Lundi 6 novembre 2006

Rarement les mots me manquent, surtout pendant l'écriture, en général je commence et tout arrive. Ca me submerge, je n'ai plus qu'à les taper. Mais là ils me manquent, je ne suis pas sûre de pouvoir en poser sur ce que je ressens. Utiliser des mots suremployés ? Chef d'oeuvre, film magnifique, conte pour adultes somptueux  ? Non. Pas assez. Surfait. Banal.

Plats.

Ces mots sont plats.

Je vais me lancer dans une anecdote. Le film de Guillermo del Toro a déboulé au dernier festival de Cannes devant des spectateurs médusés rompus à l'auteurisation pompeuse toute cannesque, repus aux frères Dardenne, aux Loach, aux Von Trier et consorts, gargarisés à cette espèce de congénitalité incestueuse où ce sont TOUJOURS les mêmes que l'on daigne voir. Del Toro est un OVNI et en plus il se paie la double tare d'être étiquetté "réalisateur de genre", le tout dit avec beaucoup de mépris une pince à linge sur le nez pour ne pas sentir la puanteur émanant du "film de genre".

Sauf que le Del Toro tout pop cornesque qu'il soit, a eu droit à une standing ovation lors de ce dernier festival de Cannes. Vous me direz des standing ovations il y en a sur le plateau des "Enfants de la télé", mais quand même. Quand même. Et qui a eu la palme d'Or ? Pas lui. Mais on s'en fout Guillermo, on a pas besoin d'eux, on a pas besoin de leur reconnaissance tardive, car un jour hypocritement ils te porteront aux nues comme ils encensent maintenant les Jackson et Raimi, goreux bissesques faisant boire du vomi à leurs personnages. Avant leur heure de gloire auprès d'un public bobo embourgeoisé.

Eux non plus n'ont pas perdu leur âme, Peter Jackson est avant tout un récupérateur de cervelles et un créateur de marionnettes libidineuses, et Sam Raimi utilisera toujours du vrai sang de cochon dans ma tête. Tout comme toi Guillermo. On a pas besoin de Cannes mais par contre tous ces crétinoïdes se nourrissant de contre-courant parce que c'est à la mode, eux ONT BESOIN DE TOI. Et nous plus qu'eux. Ne te trompe pas de cible.

J'ai écris, écris mais pourtant les mots sur ton oeuvre ne viennent toujours pas. Je pense ce soir à cette petite fille se cherchant un Père de substitution et qui est tombée sur un ogre franquiste. Je pense ce soir à cette petite fille qui s'est enfin assise à la gauche du Père, tout puissant dans sa tour d'ivoire, et qui est morte se répandant dans une mare de sang sans avoir jamais osé le regarder VRAIMENT en face, ce Père tout puissant. La petite fille est morte et la femme ne naîtra jamais. Je suis triste pour elle et je suis heureuse ce soir car moi, on m'a laissé le temps.

Ils ont besoin plus de nous que nous d'eux.

Une toute toute petite idée minuscule par .

par Suzy Dumeur publié dans : Ciné Dumeur
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