surfaite de composition, l'Oscar ira à tous ses comédiens mensongers de la mélodie du bonheur. Je suis enfin redevenue moi, entièrement moi, entièrement plusieurs, fondamentalement à côté de la plaque normative creuse de tout raisonnement.


Je ne veux plus me tromper moi-même.

Je préfère le six pieds sous terre à la vue ras du gazon et des pâquerettes.

Je ne veux plus qu'Elle se demande s'il faut s'extirper avec difficulté ou rentrer et ne plus jamais en sortir. Qu'Elle y reste, j'y resterai aussi. Au chaud toutes, ou au froid selon, mais jamais plus dans la tiédeur moite et vulgaire, immonde routine calme et monotone. Paradoxalement mon coeur s'est arrêté de battre, mais en dedans d'autres organes et d'autres sens palpitent sourdement, brutalement, à plaie ouverte.

Récupérer ma vie...

Récupérer ma vie.

par Suzy Dumeur publié dans : La vie, l'à mort, le cul communauté : Fourre-tout * inclassable
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