Allez je commence la nouvelle année - parce que moi ma nouvelle année elle commence pas comme celle de tout le monde, bande de blaireaux - avec une bonne blague toute pourrave : à quoi est-ce qu'on reconnaît un car de portugais ? Ah ah je vois Robert, routier de sa profession, qui trépigne dans le fond : IL A LA REPONSE !!! Aux poils sous les roues ? Non mais Robert, tu te crois où là, AUX GROSSES TETES ???? Dehors Robert ! Va dans ton camion !
Et bien non mesdames et messieurs, dans les bus portugais point de poils pour les reconnaître mais plein d'autres trucs qui peuvent vous mettre sur la piste. Je rappelle aux méditerranéens énervés - bien qu'il n'y ait jamais eu la Méditerranée au Portugal mais bon on est pas à une connerie près - que moi-même je suis issue d'un ventre portugais et que celui-ci a brillamment été fertilisé par des spermatozoïdes bien au chaud avant le délit qui m'a donné naissance dans des bourses très portugaises elles aussi, alors si vous n'avez pas de 38ème degré allez d'ores et déjà vous faire dépoiler les mollets bande de moru(e)s.
Donc la première fois que vous montez dans un autocar à destination du Portugal - ou de retour du Portugal - vous savez tout de suite où vous mettez les pieds, même si vous ne regardez pas le panneau de destination. D'abord devant la porte du bus fermée et depuis des heures déjà, il y a une vieille portugaise toute ridée généralement accompagnée de son conjoint au visage lui aussi buriné - le travail en plein air ça burine - lui-même facilement reconnaissable au béret vissé sur sa tête. Qu'il ne quittera jamais, même devant cette salope de reine Mère. Ils attendent, attendent, et attendent encore que cette foutue porte s'ouvre pour pouvoir enfin monter à l'avant du bus (sachez que le portugais est génétiquement déterminé à être une commère) et ENFIN retourner au pays (ou en revenir, mais notons que l'effet n'est pas le même).
Même si ces deux éléments là ne sont pas présents, et qu'il n'y a personne aux alentours, rien que d'escalader les marches du bus et vous savez que vous êtes dans un car de portugais : c'est comme de rentrer dans une église, il y a une atmosphère qui s'en dégage, le bus s'étant transformé depuis des décennies en véhicule diplomatique ambulant. Dès que vous rentrez dans le bus, vous êtes au Portugal, dans le Portugal populaire et donc pas toujours de très bon goût.
Ca parle portugais, ça chante portugais, ça mange portugais, ça fait tout portugais, dépaysement total pour pas cher et très très rapide.
Seulement vous ne voyez pas encore la mer, mais déjà les thons sont là. Et le thon guette. Le thon est redoutable. Dans la capitale française un échappé lusitanien demande justement à son voisin s'il y'a la mer à Paris et s'étonne de la réponse négative de celui-ci. C'est que le portugais peut être fier comme un français sur la présence omniprésente de la mer chez lui, cette mère nourricière serpentant les côtes de sa sainte patrie. Et l'autre de lui répondre quand même qu'il y a la Tour Eiffel, et que la Tour Eiffel c'est pas de la gnognotte, c'est même l'une des sept merveilles du monde.
Et toc.
Autre signe que vous êtes dans un car portugais : les chansons qui y sont braillées via le poste. Moi qui toute mon enfance et une partie de mon adolescence ai été martyrisée par une certaine Linda de Suza - ma mère lui a d'ailleurs attribué un très joli surnom que je ne dévoilerai pas ici au cas où Linda me lirait - voila que le pire de mes cauchemars refaisait surface : LA SOUPE PORTUGAISE. Les portugais sont capables de vous pondre de la varièt' avec un âne en couverture du disque - l'âne n'est pas forcément celui qu'on croit - sans même éprouver une once de honte. Que du naturel. Et ça les fait danser sur les tables, terrible. N'allez jamais à un mariage portugais malheureux, c'est pire qu'en France, là bas ils ont le burriquito*. De la soupe j'en ai bouffée, à coups de curaçao et d'accordéon jouant deux notes au mieux, sans oublier les tiroliroliro tirolirolo en excès comme de la mauvaise graisse sur un poulet au piment doux.
Ensuite le portugais et la portugaise parlent fort. Croyez-moi j'en sais quelque chose, cette pétasse de Samantha Fox peut aller se faire dégonfler les nénés. Chez nous on ne casse pas du cristal avec nos voix, on fait beaucoup mieux que ça : on réveille les momies. Heureusement aucune momie ne réside au Portugal, elles habitent dans une des sept merveilles du monde il paraît. Seulement moi à la différence de mes congénères, je ne parle pas fort tout le temps surtout quand je me tais. J'ai horreur du blablatage pendant les voyages, ça me déconcentre. Par contre le portugais parle tout le temps. Et sa portugaise aussi. A peine arrivés dans le bus déjà ils se sentent comme à la maison ; il n'est que 13 heures ? pas grave on va installer le lit - oui vous avez bien lu, le lit dans un car - on va gonfler les coussins et ouvrir une boîte de thon à l'huile. Notez que pendant qu'il gonfle son coussin, au moins le portugais ne parle pas fort, ou alors c'est étouffé dans le coussin.
C'est moins gênant tusuite.
Mais il fait du bruit, il est programmé pour, il peut pas s'en empêcher. Et puis aussi - chose que j'ai remarqué chez les napolitains également - le portugais il ne pète déjà pas dans la soie alors se moucher dedans j'en parle même pas ; les mouchoirs c'est bon pour les taffioles suisses dans leur car vers Gstaad (ah Robert me fait signe qu'Eurolines ne va pas jusqu'en Suisse !). Nan le portugais - et la portugaise à fortiori - il avale tout le mucus verdâtre émanant de l'intérieur de son nez et se mouche avec sa luette dans des reniflements dépassant le mur du son. Et quand il a la possibilité - c'est à dire quand il est dehors ou devant un évier - il renâcle autant qu'il peut son fond de gorge - visualisez bien la luette, tout est dans la luette - devant témoins c'est plus drôle, et examine son contenu répandu tout fier du rejeton. D'ailleurs mon pote, toi que j'ai entendu dans le bus sans aller jusqu'au crachat, quelque chose me dit qu'il y'a de l'eau dans le gaz du poumon mais heureusement il y a de bons médecins au Portugal.
Alors avec tout ça pas évident de se faire une image très glamour du portugais en général. Mais le glamour c'est fait pour les starlettes hollywoodiennes, pas pour Linda... euh je veux dire pas pour les portugais. Ils transpirent l'authenticité, c'est le moins que l'on puisse dire, sans rentrer dans les clichés habituels et abêtissants ressassés en permanence. J'en veux pour preuve la voix cristalline, angélique mais puissante, accompagnée à l'accordéon LE VRAI, qui vous fera entrapercevoir le paradis sur terre, de la Madredeus**, la Mère de tous les portugais.
Que Linda de Suza aille se faire... oups pardon c'est déjà fait !
* merci Kip de m'avoir rappelé ce doux souvenir d'enfance... elle est belle ma Madeleine.
** choisissez la n°5...



Humeurs des autres