Mercredi 6 septembre 2006

Les arrêts maladie dans les entreprises de France et de Navarre coûtent chaque année 5,2 milliards d'euros soit 212 millions de journées indemnisées par la Sécu. Curieusement il y a un pic à chaque tournoi de Roland Garros et comme il y a eu une coupe du monde de foot cette année avec la France en finale - avec épidémie de gastro alcoolique euh entérite le lendemain - à mon avis on n'est pas prêt cette année de boucher le trou de la Sécu. Ni de redresser la barre. Si je puis me permettre.

Loin de moi l'idée de juger la justification ou non de ces arrêts, ou de dénoncer certains abus, mais je chercherai plutôt à définir le profil du travailleur par rapport à son absentéisme. Ou son présentéisme. Petite psychologie de l'arrêteur malade...

Je distingue 5 catégories :

1. L'employé "paille au cul", il y en a environ 6% dans chaque entreprise, ce n'est pas l'arrêteur malade le plus fréquent. Le paille au cul comme son nom l'indique, s'arrête... à chaque fois qu'il a une paille au cul. Suivez un peu dans le fond !!! Il se casse un ongle ? Une semaine d'arrêt. Il s'est cogné dans l'encadrement d'une porte ? 3 jours d'arrêt, voire accident du travail si la porte se situe sur son lieu de travail. Il a de vieilles douleurs qui reviennent parce qu'un jour il s'est cogné dans l'encadrement d'une porte ? 3 semaines d'arrêt. Son chien Médor a fait un caca tout mou le matin ? 1 jour d'arrêt. Le paille au cul a tendance à se noyer dans un verre d'eau et quand il travaille, il passe son temps à produire des gémissements et des plaintes auprès de ses collègues, annonçant un arrêt maladie imminent. Le paille au cul n'a absolument pas conscience qu'il est une fiotte vite débordé, il ne simule pas sa maladie car il est toujours convaincu de son bien fondé, c'est un genre d'hypocondriaque de l'arrêt de travail. Il souffre vraiment VRAIMENT de sa paille au cul. Ca gratte et c'est pas confortable quand on s'assoit dessus sans son petit coussinet-bouée.

2. Le "Caliméro", très rare, touche moins de 5% d'employés. Le "Caliméro" (je ne vous refais pas le coup du "comme son nom l'indique" mais quand même) trouve que la vie c'est vraiment trop injuste, alors quand il se passe quelque chose de désagréable dans sa vie privée, il estime qu'il n'a pas à travailler. Parce que ça ferait trop de trucs à penser, trop de trucs à gérer, et en fait ce qu'il voudrait là maintenant tout de suite c'est faire le point dans une île déserte à 8000 kilomètres. Il faut qu'il aille chercher son billet au guichet en plus. Faut pas le faire chier, le boulot ça passe après la vie privée, faut pas déconner quand même. On n'est pas des esclaves. Cet employé là même rarissime peut vite vous plomber une ambiance et vous couler une petite entreprise car il ne déborde pas de conscience professionnelle. En même temps quand tout va dans sa vie perso, tout va dans son entreprise ! Brûlez un cierge pour souhaiter que sa vie soit un longue fleuve tranquille, ça peut être utile.

3. Le "vengeur masqué" : très courant on peut même dire que c'est une plaie. Vous ne pouvez rien dire au vengeur masqué. Vous ne pouvez pas lui reprocher un retard de 10 minutes, vous ne pouvez pas lui dire que le vert de son corsage ne lui sied pas au teint et encore moins lui faire de sévères réprimandes parce que là franchement il abuse, il a quand même envoyé un client à l'hosto en confondant la farine et la poudre à récurer dans la pâtisserie qu'il a faite avec ses blanches mains, VOUS NE POUVEZ RIEN LUI DIRE parce que le vengeur masqué détient l'arme suprême, celle de tous les pouvoirs, vous le supplierez même à genoux pour qu'il ne la sorte pas son arme : L'ARRET MALADIE. Celui-là si vous ne l'aimez pas et si vous ne l'enjolivez pas à coup "mais ouiiiiiiiiiii tu es indispensable, tu sauves des vies quand même !!!!", c'est minimum 2 semaines d'arrêt selon l'affront que vous aurez commis à son égard et à son égo plein de trous pas comblés. Et vous rigolerez moins quand il vous plantera derrière la caisse enregistreuse le premier jour des soldes. Et toc !!! dans ta gueule !!!!

4. Le "dilettante", 40% des arrêts, à peu près la même fréquence que le vengeur masqué. Celui-là curieusement tombe subitement malade d'un truc terrible la veille d'un week end, 2 jours avant ses vacances, pendant une réunion familiale dont il a parlé à tous ses collègues, le premier jour des soldes (sauf s'il tient la caisse enregistreuse) et quand le soleil est au beau fixe. Le dilettante est beaucoup moins prévisible que les autres parce que sa maladie incurable est déterminée également par l'humeur du matin et pas seulement par les évènements sportifs se déroulant sur le câble. Il va vous appeler pour vous prévenir qu'il ne va pas bien tout ça parce qu'il a fait un cauchemar ou parce ce qu'il s'est pété la ruche la veille. En général ses arrêts sont de courte durée mais ils ont tendance à se multiplier tout au long de l'année.

5. Le "bourreau de travail", j'ai pas fais le calcul des pourcentages mais vous n'avez qu'à faire l'addition vous même ; et puis quoi encore ?? Le bourreau de travail a une passion dans la vie : le tricot. Meuh non le travail !!!!!! On peut tout vous faire gober c'est pas vrai !!!! Le travail pour le bourreau de travail c'est toute sa vie, sans lui il n'est rien, il ne peut pas s'épanouir, il se fait chier comme un rat mort le dimanche ; ce qu'il lui faut au bourreau de travail c'est : du tricot. Oui bon c'était facile... Il dort peu (moins de 5 heures par nuit), mange des trucs très nourrissants (genre du gruyère avec du beurre tartiné dessus) en 5 minutes au déjeuner, il ne prend bien évidemment jamais ses pauses, ne part jamais à l'heure, et ne récupère pas ses heures sup', LUI. Vous me direz c'est le bonheur de tous les patrons, avec ce genre de personnage la France ne coulerait pas et d'autres conneries du même style, et bien non même pas parce que quand le bourreau de travail tombe malade il vient quand même (il viendrait même s'il devait ramper à poil sur des tessons de verre) et il contamine du coup tous les autres employés. Pas besoin de vous expliquer la suite. Et puis quand vous voulez vous débarasser d'un bourreau de travail, c'est impossible parce qu'il est prêt à ne pas toucher de salaire pour venir quand même et ça une offre pareille, ça ne se refuse pas. Le seul moyen pour le faire craquer : lui imposer des vacances. Déprime assurée.

Voilà mon petit tour de l'entreprise. J'ai omis exprès les grossesses et les congés parentaux parce qu'il paraît que c'est pas une maladie. C'est quand la prochaine coupe de ballon rond déjà ?

par Suzy Dumeur publié dans : Libertés humorales d'expression
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