Les promesses de l'ombre, en voilà un bien joli titre même s'il n'est qu'en demi rapport avec l'original (Eastern promises). Et pis en plus c'est Cronenberg qui
réalise, et pis en plus y'a Viggo Mortensen - alias ahou ahouuuuuuuuuuuuuuuuuu - dedans, et pis aussi Naomi Watts, et tiens pis Vincent Cassel.
Anna est sage-femme et voit arriver en salle de travail une très jeune femme qui décède peu après avoir mis au monde son bébé. Celle-ci a laissé un journal intime en russe avec la carte de
visite d'un restaurant, qu'Anna va traduire avec l'aide de son oncle mais aussi de Semyon le patron du dit restaurant. Le contenu du journal va s'avérer des plus dérangeants, surtout quand il
impliquera Semyon et son fils Kirill dans des faits sordides, le tout sous couvert de la mafia russe qu'ils dirigent sur Londres...
Les promesses de Cronenberg sont-elles tenues ? Oui, oui et OUI ! Tenues dans la réalisation, tenues dans l'histoire, tenues dans le casting, TENUES ! Il
y a bien quelques points faibles, comme cette fin assez lisse et consensuelle, mais le dernier plan est là pour sauver le tout, donnant un ultime ton désespéré. Le film est moins abouti que "A
history of violence" dans son contenu et l'évolution des personnages, mais franchement je pinaille là. A retenir principalement la fameuse scène déjà cultissime du sauna, où se livre dans ces
lieux une des batailles bestiales les plus mémorables de toute l'histoire du cinéma : les couteaux pénètrent profondément dans les chairs qui s'écartent sous des gros plans (c'est pas si facile
que ça de trancher une gorge, il y a plusieurs épaisseurs avant d'arriver au sang...), quand ce ne sont pas les poings qui vrillent violemment le corps et le visage de l'adversaire, le tout avec
Viggo Mortensen filmé dans une extrême nudité sans aucune censure.
Tout le long du film d'ailleurs, les corps vont être meurtris tout autant que les âmes, les corps des hommes surtout, les âmes des femmes principalement. Le réalisateur filme avec un terrible
réalisme la destinée sordide des femmes de l'Est, attirée par le miroir aux alouettes occidental et traitée comme de la viande froide par les hommes de la Mafia (et les autres). Lourd constat et
triste réalité. Là le titre du film prend tout son sens.
Côté casting bien évidemment la palme revient à notre cher Viggo, déjà magistral dans la trilogie des Anneaux, mais s'épaississant de film en film et ayant trouvé un mentor en la personne de
Cronenberg. Son interprétation tout en nuances et en subtilités, traverse la palette des émotions humaines rien que dans un seul regard. Du grand Art, à classer juste derrière le jeu d'Anthony
Hopkins dans "Les vestiges du jour" (pour moi LA meilleure interprétation au monde, et oué c'est même pas un film de zombies). Forcément à côté de ce grand homme notre Vincent Cassel national
paraît tout petit petit, et surjoue dans un cabotinage sans limites néanmoins exigé par le rôle, lui-même assez caricatural. Ne pas oublier non plus Armin Mueller-Stahl, qui joue le personnage de
Semyon (sa filmographie est hallucinante, il a joué dans des films de Fassbinder, Chéreau, Levinson, Jarmusch, Costa-Gavras, Soderbergh, August, De Palma et Fincher !!!!), très
inquiétant avec ce regard bleu glacial dans une apparente bonhommie où tout semble dormir...
A voir donc, et re-bienvenue à Cronenberg qui s'était un peu paumé dans les méandres du film tout public mais qui confirme par cette oeuvre tout le bien qu'on pensait de lui.
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