Ce matin j'avais à mes côtés dans le bus un énorme cafard gluant et plombant qui n'arrêtait pas de ricaner en voyant ma tronche déconfite pré-fêtes. Gros con.
Surtout qu'il avait déjà passé la nuit avec moi et une bonne partie du week end aussi. Autant depuis ma tendre enfance mes compagnons ont toujours été sinistres voire en état de décomposition
avancée, autant le gros con de cafard n'est pas le bienvenue et ne l'a jamais été même si fidèle, mais de temps en temps il me colle encore plus l'enfoiré. Sutout quand tout le monde ou presque
s'extasie sapin sous le bras, et que moi je demeure en reste par la force dumeurienne des choses. Parce que oui, toute cynique et toute anti guimauve que je suis, j'aimerai bien un tout petit peu
pour une fois, participer à l'hystérie collective de joyeuseté obligatoire, rien que pour oublier deux secondes mes gènes plombés et mes séquelles familiales.
Mais j'en ai fais mon deuil. Il y a pire dans la vie je sais, comme de crever la dalle à côté d'une épicerie fine ou mourir congelé sous un carton d'édredon, mais pour une fois
QUAND MEME j'aurai bien aimé jouer la comédie du bonheur moi aussi. Alors quand l'autre gros con s'est assis à côté de moi et que j'ai vu Will Smith sur une
grande affiche, j'ai bien cru que j'allais être sauvée. Depuis que je suis môme, je me tire avec des hordes de loups-garous et des bandes de zombies, et je me dis encore quelle chance j'ai de les
avoir ceux-là. Vous trouvez peut être leur compagnie déplacée voire franchement glauque, ils peuplent peut être vos plus sombres cauchemars, mais moi je sais qu'à côté de ma mère, le grand Satan
himself a l'air d'une taffiole attifée d'une fourche rose bonbon mollasse.
Alors tout est relatif.
On m'a demandé souvent (plus trop maintenant, je ne me justifie plus) comment ça pouvait se faire qu'en tant que fifille j'aime les trucs épouvantables ; moi je ne trouve pas plus débile
d'aduler Dracula que de bichonner une Barbie Pouf, surtout que le prince des ténèbres m'a tirée pas mal de la merde réelle et que j'en connais pas beaucoup des Barbies qui pourraient
faire ça, vu qu'elles attendent toujours que Ken les délivrent du célibat ces grosses connes, et leur tirent aussi les mains du cul tant qu'il y est. Moi Dracula et sa clique démoniaque m'ont
plutôt fait découvrir un monde où il valait mieux compter sur soi même pour survivre, et en cas d'attaque d'aliens croyez-moi vaut mieux me connaître, j'en sais tout un rayon là-dessus en guise
de manuel de survie, tandis que celles qui ont joué à la Barbie Pouf et ben elles, elles crèvent la gueule ouverte après s'être faites violer par un Predator en plus. Sans préservatif et sans
préliminaires. Un peu comme au Macumba quoi.
Donc Will Smith ce matin trônait et moi j'essayais d'oublier ce gros cafard puant. Je sens que ce dernier ne m'a toujours pas lâchée et qu'il est près à s'immiscer dans la moindre de mes petites
failles béantes du moment, alors que je résiste pourtant. J'ai encore pas mis la main sur la bombe insecticide mais gageons qu'elle s'appelle Florence et qu'il va falloir que je fraye avec la
vermine en l'attendant. Mais heureusement j'ai Will Smith, seul humain survivant à l'extinction de l'espèce des Barbies Poufs et entouré dans sa solitude de créatures hostiles que
j'ai toujours pas vues dans la moindre bande annonce. Le rêve quoi. Seul sans ses congénères mais en très bonne compagnie de bébêtes belliqueuses.
Cette nuit je vais rêver à "Je suis Will Smith". Cette nuit moi aussi je vais être une légende. Et demain tu vas voir ta gueule grosse merde cafardeuse.
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Humeurs des autres