Mercredi 27 septembre 2006

Ce matin j'étais toute guillerette. Y'avait du soleil et curieusement tout le monde était habillé en noir et marron avec des manteaux, des écharpes et j'ai même vu des collants opaques NOIRS aussi. Je me fous du temps qu'il fait habituellement mais là j'étais toute guillerette. Pas guillerette au point d'égaler les niaises en chef que sont Perrette avec son pot de lait et Cerise de Groupama, mais légère, presque aérienne, sur un petit nuage quoi.

Mais y'en a toujours pour vous en faire descendre du petit nuage, à coups de grosses caillasses taillées comme des silex pointus. On dirait qu'ils vous attendent, là à l'affût, à guetter votre venue tapis dans l'ombre parce que ça fait chier les gens guillerets. Y'a que les cons qui sont heureux d'abord. Tiens on va la mitrailler l'autre là avec son sac besace d'Articles de Paris.

J'ai donc déchanté en m'installant dans le bus. Je choisis toujours des places contre la fenêtre et là, sur la vitre L'HORREUR : une grosse marque de sébum maculait entièrement mon champ de vision. Y'a quelqu'un qui a dû poser sa figure grasse contre la fenêtre, genre pour piquer un roupillon, et qui est reparti après son méfait commis, comme si de rien n'était. Je ne sais pas quel genre d'être humain peut déverser autant de gras sur autant de vitre, ça faisait même des goutelettes figées dans toute leur grassitude. Statufiées les goutelettes. Immortalisées pour l'éternité. On dirait qu'elles se sont retournées pour mieux voir Sodome et Gomorrhe. J'ai commencé à avoir un haut-le-coeur - et j'ai tendance à fixer les trucs horribles par fascination morbide masochiste - et là je me suis dit : "faut que tu dégages avant de dégobiller tes 4 tranches de pain grillé tartinées au saint Moret, ton espresso Nespresso à la George Clooney et surtout ta pilule contraceptive". Au moment où j'ai voulu décamper, trop tard : une rombière s'était installée à côté de moi alors qu'il y avait plein de places partout, et même qu'elle a passé tout le trajet la main solidement fixée au barreau en face comme pour m'emprisonner davantage.

La salope.

J'étais piégée.

Il fallait trouver une solution rapidos d'autant que sous la tâche de sébum nasal et frontal immonde - quelle face large il devait avoir ! - j'ai fais une autre découverte avec laquelle les Experts de Las Vegas se seraient éclatés pendant tout un épisode : un amoncellement de croûtes et de pus, comme si 3 ou 4 pustules avaient explosé, toutes pressurisées qu'elles étaient contre la vitre. Pas évident de gérer la pression, surtout dans les virages. Ma pilule contraceptive a dû voyager dans ma gorge, pas loin de mes cicatrices amygdaliques, il était donc vital que je fasse quelque chose. Vite. J'ai pensé sortir un kleenex pour essuyer tout ce méandre dermatologique mais j'ai frémis à l'idée que mes doigts rentrent en contact ne serait-ce qu'un seul dixième de seconde avec cette infection nauséabonde, je crois que je ne m'en serai jamais remise. Et d'ailleurs qu'est-ce que j'aurai fais de cet immonde mouchoir sédimentaire ? Je l'aurai négligemment jeté dans le bus quitte à me prendre une contredanse et à devoir le ramasser avec mes doigs manucurés ; pire à le mettre dans mon sac à main stérilisé et bien rangé ???

Non il fallait que je trouve autre chose. Et j'ai trouvé.

J'ai sorti mes lunettes noires de mon sac besace flambant neuf, ça tombe bien il faisait soleil, et j'ai même eu une idée de génie pour ignorer le plus possible cette immondice acnéique me détruisant le paysage : faire un écran de buée sur mes verres. Je voyais plus grand chose mais ça valait bien ce petit sacrifice. Ma pilule contraceptive est retombée là où elle devait retomber, bien calée au chaud à disperser toutes les hormones nécessaires à mon bon fonctionnement.

J'étais sauve. Enfin presque. Comme un signe en faveur de mes préceptes contraceptifs, une représentante de la France moyenne très moyenne est montée avec sa mioche et Sophie la girafe, et celle-ci - la môme pas Sophie - s'est mise à pousser des cris stridents à intervalles irréguliers, ce qui faisait que quand on croyait qu'elle s'était calmée, elle remettait ça de plus belle. Déjà vicieuse la petite. Elle arrivait subtilement à tromper l'ennemi. Sa mère a cru bon lui enfoncer une tétine dans la bouche pour faire taire ses manoeuvres, mais ça ne l'a pas du tout apaisée, pire ça lui a fait pousser un autre genre de cris, inconnus à ce jour au répertoire des geignements infantiles. Qu'on se le dise : enfoncer une tétine dans la bouche d'un enfant CA NE LE FAIT PAS TAIRE. Au mieux ça étouffe le cri, au pire ça l'énerve encore plus de ne pas pouvoir s'exprimer.

Enfin moi ce que j'en dis c'est que demain, en plus de gants en latex et de mouchoirs biodégradables, je vais penser à prendre des boules Quiès. Ou un balladeur MP3 ? Avec une bouteille d'alcool ou d'eau de javel. Et aussi un kit de prélèvement d'ADN. Si ça se trouve "l'être" qui a collé tout ça sur la vitre n'est même pas humain et il aura des trucs à nous apprendre sur la civilisation extraterrestre. En échange on aura des trucs à lui enseigner sur les soins de peau ; ça en plus d'un an de Biactol gratuit.

J'ai bien fait d'acheter un sac besace. Ma futilité féminine va peut être me sauver la vie. En tout cas elle m'a faite avaler ma pilule.

par Suzy Dumeur publié dans : Libertés humorales d'expression
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