Le monde des dévoreurs de péloches sanglantes que nous sommes a changé un beau soir, lors d'un dîner a priori banal regroupant des convives a priori banals. Ces mecs là ont l'air de vous et moi, ils mangent, ils font caca et tout et tout, et la seule chose qui les distinguent c'est cette propension à mettre sur pellicule des films de barge matérialisant nos pires cauchemars. Une toute petite chose qui nous distingue. Rien que ça.
Vous trouvez que j'exagère, que je ne suis qu'une petite mijaurée effrayée par "L'exorcisme d'Emily Rose", et bien collez vous-y, on verra après qui c'est la chochotte. Des 13 épisodes réalisés, j'en ai vu 4, et rarement dans toute ma carrière épouvantable de bouffeuse gore (quand j'avais 12 ans je pouvais regarder "L'enfer des zombies" et "Cannibal holocaust" sans avoir de nausées. J'ai grandi, hélas), je n'ai vu autant de limites allègrement franchies. Oh les amateurs de perversions ne seront pas forcément gâtés (quoique, si quelqu'un arrive à voir le Takeshi Miike...) mais qu'importe, ça n'est pas le but non plus.
Le but est de réaliser un moyen métrage d'une heure, avec des conditions drastiques de tournage (budget identique à tous les réalisateurs et seulement 10 jours pour régler tout ça) et surtout, surtout, de se faire plaisir et de faire plaisir à tous les petits détraqués que nous sommes. Et quand on voit la liste de ces fameux réalisateurs... rien de tel pour vous faire passer des nuits blanches d'excitation avant même d'avoir vu leurs créations.
Le premier pour moi : "Jenifer". Avec Dario Argento aux commandes. Ce nom là ne me faisait plus frémir des masses, après les navets des derniers temps, et ce malgré un passif des plus réjouissants. Qu'attendre dorénavant de lui ? A t'il perdu son âme torturée pour rejoindre des sentiers moins tortueux ? Et bien le maître transalpin a encore de beaux restes devant lui... de très beaux restes même ! Il signe un chef d'oeuvre d'une heure, chef d'oeuvre de glauquitude, de malaise où vous ne serez pas épargné. La Jenifer en question est une gorgone, un monstre mythique déformé, avec la tête adéquate, c'est un animal totalement livré à lui-même sans aucune conscience ou raison, qui bave, qui bouffe avec les doigts des trucs pas cuits qu'elle vient de chasser, mais qui pour le "héros" (et d'autres hommes) représente pourtant la sensualité à l'état pur. Certaines scènes sont insoutenables, non pas par leur caractère gore (quoique ça dégouline des viscères bien comme il faut) mais par la symbolique qu'elle renvoie : cannibalisme, mort d'enfant, sexe à l'état brut, dépendance amoureuse, déchéance humaine... tout y passe.
D'ailleurs, après avoir vu d'autres épisodes de cette série désormais culte, on peut d'ores et déjà annoncer que tout y passe. Et que les grands de ce monde ont encore de beaux restes, tout comme Argento. Et par ces temps de censure et de politiquement correct, où on ne peut rien dire et rien faire sans s'attirer une foule de critiques bienveillants et de ligues vertueuses en folie, ça fait un bien fou.
Un bien teinté de malaise...
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Humeurs des autres